Chloé Ragazzoli

inscription des savoirsécrituregraffitiEn Égypte, laisser la marque de son passage sous la forme d’un graffito est une pratique largement répandue dans le temps comme dans l’espace2. Le voyageur enregistrait ainsi la traversée d’un wadi désertique, une pensée pour un dieu, ou simplement la visite d’un monument particulier.

construction des savoirstraditionarchivage inscription des savoirsgenre éditorialinventaire espaces savantsterritoireétat acteurs de savoirstatutfonctionnaire acteurs de savoirprofessionscribeÉcrire, inscrire : c’est là le double jeu du scribe égyptien, les deux pôles de son activité de lettré, mais aussi ses deux existences, celle de fonctionnaire et – pour une petite élite – celle d’écrivain privé. Pour la plupart des scribes, le quotidien consiste à tenir les comptes, inventorier, archiver, écrire mille lettres pour s’assurer de la récolte, du travail, des livraisons afin que, terme final de la machine étatique, le culte des dieux et des rois soit assuré. En schématisant à l’extrême, pour les besoins de la présente problématique, on pourrait dire que le scribe écrit, griffonne, archive, pour le bon fonctionnement de l’institution, pour qu’à terme les inscriptions funéraires, religieuses, politiques trouvent leur efficacité, gravées dans la pierre des temples et des tombes. Cette organisation hiératique est par ailleurs reflétée, très matériellement, par le partage des écritures.

inscription des savoirsécritureécriture cursive construction des savoirslanguelangue savantelatin typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialessciences des textesphilologieLa philologie égyptienne doit en effet prendre en compte des caractéristiques inconnues du monde latin. Le lettré égyptien disposait de plusieurs écritures pour des genres différents : une écriture monumentale, les hiéroglyphes ; des hiéroglyphes rapides, dits cursifs, et enfin une écriture proprement cursive pour les champs administratifs et littéraires, le hiératique. Aussi un choix d’écriture est-il une déclaration générique. On gardera par ailleurs en tête que le scribe égyptien apprend d’abord, et parfois uniquement, l’écriture cursive, quand les hiéroglyphes appartiennent à un degré de compétences plus avancé.

pratiques savantespratique lettréeLes inscriptions de visiteurs, groupe particulier au sein des graffiti de l’ancienne Égypte, mettent précisément en lumière dans le champ des pratiques lettrées du Nouvel Empire (v. 1552-1069 av. J.-C.) cette circulation entre la lecture, l’écriture, l’inscription et la copie. Il s’agit en effet d’inscriptions « secondaires » laissées en hiératique par des passants sur les monuments visités dans une nécropole. Le scribe qui visite la chapelle d’une tombe va par plaisir, curiosité, intérêt intellectuel, ou encore par piété, déchiffrer les inscriptions et les représentations funéraires, en hiéroglyphes, en copier certaines, en hiératique, et même aller de son propre commentaire, de sa propre offrande littéraire sur les murs décorés. La nécropole se présente en effet comme l’ensemble des tombes et de leurs chapelles funéraires, dont elles sont cultuellement indissociables : c’est là que rites et offrandes prennent place et assurent ainsi au défunt l’abondance dans l’au-delà.

La pratique de la visite et du graffito perpétue des lieux de mémoire, mais nous renseigne également sur les goûts et les valeurs des scribes. L’intérêt persistant pour certains monuments semble révéler un trait important de la culture de scribes au Nouvel Empire, à savoir l’attrait et la conscience nouvelle du passé3, qu’il s’agisse d’évoquer les grands auteurs, la valeur des écrits anciens en matière religieuse ou encore le goût pour les fables dont l’intrigue se situe dans un passé plus ou moins lointain4. Avec la fondation d’une nouvelle dynastie, à Thèbes, les lettrés sont à la recherche de modèles au sein de la nécropole locale, qui date du Moyen Empire.

Éducation, culture de scribes et pratiques funéraires

Une pratique de scribes

acteurs de savoircommunauté construction des savoirsvalidationsignature acteurs de savoirqualités personnellesMotivés par le plaisir intellectuel ou par la piété personnelle, ces graffiti dessinent l’espace d’une communauté et les valeurs partagées qui lient ses différents membres. L’inscription de visiteur est clairement un genre propre aux scribes. Elle est même revendiquée comme telle. Là où l’on attendrait de la part du signataire, comme sur les stèles funéraires par exemple, l’énoncé, éventuellement gonflé, de l’ensemble de sa titulature, le visiteur se désigne comme « scribe » (sesh), dans l’incipit suivant, qui permet d’identifier le genre : « Il est venu le scribe N pour voir la tombe de Y. » Telle est l’identité qu’il revêt pour lire et commenter les inscriptions d’une chapelle funéraire. Il n’est pas même à exclure que le graffito fasse dans certains cas advenir le scribe comme tel.

acteurs de savoirstatutélève acteurs de savoirstatutmaîtreOn visite et inscrit la marque de son passage entre collègues, entre maîtres et élèves et les scribes se succèdent dans les signatures d’un même graffito :

Ils sont venus, le scribe Djéhouty, en compagnie du scribe Iouy et avec le scribe Qen pour voir la tombe du gouverneur Antefiqer, et ils ont fait beaucoup d’adorations5.

La tombe de Sénet, épouse, mère ou parente6 d’un dignitaire de la XIIe dynastie (v. 1991-1785), Antefiqer, où l’on a retrouvé ce graffito, présente plus de soixante-dix autres inscriptions du Nouvel Empire, dont au moins vingt-quatre mentionnent un ou plusieurs scribes7. On voit par ailleurs que si l’on trouve des inscriptions de visiteurs plus ou moins isolées dans toutes les nécropoles d’Égypte, un petit nombre de monuments en concentre plusieurs dizaines. Cette apparente préférence pour quelques monuments du passé révèle un choix de la part de nos touristes antiques, des valeurs et des goûts partagés, transmis et enseignés.

