Benoît de L’Estoile

typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialesethnologie espaces savantslieumuséeQu’il s’agisse de recherche, de documentation ou de vulgarisation, le musée de l’Homme forme, en France, la conclusion nécessaire de la recherche ethnologique. Il en constitue en effet l’origine et le point d’aboutissement. Les missions qui sillonnent le monde pour lui l’enrichissent de leurs récoltes ethnographiques, de leurs documents, de leurs publications. Chaque groupe humain est installé, raconté, conservé dans cet univers réduit et toujours plus complet. Cette présence du lointain et du passé éveille à son tour des vocations, amorce la recherche, sollicite les comparaisons, prépare des études, des synthèses, des missions nouvelles1.

Inauguré en 1938 par le président de la République Albert Lebrun aux accents d’une cantate de Darius Milhaud, en présence du Tout-Paris en tenue de soirée et de troupes coloniales en uniformes colorés, le musée de l’Homme a fermé ses galeries ethnographiques en 2003 dans une relative indifférence, en dépit des véhémentes protestations d’une partie de son personnel. Même si les galeries consacrées à la préhistoire et à la biologie humaine restent ouvertes aux côtés d’expositions temporaires, le déménagement des collections d’ethnologie, prélude à leur installation au musée du quai Branly – consacré aux « arts et civilisations d’Afrique, Asie, Océanie et Amérique » –, a marqué le démantèlement du musée de l’Homme dans sa conception originelle2. Il est difficile à qui l’a visité à son crépuscule, avec sa muséographie désuète, ses photographies jaunies par le temps, la poussière accumulée dans les vitrines, d’imaginer que le musée de l’Homme ait pu être le symbole d’une modernité triomphante, réconciliant dans une conception résolument novatrice science et nouvel humanisme. Pourtant, c’est bien cette dimension de modernité qui est mise en avant, tant au moment de son ouverture que dans les souvenirs des protagonistes. Ainsi, le Journal de la Femme évoquait, en 1939, « le musée de l’Homme, centre vivant de culture humaine, le plus moderne des musées in the world [sic] 3 » ; tandis que Michel Leiris, après y avoir passé pratiquement toute sa carrière, affirmait cinquante ans plus tard : « On a été le plus moderne, sinon le plus beau musée du monde4. » Cette modernité se décline à la fois sur le plan scientifique, avec le concept nouveau de « musée-laboratoire », et sur les plans politique et culturel.

Figure 1. Inauguration du musée de l’Homme en 1938, Paris.
Inauguration du musée de l’Homme en 1938,
          Paris.

construction des savoirstraditiontransmission espaces savantslieuécole espaces savantslieulaboratoireÀ la fois manifeste, laboratoire et école, le musée de l’Homme a incarné une nouvelle Science de l’homme, l’ethnologie, au double sens où il se voulait à la fois le temple et le principal outil de celle-ci, du point de vue de la production comme de la transmission du savoir. Son naufrage marque aussi le point final d’un paradigme qui a dominé l’ethnologie française depuis son émergence dans l’entre-deux-guerres.

construction des savoirstraditionfondation espaces savantsterritoireutopiePlutôt que d’esquisser une histoire du musée de l’Homme5, nous nous attacherons ici à comprendre l’utopie scientifique qu’incarne matériellement ce musée, au moment de son élaboration dans les années 1930.

Pluralisme culturel et humanisme colonial

matérialité des savoirssupportsupport de communicationexpositionContrairement à une légende tenace, le projet du musée de l’Homme précède le Front populaire (1936), même si Paul Rivet (directeur du musée d’Ethnographie du Trocadéro, à partir de 1928), élu SFIO au Conseil municipal de Paris en 1935, saura utiliser ses appuis politiques pour le faire aboutir. C’est l’Exposition universelle de 1937 qui offre l’occasion de construire un nouveau bâtiment pour remplacer le musée d’Ethnographie du Trocadéro, créé à l’issue de l’Exposition universelle de 1878 6. La construction du Palais de Chaillot sera retardée par la suspension des crédits, due au refus du Sénat d’engager de nouvelles dépenses7, si bien que l’inauguration aura lieu seulement en juin 1938.

construction des savoirspolitique des savoirscolonialisme typologie des savoirsdisciplinesdivisions historiques des savoirshumanismeLe nom même de « musée de l’Homme » fait écho à la revendication d’un nouvel humanisme qui possède une dimension politique affirmée, à un moment où se dessine une réorientation de la politique coloniale. Paul Rivet écrit, en 1938, à Édouard Daladier, alors président du Conseil, pour lui demander la présence de troupes coloniales lors des cérémonies d’inauguration, au motif que « notre Musée est avant tout un musée colonial8 ».

construction des savoirspolitique des savoirscolonialismeComme le souligne quelque temps auparavant Rivet à l’intention de Léon Blum, le nouveau musée constitue « un établissement indispensable pour l’étude de l’homme et, à un point de vue plus réaliste, pour l’étude de nos populations coloniales, condition essentielle d’une politique humaine dans nos territoires d’outre-mer ». Cette thématique de la « politique humaine », par opposition à une politique dictée par les seuls intérêts économiques, rassemble au-delà des frontières politiques entre droite et gauche nombre de réformateurs coloniaux. Ainsi, le maréchal Lyautey, de sensibilité conservatrice, responsable de la mise en place du régime de protectorat au Maroc, déclarait lors de l’Exposition coloniale de 1931 :

Il ne faut pas cesser de voir avant tout : l’homme, celui chez qui nous sommes, et surtout lorsque nous nous trouvons en face de races appartenant à de vieilles civilisations9.

« L’homme » devient ainsi en même temps objet de savoir et objet d’une nouvelle conception du gouvernement colonial.

Loin d’être « anti-colonial » comme on l’a parfois décrit, le musée de l’Homme incarne un nouvel humanisme colonial, dont un principe cardinal est la reconnaissance, au sens à la fois politique et cognitif, de ce qu’on peut considérer comme un « pluralisme culturel » – ce que Jacques Soustelle appelle « la variété des cultures et de leurs expressions ». Alors que les réformateurs coloniaux affirment la nécessité de fonder une « politique indigène » sur la reconnaissance des civilisations indigènes10, Soustelle déclare, en 1938, que la « leçon permanente » du musée, dont il est directeur-adjoint, est : « Il n’y a pas une civilisation, mais des civilisations11. »

Ainsi, le soutien donné par les pouvoirs publics au musée de l’Homme (et à l’ethnologie en général) prend sens comme une légitimation du nouveau cours donné à la politique coloniale qui affirme désormais vouloir respecter « l’originalité » des sociétés indigènes, se substituant progressivement à l’évolutionnisme unilinéaire du xix e siècle 12.

espaces savantsterritoireempireÀ la fin de 1931, Rivet et Rivière proposent que le Trocadéro poursuive l’œuvre de l’Exposition coloniale, dont le succès a démontré l’intérêt du public pour la diversité des peuples et des cultures de l’Empire. Ils exposent le double rôle d’un musée d’Ethnographie, pédagogique vis-à-vis de publics divers et lieu de formation de spécialistes.