Milieu scolaire et professionnel

construction des savoirstraditiontransmissionCes goûts semblent bien faire l’objet d’une transmission par l’enseignement, lequel vise par essence à reproduire les valeurs partagées et constitutives d’un groupe donné. Les inscriptions de visiteurs s’inscrivent pour partie dans ce contexte :

espaces savantslieuécoleEn l’an de règne […, le scribe N est venu], pour se promener et pour se distraire sur le plateau du district de Memphis […]. Ce monument du passé, il l’a trouvé comme si le ciel s’y trouvait […], avec les maîtres de la maison d’enseignement8

construction des savoirséducationapprentissage espaces savantslieuécoleLes graffiti sont le fruit d’un entraînement : on a retrouvé un morceau de calcaire, support habituel des exercices de scribes, portant l’incipit de la formule de visiteur : « Il est venu, le scribe Djéserka pour voir9… » La formule est, semble-t-il, entièrement hors contexte. Elle porte en fait la trace d’un autre contexte, celui de la formation scolaire ou simplement de l’entraînement ou du jeu lettré. Le document provient du remblai constitué pour créer la terrasse de la tombe de Senenmout à Sheikh abdel-Gournah 10, sur la rive ouest thébaine, là où de nombreux scribes étaient à l’œuvre pour diriger l’avancement des travaux et la réalisation du programme décoratif. Le même dépotoir a ainsi révélé des documents variés, certains relatifs à la construction de la tombe, d’autres à contenu plus scolaire ou littéraire avec des lettres fictives, des exercices mathématiques ou encore des extraits des œuvres les plus étudiées de l’époque11 (Enseignement d’Amenemhat, Conte de Sinouhé, etc.). La tombe, avec ses textes et ses plans, son programme architectural et iconographique, est bien entendu en large part le domaine du scribe, et l’on voit se dessiner ici un lien intéressant entre la sépulture et l’usage scolaire, soit qu’un enseignement y prît place, soit qu’un maître tirât parti de la chapelle pour y dispenser son « cours »12. Ces mêmes textes didactiques se retrouvent ainsi copiés sous la forme de graffiti, laissant penser que certains maîtres usèrent de tombes comme d’écoles, sinon comme support d’enseignement. À cet égard, une tombe d’Assiout se révèle tout à fait intrigante13. La chapelle présente en effet plusieurs belles copies hiératiques de textes littéraires à forte consonance scolaire ou loyaliste, comme un extrait de l’Enseignement de Khéty dont l’auteur, on le sait, montre combien la condition de scribes est préférable à toute autre.

inscription des savoirsécrituregraffitiLes graffiti, inscription publique par excellence, finissent par cultiver le sentiment d’entre-soi, d’une culture, de lettres partagées. Cet aspect exclusif est très clairement revendiqué quand les scribes établissent leurs graffiti non plus à l’aide de l’incipit traditionnel cité, mais à l’aide d’un en-tête de lettre, forme écrite qui constitue leur quotidien et qu’ils ont élargie à la même époque jusqu’au genre littéraire, avec des contes comme les aventure d’Ounamon ou d’Ourmaï14 et les inventions épistolaires des miscellanées15 :

L’abatteur en chef Âhânéfer à la chanteuse d’Amon Tyt, qu’elle soit en vie, santé et force : [Je le dis] à Amon-Rê roi des dieux16

Voilà un graffito qui commence comme une lettre, par la mention de l’expéditeur et du destinataire, suivie de vœux de circonstance. Le jeu n’est plus très loin et il ne fait guère de doute que les scribes prennent plaisir à ces démonstrations lettrées ; la promenade, la distraction, le plaisir esthétique constituent autant de notions très présentes dans les inscriptions de visiteurs. On peut ainsi citer le cas de la tombe thébaine de Sobekhotep (TT 63), que nous examinerons en détail plus loin. Cette sépulture comporte des scènes peintes de très grande qualité, admirées en son temps par le scribe Iouy. Il n’y a donc guère à s’étonner qu’un autre scribe soit venu s’y distraire :

Il est venu le prêtre pur du dieu […] ; il est sorti pour se distraire17

Faire montre de son habileté

acteurs de savoirsexe et genreféminin acteurs de savoirsexe et genremasculin pratiques savantespratique artistiquelittératureIl est admis que le contenu rituel des inscriptions de visiteurs au Nouvel Empire n’importe plus guère et que les formules d’offrandes qu’elles renferment font plus partie de la phraséologie que d’un mouvement de piété18. Il reste que certaines inscriptions, par leur formulation même, se placent entièrement du côté de la littérature, l’auteur faisant ainsi étalage de ses lettres et de sa bonne éducation : le scribe n’hésite pas à vanter son propre talent en dénigrant les visiteurs qui l’ont précédé dans la tombe. Ce monde des scribes semble être ainsi tout à fait conscient de lui-même, et tout à fait conscient de sa masculinité, si l’on en croit un visiteur qui rejette dédaigneusement la composition d’un de ses collègues ayant visité comme lui la chapelle sud de la pyramide de Djoser, et qui n’écrit pas mieux, dit-il, qu’une femme :

acteurs de savoirsexe et genrefémininIl est venu le scribe excellent aux doigts excellents, sans égal à Memphis, le scribe Amenemhat. Il dit : « Expliquez-moi donc ce que ces mots veulent dire. Mon cœur en est malade quand je vois le travail de leurs mains. Ce n’est pas un scribe [ ?] qui est venu avant moi. On dirait du travail de femme, qui n’a pas son esprit. C’est quelqu’un qui n’aurait pas dû rentrer dans ce sanctuaire. Ce que j’ai vu est un scandale, ce ne sont pas des scribes dignes de ce que Thot a enseigné19 ! »

acteurs de savoirqualités personnellescompétenceCette vigoureuse protestation de la part d’un scribe sûr de son propre talent suggère par ailleurs que ces inscriptions étaient bien destinées à être lues par les collègues, et qu’elles l’étaient en effet. Elles développent des valeurs propres aux scribes. La tombe d’Antefiqer présente plusieurs inscriptions évoquant ces idéaux de porteurs de calame, en des séries d’épithètes rappelant nettement le formulaire des autobiographies funéraires :