– Un rôle scientifique : les magasins d’un musée d’Ethnographie, à condition d’être bien agencés et pourvus, sont pour les savants une mine presque inépuisable d’études non seulement techniques, mais aussi sociologiques […]. Ils sont l’indispensable annexe des écoles d’ethnologie et les élèves de ces établissements viennent y faire des travaux pratiques.

construction des savoirséducation– Un rôle éducatif populaire : les galeries ouvertes au public exposent les objets les plus typiques des diverses civilisations […].

pratiques savantespratique artistique– Un rôle artistique : […] les artistes et artisans trouveront dans les objets d’art primitif […] maints décors et formes qui rafraîchiront heureusement leur imagination.

construction des savoirspolitique des savoirsgestionadministration– Un rôle national : les musées d’Ethnographie sont d’incomparables instruments de propagande coloniale […] et culturelle […]. Ils sont également pour les futurs coloniaux et même pour les coloniaux tout court un centre précieux et indispensable de documentation sur les populations qu’ils seront amenés à administrer13.

À bien des égards, c’est ce programme que réalisera le musée de l’Homme.

Un manifeste et un instrument pour la « science de l’Homme » unifiée

typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialesethnologieLe sens premier de l’appellation « musée de l’Homme » est cependant disciplinaire. Définissant, en 1936, l’ethnologie, Rivet indique que cette conception nouvelle « s’affirme en France d’une façon matérielle par la création d’un musée de l’Homme où les races, les civilisations et les langues seront étudiées parallèlement et solidairement14 ». C’est cette double dimension de synthèse intellectuelle et de fusion institutionnelle que manifeste le nom choisi pour le musée15. Le visiteur est accueilli par une proclamation gravée au-dessus de la porte d’entrée, qui énonce le programme scientifique du musée.

L’ETHNOLOGIE EST LA SCIENCE DE L’HOMME
Elle étudie tous les aspects de sa vie et de son activité :
LES RACES, les différents types physiques de l’humanité préhistorique et actuelle
LES LANGUES dont l’évolution et les rapports éclairent l’histoire des peuples sans annales écrites
LES TECHNIQUES ET LES INVENTIONS par lesquelles l’homme assure son existence
L’ORGANISATION SOCIALE et les modes de vie traditionnels des peuples
LES RELIGIONS disparues ou vivantes encore16.

Cette division ne suit pas une répartition strictement disciplinaire, mais thématique. Elle affirme une extension considérable du champ du musée de l’Homme, reliant le passé le plus lointain et le présent. On notera qu’une telle définition est plus inclusive que celle qui est aujourd’hui habituellement retenue, où ethnologie désigne plus ou moins l’équivalent de ce qu’on appelle ailleurs anthropologie sociale ou culturelle. Il s’agit pour Rivet de fusionner deux traditions qui étaient en France largement séparées : d’un côté, l’ethnographie et la linguistique, de l’autre, « l’anthropologie au sens strict », c’est-à-dire l’anthropologie physique17.

En 1936, Rivet transforme le titre de sa chaire d’anthropologie en « ethnologie des hommes fossiles et des hommes actuels18 », formulation qui souligne une unité sans cesse réaffirmée :

typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialespréhistoire typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialesethnographieIl est désirable que tout préhistorien soit doublé d’un bon ethnographe. Il y a entre les deux ordres de recherche une solidarité aussi étroite que celle qui existe entre la paléontologie humaine et l’anthropologie [physique] des races actuelles19.

Cette conception unitaire entraîne ce que Rivet appelle la spécialisation « géographique » (nous dirions aujourd’hui, par « aires culturelles ») de préférence à une spécialisation « disciplinaire » :

Au lieu de fractionner en ses diverses disciplines une science dont l’unité apparaissait indispensable, on préféra en répartir les productions dans des revues consacrées à des parties plus ou moins étendues de la terre, mais dont chacune, dans son cadre restreint, envisagerait le problème humain dans son ensemble, c’est-à-dire d’un point de vue nettement ethnologique.

acteurs de savoircommunautésociété savante acteurs de savoirstatutfondateur construction des savoirséducationchaire universitaireLa Société des américanistes ou la Société des africanistes, créée en 1930 20, incarnent ce mode d’organisation du savoir. Le musée de l’Homme est la pièce maîtresse dans l’œuvre d’organisation de Rivet, véritable entrepreneur scientifique qui joue un rôle décisif dans toutes les créations institutionnelles de l’entre-deux-guerres. Médecin militaire de formation, puis assistant de René Verneau au Muséum, spécialiste d’archéologie et de linguistique américaniste, il entreprend de réorganiser la science de l’Homme en unifiant ses diverses composantes21. Il est, en 1925, parmi les fondateurs de l’Institut d’ethnologie, dont il devient en 1932 secrétaire général. Dès son élection à la chaire d’anthropologie du Muséum, en 1928, il obtient le rattachement à sa chaire du musée d’Ethnographie du Trocadéro. Afin de réorganiser celui-ci, il nomme au poste de sous-directeur Georges-Henri Rivière, qui venait de réaliser, au Pavillon de Marsan, avec Alfred Métraux une exposition « Arts anciens de l’Amérique » qui rencontra un vif succès22.

Dès 1928, la commission consultative réunie par Rivet pour superviser la réorganisation du musée suggère qu’y soient rassemblés tous les enseignements et sociétés savantes23. Rivet est en effet obsédé par la centralisation en un lieu unique de toutes les institutions consacrées aux sciences de l’homme :

Chacun de ces centres conservait sa vie propre, sa bibliothèque, ses fichiers ; les éléments d’un travail en commun fécond et économe existaient, mais à l’état fragmentaire et le résultat était que chaque équipe isolée ne pouvait suffire à une tâche qu’une collaboration intime et permanente eût rendue possible, sinon facile24.
Figure 2. Vitrine consacrée à la Mauritanie lors de l’exposition sur le Sahara présentée au musée de l’Homme, en 1938.
Vitrine consacrée à la Mauritanie lors de
            l’exposition sur le Sahara présentée au musée de l’Homme,
            en 1938.

pratiques savantespratique artistiquephotographie espaces savantslieubibliothèqueLe musée de l’Homme doit précisément permettre « de concentrer tous ces efforts pour leur donner leur pleine efficacité ». Rivet annonce la création d’une bibliothèque pouvant rassembler 300 000 volumes ainsi que de « vastes laboratoires et des salles de conférences munies de tout l’équipement moderne ». Le musée de l’Homme abrite également une photothèque, notamment destinée à accueillir les photographies recueillies lors des missions25, et une salle de cinéma. Tous ces équipements le placent à l’avant-garde de la science :

Le premier musée de l’Homme sera enfin constitué, centre de documentation, de recherche et d’enseignement, sans aucun doute unique au monde26.

La muséographie telle que la décrit Rivet marque une rupture radicale avec le vieux musée d’Ethnographie du Trocadéro, obscur, dépourvu d’explications et caractérisé par l’entassement des œuvres :

typologie des savoirsobjets d’étudesociété typologie des savoirsobjets d’étudeindividuDans de vastes salles chauffées et éclairées, pourvues de vitrines étanches, le visiteur trouve des renseignements précis, des documents commentés, des spécimens sélectionnés sur les caractères physiques et différentiels des races ou des peuples, et les manifestations les plus caractéristiques de leur civilisation au cours des âges. L’anthropologie et l’ethnographie restent étroitement unies, en même temps que sont supprimées les séparations factices entre la préhistoire, la protohistoire, l’histoire et la vie actuelle. À côté des salles dont l’ordre est essentiellement géographique, d’autres salles présentent tous les documents sur l’origine de l’espèce humaine et ses variétés, sur la croissance, les anomalies, sur les mutilations ethniques, sur les diverses manifestations de l’activité humaine : le feu, la monnaie, les moyens de transport, les techniques diverses, l’art, la magie et la religion27.

matérialité des savoirssupportsupport de communicationcollection scientifiqueAinsi, dans les salles sur l’Afrique, on trouve du côté des fenêtres des vitrines générales d’ethnologie-géographie (dites « vitrines de synthèse ») de diverses régions et, du côté du mur, des vitrines de détail (« vitrines thématiques »)28.

En 1940, le musée de l’Homme apparaît comme une telle réussite que Rivet propose en modèle pour toutes les disciplines « l’œuvre de coordination » réalisée en ethnologie : « la mise en commun des ressources d’enseignement, de documentation, de recherche », dans « une série d’instituts spécialisés où, tout en conservant leur pleine indépendance, ils fusionneraient leurs bibliothèques, leurs collections, leurs fichiers, leur instrumentation » assurera « le développement et le rayonnement de la science française29 ».

« Les archives totales de l’humanité » : épistémologie de la collecte et division du travail

Le programme de rationalisation que vient couronner le musée de l’Homme possède à la fois une dimension qu’on peut dire horizontale, au sens où il doit rassembler en un même lieu les diverses institutions métropolitaines engagées dans ce domaine, et une dimension verticale, dans la mesure où il est « l’organe central » qui régule les relations avec la périphérie d’où proviennent les données.

construction des savoirspolitique des savoirsgestionprojetEn 1937, lors du Congrès de la recherche scientifique dans les territoires d’outre-mer, une section entière est consacrée à l’ethnologie, signe de sa reconnaissance comme « science coloniale » de plein droit. Paul Mus, qui dirige alors l’École française d’Extrême-Orient, rappelle que « l’idée directrice » de Rivet est :

la division du travail entre des organes localisés périphériquement, organes de recherche, de fixation et de transmission au centre, d’une part, et, d’autre part, des organes centralisateurs, organes d’assimilation, de retransmission sous une forme élaborée, et en même temps d’excitation, qui répondent aux renseignements transmis par des interrogations nouvelles que ces renseignements ont seuls permis de poser30.

Les vœux formulés à l’issue du Congrès réclament ainsi « que l’organisation de la recherche ethnologique dans les territoires français d’outre-mer repose essentiellement sur une liaison étroite et un échange continuel entre les organismes métropolitains et locaux31 ».

Ce système de relais scientifiques est calqué sur la hiérarchie administrative. Le cœur du réseau est à Paris, dans la capitale de l’Empire. Au siège de chaque groupe de colonies, où réside le gouverneur général, on trouvera un centre secondaire (au sein d’un musée). Enfin, dans chacune des principales colonies doivent être constitués « des centres d’enquêtes ethnologiques et des musées locaux, permettant aux touristes, aux colons, aux fonctionnaires de se documenter sur place sur les coutumes des populations qu’ils visitent, avec lesquelles ils travaillent, ou qu’ils administrent ». Ceux-ci doivent « travailler suivant un plan systématique », et servir « d’organes de liaison avec les centres métropolitains ».

pratiques savantespratique intellectuelleobservationCe modèle d’organisation de la recherche fondé sur la division du travail est emprunté aux sciences naturelles, qui fournissent le paradigme de ce que Mauss appelle en 1913 les « sciences d’observation », se distinguant des « sciences de laboratoire » en ce qu’elles impliquent de se rendre sur le terrain :

Une science d’observation demande trois ordres de travaux, et trois ordres d’institutions : tout comme les autres sciences de plein air, la zoologie, la botanique, la géologie et la géographie physique, l’ethnographie a besoin d’abord de travaux sur le terrain, puis de musées et d’archives, enfin d’enseignements. Il lui faut un corps d’ethnographes, professionnels ou amateurs peu importe, mais qui aillent observer sur place, de leurs yeux, qui fournissent les documents et rassemblent les matériaux de collection. Ces matériaux une fois rassemblés, c’est à des musées, à des services d’archives, qu’il convient de les ranger, de les exposer, de les publier. Enfin, des enseignements de degré divers doivent mettre la science à la portée des techniciens, des apprentis, ou même du grand public32.

matérialité des savoirssupportsupport d’inscriptionétiquette typologie des savoirsobjets d’étudesociété pratiques savantespratique intellectuelleidentificationDans cette épistémologie, les « phénomènes sociaux » peuvent, tout comme des objets ou des papillons, être recueillis de façon isolée, dans la mesure où ils sont convenablement identifiés. L’essentiel est dans l’étiquette et la « fiche descriptive » qui doivent accompagner la collecte de chaque objet, que Mauss décrit ainsi :

Chaque objet recevra un numéro porté à l’encre, renvoyant à l’inventaire et à une fiche descriptive, donnant les renseignements sur l’usage et la fabrication de l’objet. La fiche descriptive sera accompagnée de plusieurs annexes, en particulier une annexe photographique et si possible une annexe cinématographique33.

pratiques savantespratique intellectuelledocumentation espaces savantslieubureauL’intelligibilité des phénomènes sociaux ne se construit pas sur le terrain lui-même, mais dans le cabinet ou le musée, par la critique des documents et la mise en relation avec d’autres phénomènes, qui permettent au savant de construire des « faits sociaux34 ». L’exigence documentaire dans la collecte des documents est donc moins liée à une attention au contexte qu’à un souci de la provenance, qui est lui-même rapporté à des préoccupations muséographiques et à une rhétorique de la preuve.