Autoportrait de scribe dans la tombe
              d’Antefiquer ( et , 1920, pl. XXXVI).
Figure 1. Autoportrait de scribe dans la tombe d’Antefiquer (Davies et Gardiner, 1920, pl. XXXVI).
Fasse le roi que s’apaise Osiris Khentyimentiou [de sorte qu’il donne] pain, bière, viande, volailles et offrandes invocatoires dans la nécropole pour respirer le souffle de vie dans le monde souterrain et boire l’eau à l’onde fraîche, et qu’il donne toute bonne chose utile dans le pays sacré pour le ka du juste de cœur, de celui qui a le conseil excellent, qui est dépourvu de malice, qui tourne le dos au mal, qui fait ce qui est juste conformément, un scribe déjà quand il se trouvait dans le sein de sa mère, le scribe Râmosé-néfer, juste de voix, mis au monde par […] et venu en compagnie de son directeur, le scribe Djéhouty qui répète la vie, et qui reçoit des offrandes20.

On remarquera que l’un de ces graffiti est accompagné d’un dessin qui pourrait bien être l’autoportrait du scribe visiteur, représenté avec les attributs de sa fonction :

[Le scribe N qui ne connaît] pas le mal sur terre, qui en est dépourvu dans l’au-delà, qui a accompli ce qui était juste, le scribe Djéhouty, juste de voix21.

acteurs de savoirqualités personnellesOn se trouve ici clairement dans l’horizon culturel et moral du scribe du Nouvel Empire, fonctionnaire royal de niveau intermédiaire. Les biographies de scribes nous permettent d’identifier les lieux communs des qualités intellectuelles. On constate l’emploi du même procédé d’intertextualité littéraire entre l’autobiographie et l’inscription de visiteur, cette dernière consistant aussi à laisser une autobiographie succincte, une tranche de vie, dans la tombe d’un autre.

Lire et inscrire

inscription des savoirsvisualisationimageprogramme décoratifLe graffito finit par s’intégrer dans le large programme iconographique et textuel d’une tombe, et s’y mêler dans une même et unique entreprise de survie. Mais il s’agit ici d’une survie particulière, celle d’un nom, d’un texte, d’une œuvre pour la postérité.

Invitation à la lecture

pratiques savantespratique rituellerite funéraire typologie des savoirssavoirs non canoniquesoccultismemagieLes textes inscrits dans une tombe n’atteignent leur efficacité que dans la performativité du dire. Les paroles magiques, les listes d’offrandes, les théories de mets délicats ne bénéficieront au défunt que si un visiteur les met en branle en posant son regard sur elles. Le défunt se nourrit de mots et il invite le lettré à se repaître des beautés littéraires et iconographiques offertes par sa tombe. La chapelle funéraire est en effet un espace public et y déployer un texte a quelque chose à voir avec la publication.

Le dignitaire qui commande une tombe sait que, parmi ses visiteurs, le plus à même de lire les inscriptions et donc d’activer leur magie sera le scribe. Nombre d’appels aux vivants – ces exhortations faites sur le mur de la tombe aux visiteurs pour les inviter à prononcer les formules d’offrandes – s’adressent ainsi en premier lieu à ces personnages, à côté d’autres catégories censées être alphabétisées, comme les prêtres22. Le scribe royal Néfersékhérou s’est fait particulièrement pressant et précis quant à ce qu’il attendait de ses visiteurs :

Je veux vous dire, vous qui existez,
qui êtes sur Terre ou y viendrez,
les prêtres purs et les personnalités royales,
déroulez les inscriptions qui se trouvent dans ma tombe
[du nom d’Onyx ;
que vos esprits se hissent à la hauteur de ces écritures,
puissiez-vous répétez ce qui y est écrit,
et que l’illettré comme l’ouvrier sachent
tout ce que j’ai écrit sur les murs de ma tombe23.

Néfersékhérou, chancelier du roi de Basse-Égypte, directeur du Double-Grenier de Haute et de Basse-Égypte, grand intendant de la maison du roi, s’adresse à ceux qui savent lire et leur montre où peut mener l’état de scribe. Plus tard, à la XXVIe dynastie, un autre dignitaire exhorte de même le visiteur lettré ; il n’hésite pas à faire appel en plus à la pratique de la copie et, qui sait, du graffito24 :

pratiques savantespratique rituellerite funéraireCet Iba, justifié auprès d’Osiris Ounnéfer, le fils du bien-aimé du dieu Ânkhor, justifié auprès du dieu de sa ville, il dit à la postérité :
« Ô vivants qui êtes sur terre, serviteurs des dieux et des déesses, prêtres purs et prêtres ritualistes, tous les scribes qui portent palette, qui sont versés dans l’éloquence et avancés dans les écrits, qui ont ouvert les rouleaux de bibliothèque, les serviteurs divins, les grands prêtres purs de Khentyimentiou à Thèbes, puissent-ils aller et venir dans la nécropole pour faire des offrandes chaque jour, puissent-ils visiter cette tombe et voir cette chapelle
[…]
Puissiez-vous plonger dans cette tombe, puissiez-vous vous pénétrer des écrits qui s’y trouvent, puissiez-vous voir les formules des ancêtres à leur place, sans en laisser de côté, puissiez-vous entendre la clameur de ce qui se discute entre eux,
[…]
Puissiez-vous recopier ce que vous aimez en ce lieu sur un papyrus vierge pour que mon nom atteigne à la postérité. »

On peut se demander si Iba a été exaucé. Sa tombe ne présente pas d’inscriptions de visiteurs proprement dites, mais on trouve de nombreux petits graffiti qui en reprennent les thèmes décoratifs comme par exemple une tête de profil dans la première salle qui copie celle d’un porteur d’offrandes de l’une des possessions25.