Le collecteur s’attachera à composer des séries logiques, en réunissant si possible tous les échantillons d’un même objet en dimensions, formes, texture. La localisation est absolument nécessaire ; sans elle, l’objet ne peut entrer dans aucun musée35.

pratiques savantespratique intellectuellemise en série matérialité des savoirssupportsupport d’inscriptionfiche matérialité des savoirssupportsupport de communicationcollection scientifiqueC’est en fait toute l’activité ethnologique qui est structurée par le modèle de la collecte. Le recueil des données lors des séjours sur le terrain des élèves de l’Institut d’ethnologie utilise la même technologie des « fiches descriptives », classées thématiquement, consacrées aux différents phénomènes de la vie sociale36. Le travail ethnographique consiste littéralement à « mettre en fiches » la société étudiée37. Une telle forme de division du travail implique un monopole du travail d’interprétation et de théorisation au niveau supérieur, qui s’oppose radicalement au modèle malinowskien, où l’observation constitue nécessairement une opération théorique38. L’idéal est donc celui de la monographie exhaustive, dont l’accumulation permettra aux savants à venir d’élaborer des lois générales.

espaces savantslieuarchives typologie des savoirsdisciplinesdivisions historiques des savoirsencyclopédismeCes travaux sont conçus comme une contribution partielle à une œuvre collective visant à produire une sorte d’encyclopédie des peuples du monde. Comme le dit Griaule, il s’agit d’établir « les archives totales de l’humanité en procédant par monographie ». C’est seulement une fois cette tâche réalisée que « la sociologie pourra procéder à des généralisations et à l’établissement de lois39 ».

L’entre-deux-guerres voit ainsi l’affirmation du primat de la collecte des faits. Selon Mauss, les tâches descriptives sont en effet plus urgentes que les tâches théoriques, dans la mesure où sont en train de disparaître les faits sociaux des sociétés dites alors « inférieures »,

précieux pour la science à venir encore plus que pour la nôtre. Nous avons l’absolu devoir non seulement de les comprendre, et même sans les comprendre, de les constater, de les découvrir et de les faire enregistrer de notre mieux. […] Toutes les sciences de la nature sont d’ailleurs dans ce cas. Elles ont besoin de foules de collaborateurs40.

C’est précisément parce que la collecte de faits toujours plus nombreux est conçue comme une opération non théorique qu’elle peut être déléguée, moyennant précautions, à des collaborateurs qui ne sont pas nécessairement des professionnels.

Figure 3. Marcel Griaule prenant des notes parmi des masques, lors de l’expédition Dakar-Djibouti, en 1931.
Marcel Griaule prenant des notes parmi des
            masques, lors de l’expédition Dakar-Djibouti, en 1931.

Parmi des dizaines d’exemples de cette ethnographie itinérante tournée vers la collecte, le compte rendu d’une mission de 1937 souligne à la fois l’itinéraire et l’intérêt des collections rapportées pour le Musée :

M. Waterlot, débarqué à Port-Étienne, a rayonné en Mauritanie sur un parcours de 200 kilomètres. Revenu à Dakar, il s’est rendu à Rufisque, et de là, à Konakry et à Kyndia en Guinée. Reparti pour le Fouta-Djallon, il se dirige vers le pays Kissi et fera une incursion chez les Tomas. Il a recueilli au cours de la première partie de son voyage nombre de données intéressantes, en même temps qu’il collectionnait des objets et des pièces préhistoriques41.

espaces savantscirculationmissionLa même année, la mission Sahara-Cameroun, dirigée par Griaule, sous le patronage de trois ministères (les ministères de l’Air, de l’Éducation nationale et des Colonies), commence par un raid aérien au-dessus du Sahara. Le ton du compte rendu oscille entre la célébration de l’exploit sportif et celle de l’accumulation scientifique :

matérialité des savoirssupportsupport d’inscriptionficheLa mission Sahara-Cameroun a eu pour objet l’étude des populations du Cameroun septentrional au double point de vue ethnographique et linguistique. […] Au total, 20 000 kilomètres ont été couverts à l’époque la plus défavorable de l’année (juillet-septembre). […]
On dispose déjà d’environ deux mille fiches ethnographiques et linguistiques concernant les populations Bata de la Bénoué, Fali du Tinguelin, Fali du Kangou, Matakam, Kapsiki, Mokolo, Papa et Namchi. Plus de trois cents objets ont été recueillis, parmi lesquels il y a lieu de citer les hautes urnes funéraires des gisements Sao de Logone-Birni. Une collection de deux mille photographies (dont trois cents vues aériennes) a été constituée42.

De fait, la mission revient chargée de trois tonnes de poteries, bronzes et objets divers43.

construction des savoirsvalidationenquête construction des savoirsépistémologiemodèleTrente ans plus tard, c’est toujours le même modèle qui domine, mettant au premier plan les récoltes, comme en témoigne par exemple le rapport de Robert Gessain, alors directeur du Musée, sur une série d’enquêtes au Sénégal :

Les cinq premières années de nos recherches dans le département de Kédougou ont été essentiellement consacrées à la récolte de données monographiques sur les différentes populations ; ceci nous paraît la meilleure, sinon la seule entreprise pouvant apporter des connaissances comblant un vide sur la grande carte des lacunes indiquant les populations jamais étudiées.
En 1965, nous avons pu commencer les travaux comparatifs préparant les synthèses qui étaient notre second objectif. Sept chercheurs ont totalisé 28 mois de séjour sur notre terrain d’études44.

Conformément au paradigme hérité du Muséum d’histoire naturelle, le terrain apparaît ainsi comme une extension du musée, engagé dans l’entreprise de réaliser un inventaire encyclopédique des cultures du monde45.

La professionnalisation des amateurs

Cette utopie semble extrêmement mobilisatrice ; tous les témoignages insistent sur l’enthousiasme qui règne au Trocadéro dans les années 1930. Il ne faut cependant pas se laisser abuser par la rhétorique omniprésente de la rationalisation et de la science : elle couvre dans les faits un recours constant à l’improvisation et aux expédients, sur lesquels insistent les souvenirs ultérieurs.

De fait, même si le musée du Trocadéro se veut un musée de science et non de beaux-arts46, son attrait vient aussi de ce qu’il est perçu comme un haut lieu de la modernité. L’ethnologie est à la mode dans les 1939années 1930, dans le sillage de la vogue de l’art nègre et du surréalisme47. Le président de la Société des amis du musée du Trocadéro n’est autre que le vicomte de Noailles, mécène de l’avant-garde artistique et littéraire et ami de Rivière. Celui-ci met à profit ses relations pour monter des « coups » qui contribuent à assurer le succès mondain de l’ethnologie, qui se traduit à son tour par l’afflux de bénévoles au Musée :

Pour l’exposition de l’île de Pâques, nous avions sorti sur la place du Trocadéro une des figures colossales du Musée. Mélanie de Vilmorin, la mère de Louise [l’écrivain issue de la famille des pépiniéristes], avait fourni des plaques de gazon pour suggérer l’environnement. […] Je me souviens aussi d’une fête donnée pour célébrer la rénovation de la salle océanienne. Il y a eu un pont d’argent, avec un défilé de mannequins vêtus (ou dévêtus) de paréos créés spécialement d’après nos collections de tissus. Certains professeurs ont été choqués – quoique attentifs48.

pratiques savantespratique intellectuelleclassement construction des savoirspolitique des savoirsinstitutionnalisationL’ethnologie connaît en France une modalité spécifique d’« institutionnalisation » ; Rivet indique ainsi que « l’œuvre de réorganisation » du Trocadéro a été permise par le « recrutement sélectionné de collaborateurs bénévoles » parmi les élèves de l’Institut d’ethnologie49. Cette « petite armée […] de travailleurs auxiliaires50 » est chargée du travail de réception et de classement des objets envoyés depuis les colonies ou rapportés par les missions. Denise Paulme, qui avait une licence de droit et une formation de dactylographe, se souvient qu’à son arrivée au Musée elle « participait modestement, tapant à la machine nombre d’étiquettes, à la préparation des expositions51 ».

acteurs de savoirstatutamateurLe Trocadéro des années 1930 est un haut lieu pour les amateurs (au sens ancien du terme), c’est-à-dire pour tous ceux à qui leurs moyens laissent le loisir de s’intéresser aux « arts primitifs » et à l’ethnographie. C’est le cas de quelques jeunes héritiers de la grande bourgeoisie parisienne qui, de 1934 à 1936, partent en expédition dans les mers du Sud sur leur yacht, La Korrigane, en quête d’objets ethnographiques52. Leur riche moisson sera exposée lors de l’inauguration du musée de l’Homme. Charles Van den Broek, membre de l’expédition, dirige à son retour la section Océanie du Musée.

La professionnalisation souvent évoquée de l’ethnologie française dans l’entre-deux-guerres prend donc une forme très spécifique : le Musée permet à une partie des bénévoles de devenir progressivement des professionnels, tels Rivière lui-même53 ou, parmi d’autres, Germaine Tillion, André Schaeffner, Jacques et Georgette Soustelle. Germaine Dieterlen, titulaire d’un diplôme d’infirmière, est venue au Trocadéro, où elle a commencé par « coller des timbres », à la suite de l’appel de Rivière disant « on a absolument besoin de bénévoles ».

acteurs de savoirsexe et genrefémininLe parcours d’entrée le plus courant en ethnologie à partir des années 1930, en particulier pour les femmes, commence par une socialisation au sein du Musée comme bénévoles, avec en parallèle une formation à l’Institut d’ethnologie et, quelques années plus tard, un départ en mission pour le compte du Musée.

La carrière d’Éveline Lot-Falck (1918-1974), telle qu’elle est retracée dans sa nécrologie parue dans la revue du musée de l’Homme54, est exemplaire de cette forme spécifique de professionnalisation, et du rôle joué par les réseaux d’interconnaissances. Fille du médiéviste Ferdinand Lot et d’une émigrée russe, elle ne passe pas le baccalauréat, du fait de sa mauvaise santé. Elle arrive au Musée, à l’automne de 1940, munie du diplôme de l’École des langues orientales, accessible aux non-bacheliers.

Son beau-frère, Boris Vildé, entré au musée de l’Homme en 1937 grâce à André Schaeffner en qualité d’attaché au département d’Europe, eut tout naturellement l’idée d’y introduire sa belle-sœur (à titre de bénévole). Elle fut accueillie chaleureusement par Mlle Bouteiller, chargée du département d’Asie, où sa connaissance du russe comblait à point nommé une lacune importante. […] C’est au personnel scientifique, composé de Mlle Bouteiller, de son adjointe […] et de la nouvelle venue, qu’incombait la totalité des opérations nécessitées par le traitement des collections, depuis le déballage des caisses d’objets et de vêtements jusqu’à l’étiquetage et au rangement dans les magasins en passant par la rédaction des diverses catégories de fiches et les recherches qu’elles entraînaient, ainsi que l’exposition des objets sélectionnés dans les vitrines55.

Ainsi, l’intégration au sein du personnel scientifique du Musée précède tout recrutement. Pour ses biographes, ce sont les opérations pratiques au sein du Musée qui suscitent chez Éveline Lot-Falck la vocation d’ethnologue, la faisant passer du bénévolat à la carrière :

On peut penser que ce contact direct avec l’objet a été décisif pour elle et que c’est la nécessité d’identifier tel costume, tels accessoires sibériens, le désir d’en savoir davantage sur leur utilisation, qui l’ont amenée à se renseigner sur le chamanisme auprès d’A. Lewitsky qui poursuivait des recherches dans ce domaine depuis plusieurs années. En 1941, elle passe le certificat d’ethnologie. Cela lui permet d’être, en 1942, officiellement chargée des Arctiques, dont on lui avait déjà confié la responsabilité de fait, et d’entrer au Cnrs sous le parrainage du Dr Vallois, qui remplaçait le Dr Rivet pendant l’Occupation 56.

Vie privée et vie professionnelle sont intimement mêlées : c’est au musée qu’Éveline Lot rencontre celui qui deviendra son époux, Roger Falck, responsable de la mise en place des expositions en tant que chargé du Département du dessin et de la muséologie.

Elle suit alors une formation en ethnologie religieuse à la v e section de l’École pratique des hautes études (EPHE). En 1952, elle « accède au Musée à la pleine autonomie de fonction par la constitution définitive du département des Arctiques et d’URSS d’Asie ». En 1963, elle inaugure la chaire des Religions de l’Eurasie septentrionale et de l’Arctique à l’EPHE.

Ce parcours illustre la place qu’a pu jouer le musée de l’Homme dans certaines carrières scientifiques.

Le musée au cœur de l’enseignement

construction des savoirséducationpédagogieLe musée de l’Homme s’inscrit pleinement dans la tradition française du musée comme lieu pédagogique57. Annonçant la future installation au musée de l’Homme de l’Institut d’ethnologie, jusque-là hébergé par l’Institut de géographie, Rivet déclare, en 1936 :

L’enseignement de l’ethnologie ne pourra que gagner à se faire près des collections qui l’illustrent et l’animent. L’ethnologie […] est une science naturelle, qui ne devient vivante qu’au contact des réalités. La meilleure description d’une race, d’une civilisation, ne laissera pas un souvenir aussi durable, aussi sûr que la vue ou le maniement des objets eux-mêmes58.