Néanmoins, dans bien des cas, le défunt semble avoir été écouté et la lecture de ses visiteurs a laissé des traces, sous la forme d’inscriptions ou de dessins. Au Nouvel Empire, la tombe que l’on attribue au vizir Antefiqer rencontre un certain succès chez les dignitaires thébains. L’intendant du vizir et scribe Amenhotep rend une visite, peut-être pour honorer un vizir du passé, et il laisse sa signature en évoquant la joie que lui a procurée cette visite et en actualisant les offrandes destinées au défunt :

Graffito copiant un motif décoratif de la
              tombe d’Iba ( et , 1983, 41, pl. XII).
Figure 2. Graffito copiant un motif décoratif de la tombe d’Iba (Kuhlmann et Schenkel, 1983, 41, pl. XII).
Il est venu Amenemhat, le fils du grand doyen Djéhouty [et de…], pour voir cette tombe du [gouverneur de la ville] et vizir, Antefiqer. Voilà qui fut bien agréable pour son cœur […] et qui sera bien utile pour toujours. Que son nom demeure, [lui qui vient] y déposer des offrandes. Il dit : « Fasse le roi que s’apaisent Osiris Khentyimentiou et Amon Rê et tous les dieux de la nécropole et ainsi ils donneront des offrandes de pain, de bière, de viande, de volaille, de lin, d’encens, d’huile et de toutes sortes de choses que le ciel dispense, que la terre crée et que le Nil porte quand il se gonfle de l’inondation, en autant d’offrandes pour l’âme d’Antefiqer, dont la voix a été reconnue juste. »

construction des savoirsvalidationsignatureVoilà Antefiqer rassasié dans l’au-delà grâce à un échange entre deux parties aux intérêts bien compris. Mais Amenemhat a fait plus qu’offrir quelques formules et laisser son nom à la postérité. Sa propre tombe montre combien il a apprécié celle de son prédécesseur. Les éditeurs des deux sépultures26 ont en effet noté que plusieurs scènes de la tombe d’Amenemhat sont fort proches de celles d’Antefiqer. On voyait ainsi dans cette dernière une scène de danse particulière, célébrant la fin des moissons. L’artiste y a saisi en plein vol les figures acrobatiques des danseurs et ces sauts singuliers se retrouvent précisément chez Amenemhat dans une danse en l’honneur d’Hathor. Tout laisse donc à penser que ce lettré a répondu aux appels aux vivants cités et a copié les scènes qui lui plaisaient.

inscription des savoirsvisualisationimageprogramme décoratifLes scribes rendent leurs graffiti efficaces en les intégrant au programme iconographique. Le don d’un texte griffonné au cours de la promenade n’est pas un surplus. Le cadeau du texte prend place au sein des cadeaux représentés sur les murs de la sépulture. Dans la chapelle du grand jardinier Nakht, le scribe Amenemosé souhaite au défunt de bien accomplir une scène représentée dans la tombe et, très éloquemment, il inscrit ces bons vœux dans le corps d’une vache tirée par un petit pâtre27 :

Puisses-tu conduire le bétail dans la nécropole de la ville où tu résides et être loué à ta mesure ! […] Fait par le scribe Amenemosé 28.

De même, de nombreux visiteurs déposent leur offrande littéraire à l’intention du défunt, aux côtés des dessins de ces mets terrestres empilés sur des tables d’offrandes.

S’inscrire dans la tombe

Grâce au graffito, le défunt reçoit les offrandes évoquées par les textes du programme décoratif. En laissant son nom, le scribe visiteur participe à la postérité de son hôte, mais il sait que les collègues qui lui succéderont liront aussi son message et lui assureront quelque survie : il confie ainsi son message à l’efficacité de la tombe. L’écriture bénéficie d’une temporalité particulière ; le scribe l’apprend lors de sa formation et les manuscrits de florilèges de textes de scribes, connus dans la tradition égyptologique comme les Late Egyptian Miscellanies 29, qui dévoilent les usages, et la supériorité, de la profession le soulignent avec force :

Quant aux scribes savants du temps qui a succédé
[au règne des dieux,
Ces prophètes des choses à venir,
Leur nom est établi pour l’éternité.
[…]
Sois scribe, mets cela dans ton esprit,
Et il en sera de même pour ton nom.
Un livre est plus utile qu’une stèle inscrite, qu’un enclos
[de tombe ;
Son action est plus durable que chapelles et tombes
Dans l’esprit de qui prononce le nom des scribes anciens.
Et c’est plus utile dans l’au-delà,
Un nom qui reste dans la bouche des gens30.

construction des savoirstraditionreligionVoilà qui jette un éclairage particulier sur les croyances de scribes, qui ajoutent à l’éternité du séjour dans l’au-delà – idéal partagé par tout Égyptien – l’éternité dont un scribe peut jouir ici-bas à travers la survie de ses écrits.