Il est significatif que le « contact des réalités » renvoie ici moins au terrain qu’aux objets conservés au musée. Dès 1933, Griaule, à son retour de l’expédition qui l’a rendu célèbre, et Rivière sont chargés d’un enseignement de « travaux pratiques » qui entend démontrer la solidarité entre ethnographie et muséologie59.

C’est encore au musée de l’Homme qu’est mis en place, en 1946, le Centre de formation aux recherches ethnologiques, marqué par la prégnance du modèle de la collecte, la perspective unitaire et le lien consubstantiel avec le Musée :

construction des savoirséducation construction des savoirsépistémologieméthodeL’enseignement du centre comprend un entraînement pratique aux méthodes d’enquête et aux procédés de travail sur le terrain (dessin, photographie, cinéma, muséographie), des cours de spécialisation, destinés à préciser l’orientation des stagiaires entre les différentes disciplines de l’ethnologie (anthropologie, préhistoire, technologie, sociologie, linguistique), un stage dans un des départements du Musée. En dehors de cet enseignement, chaque stagiaire doit accomplir sous forme de mémoire un travail de recherche personnelle à partir d’une collection du musée de l’Homme60.

construction des savoirséducationformation pratiques savantespratique intellectuellemise en sérieLa seconde partie de la formation se déroule précisément sur le terrain. Celui-ci est conçu avant tout comme lieu de collecte, comme l’indique la description, insistant sur les pratiques d’accumulation de données, orientée de façon privilégiée vers les objets :

Au printemps 1947, tous les stagiaires, sac au dos, se sont retrouvés dans un village berrichon, à La Borne, où ils étaient chargés d’effectuer une enquête sur les célèbres poteries de l’endroit. Durant 15 jours, vivant sous la tente, ils ont accumulé plans, photos, dessins, notes techniques, observations économiques et sociologiques, échantillons de toutes sortes. Le rapport détaillé qu’ils fournirent sur ce travail quelques semaines après leur retour à Paris constituait une des épreuves de l’examen61.

Parmi les quatorze premiers stagiaires, on trouve notamment Georges Condominas, parti ensuite pour l’Indochine étudier les Moï dans le cadre de l’Office de recherches scientifiques coloniales, et Jean Guiart, qui part pour la Nouvelle-Calédonie. Au début des années 1970, Guiart et Condominas, responsables avec Paul Mercier du certificat d’ethnologie générale de la Sorbonne, assurent une formation dans la lignée de celle qu’ils ont reçue62. Ces enseignements contribuent à diffuser des pratiques de recherche centrées sur la collecte et la production de monographies de caractère essentiellement descriptif.

Ce modèle est importé par Rivière dans le domaine français, avec la création, en 1937, du musée des Arts et Traditions populaires (Atp)63, suivie, en 1945, de celle du Laboratoire d’ethnographie française. La constitution de fichiers de terrain reste une pratique courante jusque dans les années 1970 64.

Un déclin inexorable

construction des savoirspolitique des savoirsguerreSi le musée de l’Homme incarne le triomphe de l’ethnologie française, ce triomphe est de courte durée : la guerre porte au Musée un coup dont il ne se relève pas. Outre les victimes directes, accusations et ruptures brisent l’utopie unanimiste.

espaces savantslieulaboratoireEn 1950, l’anthropologue physique Henri Vallois est élu à la chaire du Muséum contre Jacques Soustelle, protégé de Rivet, qui voit dans cette élection le reniement, le désaveu de toute l’œuvre qu’il a accomplie65. Vallois devient en même temps directeur du Musée, que Claude Lévi-Strauss, sous-directeur depuis 1949, quitte alors quand il est élu à l’EPHE. Avec son élection au Collège de France en 1958 et la création du Laboratoire d’anthropologie sociale, également rattaché à l’EPHE, le centre de gravité de la discipline se déplace. Le modèle du laboratoire est repris, mais hors du Musée. Le musée de l’Homme joue un rôle de plus en plus marginal, devenant pour les ethnologues « un objet à la fois de respect, pour son passé, et de mépris attendri, pour le présent66 ».

Comme dans nombre de musées d’Ethnographie, l’absence de ressources condamne le musée de l’Homme à l’immobilisme. Jean Guiart, alors directeur du Laboratoire d’ethnologie, indique que, faute de moyens « permettant de changer le matériel muséographique dont nous avons hérité », il a dû se résigner « à apporter des transformations partielles avec les moyens du bord67 ». Le musée de l’Homme devient peu à peu le conservatoire d’une muséographie ancienne, malgré des rénovations disparates.

construction des savoirspolitique des savoirsgestionprojetContrairement à l’utopie d’une science de l’homme harmonieusement unifiée, les trois laboratoires, préhistoire, ethnologie et anthropologie, chacun responsable de ses propres galeries dans le Musée, revendiquent farouchement leur autonomie. Les projets de renouveau s’enlisent, et le musée de l’Homme finit par devenir un repoussoir, contre lequel est conçu, avec l’appui du président de la République, Jacques Chirac, le projet d’un « musée des arts premiers ». Le musée du quai Branly, présenté à son tour par ses promoteurs comme d’avant-garde, entend rompre avec l’héritage du musée d’Histoire naturelle ; affirmant l’intention d’être aussi un centre de recherche, il propose une autre conception de la pluridisciplinarité, associant autour des pratiques esthétiques historiens d’art, historiens et anthropologues. Dans le même temps, le projet d’un nouveau musée de l’Homme, consacré à l’homme dans son environnement, reprend la tradition naturaliste68, tandis que le concept de « musée-laboratoire » est revendiqué par les promoteurs du futur musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, en projet à Marseille 69.

Le cas français contraste fortement avec ce qui se passe dans le reste du monde, où le rôle des musées décline en anthropologie dans l’entre-deux-guerres70. En France, au contraire, le musée est, dans les années 1930, le lieu privilégié d’affirmation d’une nouvelle discipline, l’ethnologie, et un des principaux supports de son institutionnalisation. Si l’âge d’or du musée de l’Homme est extrêmement bref, la conception du savoir qu’il incarne survit plus longtemps, et le déplacement du centre de gravité ne remet pas en question le paradigme de la collecte. La fameuse tripartition établie par Claude Lévi-Strauss entre l’ethnographie – collectant les « faits » sous forme de description monographique et se refusant à les interpréter –, l’ethnologie – réalisant une synthèse à un premier niveau, régional ou thématique – et l’anthropologie – entreprise comparative – apparaît comme un écho du mode de division du travail qui s’est exprimé dans le musée de l’Homme, pérennisant ainsi cette structure sous une forme transformée71.

Au-delà des recompositions de l’univers muséal, la fin du musée de l’Homme de Rivet et la fermeture en 2005 du musée des ATP sonnent le glas de ce modèle d’organisation du savoir institué dans les années 1930, sans que pour autant ait clairement émergé un nouveau paradigme.