Le scribe qui visite une tombe se projette sans mal dans cette temporalité littéraire d’un texte appelé à lui survivre, et ce futur qu’il prévoit au moment de l’écriture, il en fait un passé pour celui qui le lira. Combien de scribes en effet ne signent-ils pas de leur nom, suivi de la mention juste de voix, qui n’accompagne en principe que le nom d’un défunt, de celui qui est passé avec succès devant le tribunal d’Osiris ? Mais quand on le lira, il espère bien avoir fait ce voyage :

Il est venu le scribe Djéhouty juste de voix pour voir cette tombe du temps de Khéperkarê doué de vie à jamais et il a fait de nombreuses adorations divines31.

construction des savoirstraditionOn enseigne en effet au scribe débutant à vénérer les grands noms, les auteurs qui ont traversé le temps grâce à leurs œuvres, quand tous les monuments funéraires sont depuis longtemps tombés en poussière. L’écrit s’inscrit dans la temporalité très longue de la postérité littéraire. Dans les recueils de scribes déjà évoqués, dont certains sont adressés au maître, cette survie littéraire prend naturellement sa place dans la rhétorique de l’éloge. Le maître est ainsi dépeint en défunt triomphant dans le tribunal des morts et on lui adresse des vœux de bon voyage dans l’au-delà :

Puisses-tu reposer sur le front de celle qui habite
[dans la nécropole de Thèbes,
Puisse ton âme devenir divine parmi les défunts,
Puisses-tu te mêler aux esprits excellents,
Puisses-tu suivre le Veilleur dans l’au-delà le jour de la fête
[de Sokar 32.

Le texte s’inscrit dans cette double temporalité, celle de l’ici et maintenant de l’écriture, mais aussi celle d’un futur, quand les scribes auront disparu, que le maître sera passé devant le tribunal divin, et que le document, grâce au talent de son auteur, sera toujours présent.

Un scribe n’a pas même hésité à profiter d’un monument funéraire infiniment efficace, celui de la pyramide de Snéfrou à Meïdoum 33, pour s’adresser en défunt à ses collègues qui viendront le visiter et dont il entend bien profiter également des formules d’offrandes :

En l’an 21, le 22e jour du 4e mois du règne du roi, l’Horus Taureau-victorieux-qui apparaît – dans Thèbes –, Celui-des-deux-maîtresses Lui-qui-prolonge-son-règne-comme-Rê-dans-le-ciel, l’Horus d’or Lui-qui-établit-sa-force Lui-qui-est-doué-de-saintes-apparitions, le Roi de Haute et de Basse-Égypte Menkhéperrê, le Fils de Djéhoutymésounéferkhépérou vivant pour toujours et à jamais, régnant depuis le trône d’Horus sur les vivants. Sa majesté est un jeune taureau, un enfant parfait de vingt ans, qui n’a pas de semblable […].
Il est venu le scribe Âakhéperkarêséneb, fils de Amonmésou, le scribe et prêtre-lecteur de Âakhéperrê, pour voir la belle chapelle de l’Horus Snéfrou. Et il l’a trouvée comme si le ciel était à l’intérieur, comme si se levait et se couchait là. Et alors il a dit :
- Que le ciel fasse pleuvoir de la myrrhe fraîche, qu’il fasse goutter l’encens sur le toit de la chapelle de l’Horus Snéfrou.
Et alors il a dit :
- Ô tous les scribes, tous les prêtres-lecteurs et tous les prêtres purs, vous qui êtes favorisés des dieux de vos villes, puissiez-vous avoir de nombreux enfants et puissiez-vous transmettre votre fonction à vos fils […], ainsi direz-vous la formule : Fasse le roi que s’apaisent Osiris seigneur de Busiris, le grand dieu qui règne sur […], Rê-Horakhty, Atoum Seigneur d’Héliopolis, Amon-Rê roi des dieux, Anubis seigneur de l’Occident et du Pays Sacré, de sorte qu’ils accordent un millier de pains, un millier de jarres de bière, un millier de bœufs, un millier d’oi-seaux, un millier de vases d’albâtre et de rouleaux de lin, un millier de provisions, un millier de vases d’encens, un millier de vases d’huile, un millier […], un millier d’herbes et un millier de toutes les bonnes choses pures que le ciel donne, que la terre produit, que le fleuve apporte de sa source, au ka de l’Horus Snéfrou, justifié auprès d’Osiris seigneur du Pays Sacré, et à Méresânkh.

acteurs de savoircommunautéContrairement aux appels traditionnels, Âakhéperkarséneb omet de s’adresser « à tous les vivants qui sont sur terre », il parle à ses collègues, « aux scribes ». Notre scribe maîtrise d’ailleurs les usages littéraires. Comme sur un papyrus, son inscription est rubriquée, offrant la possibilité de bien distinguer les parties constitutives de son texte et de montrer sa compétence « scribale ».

Une piété de scribes ?

acteurs de savoirqualités personnelles construction des savoirstraditionreligionIl faut s’interroger : cette pratique des inscriptions de visiteurs est-elle l’un des témoignages d’une piété de scribes, développant des habitudes et des croyances propres à cette corporation ? Cette piété semble prendre pour objet, d’une part, les grands noms du passé et, d’autre part, Thot, divinité protectrice de la corporation.

Vénérer les auteurs

pratiques savantespratique rituellesacrificeLa piété envers les grands noms, les maîtres et donc les grands fonctionnaires semble constituer un lien particulier entre les membres du groupe. À la même époque, on trouve des textes dédicacés dans leur colophon à l’âme de collègues34 ou de grands auteurs35 auxquels le scribe est invité à adresser des libations avec son matériel d’écriture36, avant de se mettre au travail :

Puissent les prêtres purs faire une libation comme ce que l’on fait pour Imhotep sur le bord du godet37.