Notes
1.

Polin, 1937, p. 99.

2.

L’Estoile, 2005a.

3.

Reyna, 1939.

4.

Cité in Dupuis, 1999.

5.

Voir Dubuc, 1998, et L’Estoile, 2007.

6.

Dias, 1991.

7.

Lettre de Rivet à Léon Blum, 7 juillet 1937 (Paris, musée de l’Homme, correspondance Rivet, ms. 2 / 12b).

8.

Lettre de Rivet à Daladier, 31 mai 1938 (Paris, musée de l’Homme, correspondance Rivet, ms. 825).

9.

Lyautey, 1931. Pour une analyse des liens complexes entre l’Exposition coloniale de 1931 et le musée de l’Homme, voir L’Estoile, 2001.

10.

Voir par exemple Delafosse, 1925, et Labouret, 1931.

11.

Soustelle, 1938, p. 1.

12.

L’Estoile, 2000.

13.

Note du 14 décembre 1931, citée in Jamin, 1988, p. 117. Voir aussi Conklin, 2002.

14.

Rivet, 1936.

15.

« Le Dr Rivet a voulu marquer par là […] la réunion sous le même toit et sous la même direction du laboratoire du Muséum consacré à l’anthropologie et du musée d’Ethnographie » (Soustelle, 1938, p. 1).

16.

Majuscules et ponctuation originales.

17.

Blanckaert, 1995, et Zerilli, 1998.

18.

Zerilli, 1998, p. 170.

19.

Rivet, 1936, vol. 7, fasc. 8, p. 13.

20.

L’Estoile, 1997.

21.

Cf. Jamin, 1989 ; Zerilli, 1998, et Laurière, 2001.

22.

Laurière, 2003, et Gorgus, 2003.

23.

Zerilli, 1998, p. 153.

24.

Rivet, 1936, vol. 7, fasc. 8, p. 13.

25.

Barthe, 2000.

26.

Rivet, 1936, vol. 7, fasc. 8, p. 3.

27.

Rivet, 1940, p. 44-45.

28.

Dupuis, 1999, p. 524. Ces salles sont restées en place dans leur organisation générale jusqu’à la fermeture des galeries ethnographiques, même si les vitrines ont parfois été modifiées.

29.

Rivet, 1940.

30.

Mus, 1938, p. 521.

31.

« Vœux de la septième section », 1938.

32.

Mauss, 1913 [rééd. 1969, p. 420.] Cf. aussi Mauss, 2004.

33.

Mauss, 1947, p. 17. Voir aussi Jamin, 1982.

34.

Cette conception s’oppose radicalement à la conception malinowskienne de l’ensemble fonctionnel, dans lequel chaque phénomène prend sens dans sa relation dynamique avec les autres. Cf. Leach, 1957.

35.

Mauss, 1947.

36.

Denise Paulme écrit ainsi à Michel Leiris, le 16 mai 1935 : « Je vous recommande, si cela vous intéresse, les fiches Hogon Procès Verbal, qui se trouveront dans le paquet 11. […] Si la littérature obscène chez les Dogon vous intéresse, je vous recommande les fiches Chanson-Fonio : on les chante quand on fauche le fonio », in Paulme, 1992, p. 79.

37.

La traduction de cet idéal de rationalisation dans la pratique ne se fait pas sans accroc : Paulme et Lifchitz adressent leurs fiches sur les Dogon au domicile personnel de Leiris plutôt qu’au Trocadéro, pour qu’elles ne tombent pas entre les mains de Griaule. Cf. Paulme, 1992.

38.

Leach, 1957.

39.

Griaule, 1957, p. 5

40.

Mauss, 1933, p. 445-446.

41.

Lévy-Bruhl, 1937, p. 167. Georges Waterlot, directeur de l’imprimerie officielle à Dakar, était membre de la Société des africanistes et de l’Institut français d’anthropologie.

42.

Lévy-Bruhl, 1937, p. 169.

43.

Beaux-Arts, 31 décembre 1937.

44.

Gessain, 1966, p. 57.

45.

Bourguet, 1993.

46.

Rivière, 1929 et 1930.

47.

Peltier, 1991.

48.

Schlumberger, 1974, p. 102-103.

49.

Rivet, 1936, vol. 7, fasc. 8, p. 2. « Sans leur concours bénévole et désintéressé, le Musée aurait été incapable, avec les ressources dont il dispose, d’assumer une tâche qui dépassait ses forces » (Rivet, 1935, p. 135).

50.

Rivet, 1935, p. 135. Cf. L’Estoile, 2005b.

51.

Paulme, 1987, p. 62.

52.

Coiffier, 2001.

53.

Rivière se décrit rétrospectivement, au moment où il commence sa « carrière professionnelle » au musée d’Ethnographie, comme « un homme de trente ans, sans aucune qualification scientifique, dont la vocation musicale n’avait pas été totalement dissimulée par sa formation à l’École du Louvre » (Rivière, 1968, p. 17).

54.

Mahn-Lot et Vildé, 1975.

55.

Mahn-Lot et Vildé, 1975, p. 109-110. Boris Vildé, membre du réseau de résistance du musée de l’Homme, est fusillé en 1942 avec A. Lewitsky.

56.

Mahn-Lot et Vildé, 1975, p. 109-110.

57.

Georgel, 1994.

58.

Rivet, 1936, vol. 7, fasc. 8, p. 4.

59.

Zerilli, 1998, p. 178.

60.

« Centre de formation aux recherches ethnologiques », Revue de géographie humaine et d ethnologie, 1, 1948, p. 97.

61.

Ibid.

62.

Je remercie Anne-Marie Dauphin pour ces informations. Voir aussi Gutwirth, 2001.

63.

« C’est Paul Rivet qui m’a fait découvrir […] qu’un musée doit être à la fois un lieu de culture pour le grand public et un centre de recherche pour les savants », in Schlumberger, 1974, p. 104 ; cf. aussi Rivière, 1968. Le musée lui-même, construit à partir de 1959 au bois de Boulogne, est inauguré en 1972.

64.

Françoise Zonabend évoque l’abandon de l’instrument du fichier au cours de l’enquête collective à Minot (communication au colloque Ethnografeast   II. La fabrique de l ethnographie, septembre 2004).

65.

Lettre de Paul Rivet, décembre 1949, ms 2.

66.

Guiart, 1976 p. 5.

67.

Le Musée ne bénéficie alors d’aucune subvention publique pour les frais de fonctionnement, uniquement couverts par les entrées payantes. Cf. Guiart, [1984], p. 25-26.

68.

Mohen, 2004.

69.

Colardelle, 2002.

70.

Jamin, 1982.

71.

Notamment Lévi-Strauss, 1958, p. 412 et suiv.

Appendix A Bibliographie

Sources manuscrites
  1. Paris, Bibliothèque du musée de l’Homme, ms. 1, Lettres à Paul Rivet ; ms. 2, Lettres à Paul Rivet.
Autres références
  1. Barthe, 2000 : Christine Barthe, « De l’échantillon au corpus, du type à la personne », Journal des anthropologues, 80-81, p. 71-90.
  2. Blanckaert, 1995 : Claude Blanckaert, « Fondements disciplinaires de l’anthropologie française au xix e siècle : perspectives historiographiques », Politix, 29, p. 29-54.
  3. Bourguet, 1993 : Marie-Noëlle Bourguet, « La collecte du monde : voyage et histoire naturelle (fin xvii e-début xix e siècle) », in Le Muséum au premier siècle de son histoire, Paris.
  4. « Centre de formation aux recherches ethnologiques du musée de l’Homme », Revue de géographie humaine et d’ethnologie, 1, 1948, p. 97.
  5. Coiffier, 2001 : Christian Coiffier (éd.), Le Voyage de « La Korrigane » dans les mers du Sud, Paris.
  6. Colardelle, 2002 : Michel Colardelle (éd.), Réinventer un musée. Le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille, Paris.
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  9. Dias, 1991 : Nélia Dias, Le Musée d’Ethnographie du Trocadéro (1878-1908). Anthropologie et muséologie en France, Paris.
  10. Dubuc, 1998 : Élise Dubuc, « Le futur antérieur du musée de l’Homme », Gradhiva, 24, p. 71-92.
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  15. Griaule, 1957 : Marcel Griaule, Méthode de l’ethnographie, Paris.
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  17. Guiart, [1984] : J. Guiart, Objets et mondes. Présentation de l’ethnologie au musée de l’Homme. Acquisitions récentes, Paris.
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  21. Jamin, 1989 : J. Jamin, « Le savant et le politique : Paul Rivet (1876-1958) », Bulletin et mémoires de la Société d’anthropologie de Paris, 3-4, p. 277-294.
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  24. Laurière, 2003 : Chr. Laurière, « Georges Henri Rivière au Trocadéro. Du magasin de bric-à-brac à la sécheresse de l’étiquette », Gradhiva, 33, p. 57-66.
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  30. L’Estoile, 2005b : B. De L’Estoile, « “Une petite armée de travailleurs auxiliaires” : la division du travail et ses enjeux dans l’ethnologie française de l’entre-deux-guerres », Cahiers du centre de recherches historiques, 36, p. 31-59.
  31. L’Estoile [à paraître] : B. De L’Estoile, Le Goût des autres. De l’Exposition coloniale aux arts premiers, Paris.
  32. Lévi-Strauss, 1958 : Claude Lévi-Strauss, « Place de l’anthropologie dans les sciences sociales et problèmes posés par son enseignement » (1954), in Anthropologie structurale, Paris, p. 402-443.
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  37. Mauss, 1933 : M. Mauss, « La sociologie », La Science française, t. 1 ; repris in M. Mauss, Œuvres, éd. V. Karady, Paris, 1969, vol. 3, p. 436-450.
  38. Mauss, 1947 : M. Mauss, Manuel d’ethnographie, Paris.
  39. Mauss, 2004 : M. Mauss, « Projet de présentation d’un bureau d’ethnologie » (1913), éd. E. Sibeud, Revue d’histoire des sciences humaines, 10, p. 105-124.
  40. Mohen, 2004 : Jean-Pierre Mohen (éd.), Le Nouveau Musée de l’Homme, Paris.
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  42. Olivier, 1931 : Marcel Olivier, « L’Exposition coloniale, œuvre de paix », L’Illustration, L’Exposition coloniale (album hors série), nov. 1931 (non paginé).
  43. Paulme, 1987 : Denise Paulme, « La mia prima missione : i Dogon 1935 », in Dal museo al terreno. L’etnologia francese e italiana degli anni Trenta, Milan, p. 62.
  44. Paulme, 1992 : D. Paulme, Lettres de Sanga à André Schaeffner, suivi des Lettres de Sanga, de Deborah Lifchitz et Denise Paulme à Michel Leiris, Paris.
  45. Peltier, 1991 : Philippe Peltier, « Océanie », in W. St. Rubin (éd.), Le Primitivisme dans l’art du xx e  siècle : les artistes modernes devant l’art tribal, éd. franç. par J.-L. Paudrat, Paris, p. 98-123.
  46. Polin, 1937 : Raymond Polin, « L’ethnologie », in R. Aron et al. (éd.), Les Sciences sociales en France. Enseignement et recherche, préface de C. Bouglé, Paris.
  47. Reyna, 1939 : F. Reyna, « Aux frontières de l’Empire : deux femmes chez les Muong », Journal de la Femme, 16 juin 1939.
  48. Rivet, 1935 : Paul Rivet, « L’Institut d’ethnologie de l’Université de Paris », Annales de l’Université de Paris, 1935, p. 135.
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  50. Rivet, 1940 : P. Rivet, « L’ethnologie en France », Bulletin du Muséum, XII, 1.
  51. Rivière, 1929 : Georges-Henri Rivière, « Le musée d’Ethnographie du Trocadéro », Documents, 1, avril 1929, p. 56.
  52. Rivière, 1930 : G.-H. Rivière, « De l’objet d’un musée d’Ethnographie comparé à celui d’un musée des Beaux-Arts », Cahiers de Belgique, novembre 1930 ; repris in Gradhiva, 33, 2003, p. 67-68.
  53. Rivière, 1968 : G.-H. Rivière, « My experience at the musée d’Ethnologie », Proceedings of the Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, p. 17-21.
  54. Schlumberger, 1974 : Éveline Schlumberger, « G.-H. Rivière, homme-orchestre des musées du xx e siècle. Un portrait parlé », Connaissance des arts, déc. 1974, p. 100-107.
  55. Soustelle, 1938 : Jacques Soustelle, « Le musée de l’Homme a ouvert ses portes », Beaux-Arts, 15 juillet 1938, p. 1.
  56. Urry, 1993 : James Urry, « Notes and Queries on Anthropology and the Development of Field Methods in British Anthropology, 1870-1920 » [1972], in Before Social Anthropology. Essays on the History of British Anthropology, Chur-Victoria-Paris, p. 17-40.
  57. « Vœux de la septième section », Congrès de la recherche scientifique dans les territoires d’Outre-Mer. Exposition internationale de Paris (1937), Le Mans-Paris, 1938.
  58. Zerilli, 1998 : Filippo Zerilli, Il lato oscuro dell’etnologia. Il contributo dell’antropologia naturalista al processo di istituzionalizzazione degli studi etnologici in Francia, Rome.