Un godet de la XIXe dynastie fait d’ailleurs allusion à ces pratiques liturgiques liées à l’écriture :

Thot, maître des paroles divines.
Quant à tout scribe qui écrira avec ce godet, il y fera une libation et dira : « Que le roi donne des offrandes par milliers de pains et de bière pour le ka du prince et gouverneur, directeur des troupeaux du Seigneur du Double Pays, le directeur de la ville, le vizir, l’auguste chef, favorisé de Thot, aimé de Séchat 38. »

Les inscriptions de visiteurs montrent la vénération par les scribes des grands noms et des grands collègues. Un scribe de la Tombe,c’est-à-dire secrétaire général du village des ouvriers de Deir el-Médineh, rend ainsi hommage à l’un de ses illustres prédécesseurs :

« L’Occident est à toi, c’est pour toi qu’il a été préparé. Tous les favorisés s’y retrouvent et les malveillants n’y sont pas rentrés, comme tous les méchants. Le scribe Boutéhamon y a abordé après la vieillesse. » Composé par le Scribe de la Tombe Ânkhefenamon 39.

Le dédicant est bien connu, notamment par les graffiti dont il a parsemé la montagne thébaine40. Comme son père Boutéhamon, il occupa la charge importante de scribe de la Tombe. Le présent graffito est ainsi témoignage de piété filiale et scribale41.

De tels hommages peuvent franchir les générations, à travers une affinité plus précisément professionnelle. C’est probablement animé par une telle motivation que le scribe Paser est venu, à la XIXe dynastie, visiter la tombe de son collègue de la XIe dynastie, le trésorier Khéty, comme il le dit dans l’inscription qu’il laissa derrière lui :

En l’an 27 du règne du Roi de Haute et de Basse-Égypte Ousermaâ-trê Sétepenrê (vie, santé et force à lui !) est venu voir la place de ce gouverneur de la ville et vizir Paser, fils du prêtre divin et auguste juste de voix Nenetjérou, pour voir la demeure de son aïeul Khéty 42.

Khéty n’est un « père de son père » que par métaphore, comme aïeul dans la même fonction.

Vénérer le babouin

acteurs de savoircommunauté acteurs de savoiracteur non humainêtre surnatureldivinitéLa communauté des scribes dispose de sa divinité, Thot. Au Nouvel Empire, les scribes semblent développer un culte particulier au babouin porteur de calame, au sein du courant plus large de la piété personnelle.

Les graffiti sont l’occasion de laisser des ex-voto à ce saint patron. Les textes adressés à Thot, au scribe divin par excellence, éclairent la condition du scribe terrestre et ses croyances. Dans son office administratif comme à l’arrivée dans l’au-delà, le scribe requiert l’assistance de Thot, « Viens à moi, Thot, toi qui écris le courrier de l’Ennéade », dit le scribe devant son pensum :

Viens à moi Thot, L’auguste ibis Thot,
Le dieu qui se languit de Hermopolis,
Le secrétaire de l’Ennéade,
Le grand de Ounou,
Viens à moi et donne-moi conseil !
Rends-moi compétent dans ton office.
Ta fonction est meilleure que toute autre,
Elle grandit son officiant,
Celui qui l’exerce deviendra dignitaire.
J’en ai vu beaucoup pour qui tu as agi et
[qui siègent maintenant au Conseil,
Et qui sont puissants et riches grâce à toi.
C’est toi qui donnes conseil,
C’est toi qui conseilles celui qui est sans mère,
La bonne fortune et le succès sont avec toi.
Viens à moi et donne-moi conseil,
Je suis le serviteur de ta maison,
Laisse-moi user de tes vertus43

Cette piété s’accompagne d’ex-voto et de statuettes, autant de babioles aux traits du babouin, dont le scribe s’entourait ou faisait offrande. On retrouve ces mêmes babouins griffonnés sur les murs des tombes. La sépulture d’Iba présente un tel cynocéphale dessiné dans un renfoncement non décoré de la tombe44, lequel rappelle celui des ostraca figurés, ou encore d’une illustration conservée sur un recueil de scribe, aux côtés d’un éloge du maître45 !

L’offrande du scribe Iouy

Au regard du tableau dressé des qualités et pratiques des scribes, Iouy est un scribe ordinaire du Nouvel Empire ; nous connaissons son nom aujourd’hui grâce à la belle inscription de visiteur qu’il a laissée à la fin de la XVIIIe dynastie dans la tombe d’un dignitaire peut-être mort à la génération précédente, sous Thoutmosis IV (1401-1390), Sobekhotep 46. Ce dernier fut un important dignitaire du royaume47. Comme son père Min, il remplit les fonctions de directeur du Trésor ainsi que de prince gouverneur du lac de Sobek de Chédet. Il n’est pas à exclure que le visiteur connaissait au moins de réputation ce fonctionnaire royal aux importantes charges auprès d’Amon :

Il est venu, le scribe Iouy, fils du directeur des troupeaux
[d’Amon, le directeur des terres… et il a dit :
J’ai vu le bel Occident de Sobekhotep. Il le trouva plus beau en son cœur,
Que tout autre temple.
Il est aussi durable que le ciel,
Ses parois sont des montagnes.
Son terroir regorge de toutes bonnes choses,
Son étang de poissons.
Tous les pays disent : « Puissions-nous avoir
[ses provisions chaque jour ! »

Sur le plan de la classification égyptienne des genres, ce singulier graffito s’insère bien dans le groupe des inscriptions de visiteurs. Iouy se présente comme scribe et il reprend l’incipit traditionnel, « il est venu le scribe, pour voir la tombe ». Mais il joue avec les règles du genre. Tout d’abord, il s’affranchit de toute formule d’offrandes attendue, tout en décrivant force richesses agricoles. Le texte semble ainsi relever de la littérature, du poème. Le graffito est en effet composé dans un schéma métrique régulier, celui déjà employé à la même époque dans les chants d’amour, le distique heptamétrique48, avec un premier vers pourvu de quatre unités métriques et trois pour le deuxième. De même, la langue employée présente des structures propres à l’usage littéraire, comme l’expression « ah si seulement49 ». Sur le plan générique, ce texte s’insère plus précisément dans un sous-genre littéraire bien représenté dans les miscellanées, l’éloge de la cité50, qui se développe alors. Une partie de ces éloges loue les richesses et la luxuriance agricole de la ville dont il est question, assimilée à un grand domaine agricole, bekhen en égyptien. Notre graffito présente ainsi de nombreux échos à l’éloge de Per-Ramsès du papyrus Anastasi III :

Graffito de Iouy au sein d’une scène de la
            tombe de Sobekhotep (DZIOBEK et ABDEL RAZIQ, 1999).
Figure 3. Graffito de Iouy au sein d’une scène de la tombe de Sobekhotep (DZIOBEK et ABDEL RAZIQ, 1999).
Son terroir regorge de toutes bonnes choses,
Il regorge de victuailles chaque jour.
Ses étangs regorgent de poissons,
Ses jardins regorgent d’oiseaux51.

pratiques savantespratique artistiquearchitecture pratiques savantespratique artistiquepoésieLe poème de Iouy est par ailleurs composé de neuf lignes de beau hiératique, justifiées à droite et à gauche. Il est inscrit dans la salle qui mène à la chambre funéraire au sein d’une scène qui représente une remise de tributs. Le texte en forme de rectangle prend place en tête d’une procession d’offrandes, juste devant une représentation du défunt, Sobekhotep.

Dès lors, il n’est pas possible d’exclure que cette position spatiale soit le résultat d’un choix conscient de la part de Iouy qui présente ainsi sa propre offrande scribale au maître des lieux. On peut également observer que le défunt regarde vers l’extérieur de la tombe, direction d’où viennent les offrandes, mais aussi Iouy, visiteur de l’extérieur.

espaces savantslieujardin pratiques savantespratique rituellerite funéraireQuant à l’objet du graffito, il s’agit, lit-on, de « l’Occident » de Sobekhotep, désignation traditionnelle de la nécropole ou de l’au-delà. Seulement, à première vue, la nature foisonnante louée dans notre texte ne correspond guère à l’aride paysage de la montagne thébaine où se trouve l’Occident de Sobekhotep. Cet Occident, si l’on veut bien considérer que la tombe en est aussi, présente néanmoins peut-être un tel paysage. Les motifs développés par le graffito rappellent en effet certains thèmes iconographiques de la sépulture. Sur le mur nord du corridor, une scène de jardin représente le luxe dont dispose un dignitaire égyptien. Au bord du bassin, le propriétaire et son épouse boivent l’eau de la fontaine dans laquelle on distingue des fleurs de lotus et des tilapias, symboles d’éternité. De part et d’autre, le couple est de nouveau représenté, attablé devant une copieuse table d’offrandes. Autour de la scène, de beaux arbres sont plantés, comme le palmier et le sycomore. Le bassin et les arbres évoqués ont une valeur symbolique forte : l’eau permet d’abreuver le défunt auquel les arbres assurent survie et protection. Notre graffito pourrait dès lors faire écho à ce tableau et constituer un éloge du domaine de Sobekhotep, symbole du statut social que ce grand scribe s’est assuré ici-bas – et l’on sait que les variations sur la supériorité du métier de scribe louent ces domaines agricoles dont le métier des lettres pourrait assurer la possession52 – et de la survie dans l’au-delà.

espaces savantslieujardinEnfin, même si l’on ne peut y répondre dans ce cas-ci, faute de preuve archéologique, cette omniprésence du jardin pose la question de celui de la tombe, qu’aurait pu voir Iouy lors de son passage. Ces petits enclos, disposés en avant des chapelles funéraires, jouaient un rôle rituel important. Ils contenaient en général un bassin et quelques sycomores. Or, une tombe est un ensemble cohérent d’éléments architectoniques, iconiques et graphiques, ce que J. Assmann a appelé la Grabsemantik 53. On connaît par ailleurs l’importance du jardin funéraire, surtout à la XVIIIe dynastie, et il n’y a guère à s’étonner que ce thème ait retenu l’attention. Plus encore, le jardin semble concentrer le vœu funéraire caractéristique à partir de la XVIIIe dynastie de pouvoir faire librement pour l’âme du défunt le chemin de l’au-delà à l’ici-bas54. Le jardin, à la fois idéal de luxe des représentations égyptiennes et symbole des biens dont on veut bénéficier dans l’au-delà renforce en quelque sorte cette circulation. Un texte récurrent illustre parfaitement cela :

Puissé-je entrer et sortir de ma tombe et me rafraîchir à son ombre, puissé-je boire l’eau de mon bassin chaque jour, puissent tous mes membres rester fermes, puisse l’inondation m’apporter de la nourriture, des offrandes et des fruits frais en saison, puissé-je marcher sur les bords de mon bassin chaque jour, indéfiniment, puisse mon âme se poser sur le feuillage des arbres que j’ai fait pousser, puissé-je me rafraîchir sous les sycomores, puissé-je en manger les fruits55.

inscription des savoirsécrituregraffitiLe graffito étant une autre forme de rencontre entre deux mondes, il n’y a peut-être guère à s’étonner de ce complexe aller et retour entre le visiteur, ce qu’il voit dans la tombe, le jardin de la tombe et le domaine réel d’un dignitaire du royaume.

acteurs de savoirstatutérudit acteurs de savoirprofessionscribeLe scribe égyptien a pour les imaginaires modernes un pouvoir évocateur fort. Il est cette figure accroupie qui invite le touriste, ou le visiteur de musée, à considérer une civilisation où l’écrit, mystérieux, voire ésotérique aux yeux du néophyte, est central. Pour le spécialiste de philologie égyptienne, le scribe est le médiateur souvent oublié de nos sources, une nécessité épistémologique. Il apparaît aussi, à l’occasion, comme le bouc émissaire de nos insuffisances philologiques, quand un texte reste résolument obscur, du fait de ces innombrables « fautes de scribes » que vitupéraient les érudits allemands ou anglais du début du xx e siècle, flagellant à quelques millénaires de distance le cancre (supposé) des bords du Nil. Pourtant, comme figure culturelle, le scribe est plus difficile à saisir et a moins retenu l’attention. En effet, en dépit de leur place centrale dans les rouages d’une grande civilisation de l’Antiquité, telle que l’Égypte, les pratiques de ces personnages sont souvent passées inaperçues, et par suite ont été tenues pour inexistantes. Figure ancillaire de la politique de Pharaon, de la littérature ou de l’administration, quand le scribe égyptien quitte sa peau d’écolier inapte, il n’apparaît que comme un maillon de l’État pharaonique ou le reflet du pouvoir qui est son maître, mais jamais comme le membre d’un milieu, avec des valeurs propres, qui ne sont ni tout à fait celles du pouvoir, ni tout à fait celles du reste de la population.

pratiques savantespratique rituellerite funéraireToutefois, l’existence spirituelle de ces personnages se laisse deviner, particulièrement au Nouvel Empire, à un moment où le scribe égyptien joue un rôle grandissant, à la mesure du royaume en extension. L’Empire s’étend désormais du sud soudanais au Proche-Orient méditerranéen, et ses administrateurs sont de plus en plus nombreux, de plus en plus éloignés du centre. Ils développent une riche culture intellectuelle, des pratiques et des valeurs dont les inscriptions qu’ils laissent sur les tombes visitées nous donnent un large aperçu. Les idéaux intellectuels, les textes lus et partagés s’inscrivent dans une temporalité particulière qui semble également être celle de la piété de scribe. Cette temporalité est celle de l’écriture qui permet à l’auteur de se projeter dans une éternité ici-bas, celle de la postérité de la lecture ou de l’écriture. Dans une civilisation qui consacre une proportion non négligeable de ses forces vives à l’accomplissement de la sépulture et du culte royaux, visée qui concerne les scribes, fonctionnaires royaux s’il en fut, au tout premier chef, ce décalage offre une postérité paradoxale dans laquelle les scribes savent se glisser pour travailler à leur propre éternité. Les jeunes scribes grandissent dans cette double temporalité, tout invités qu’ils sont à méditer sur la postérité des œuvres du passé en regard du caractère éphémère des monuments, à la construction desquels ils participent mais dont ils savent la disparition à venir.

Notes
1.

Il m’est agréable de remercier Richard Parkinson, Irène Plasman, Nicolas Labrune et Christian Jacob pour leurs relectures et suggestions.

2.

Pour un aperçu de ces pratiques, voir par exemple Desroches-Noblecourt, 1972 ; Franke, 2001 ; et Navratilova, à paraître.

3.

Wildung, 1975, col. 767, parle d’une « Traditionsbewusstsein ». Voir aussi Negm, 1998 ; Fischer-Elfert, 2003.

4.

Volokhine, 1998.

5.

Graffito no 31 de la tombe d’Antefiqer, cf. Davies et Gardiner, 1920, pl. XXXVII.

6.

Voir par exemple Obsomer, 1995, p. 167-170.

7.

Trente-six ont été publiées par Davies et Gardiner, 1920 ; les autres sont en cours de publication par l’auteur du présent article.

8.

Helck, 1969, p. 120, pl. III.

9.

Hayes, 1942, pl. XX, no 97, p. 25.

10.

Ibid., p. 3-4 ; sur la tombe de Senenmout (TT71), voir Dorman, 1988, p. 84-95.

11.

Mathieu, 2003.

12.

Gasse, 2000.

13.

Kahl, 2006 ; Kahl, El-Khadragy et Verhoeven, 2007 et 2008 ; Verhoeven, 2009.

14.

Grandet, 1998.

15.

Caminos, 1954.

16.

Deir el-Bahari, temple funéraire de Thoutmosis III, cf. Marciniak, 1974, p. 108-109.

17.

Dziobek et Abdel Raziq, 1990, p. 88-91

18.

Yoyotte, 1960.

19.

Navratilova, 2007, p. 100-101.

20.

Davies et Gardiner, 1920, p. 28, no 15, pl. XXXV.

21.

Ibid., p. 28, no 24, pl. XXXVI.

22.

Baines et Eyre, 1983.

23.

Osing, 1992, p. 43-52.

24.

Kuhlmann et Schenkel, 1983, p. 71-73, pl. XXIII.

25.

Ibid., p. 41, pl. XII.

26.

Davies et Gardiner, 1915 et 1920, p. 27.

27.

Quirke, 1986, p. 85.

28.

Ibid., p. 85, no 5 et p. 86., fig. 4.

29.

Gardiner, 1937 ; Caminos, 1954 ; Hagen, 2006.

30.

P. Chester Beatty IV, 2, 8-3, 2 : Gardiner, 1935, pl. CXVIII-CXIX.

31.

Antefiqer no 29, cf. Davies et Gardiner, 1920, p. 28, pl. XXXVI.

32.

P. Anastasi III, 4, 4-5 : Gardiner, 1937, p. 24.

33.

Flinders Petrie, 1982, p. 40-41, no 5, pl. XXXIII.

34.

Posener, 1950, p. 72.

35.

P. Chester Beatty IV, 6, 11-7, 2 : Gardiner, 1935, pl. XIV-XV.

36.

Schäfer, 1898, p. 147-148 ; Wildung, p. 19-21 ; Assmann, 1995, p. 178 ; Donker van Heel, 1992.

37.

Piehl, 1888, p. 106, l. 29-30. Voir aussi Gardiner, 1902-1903, p. 146.

38.

Pierret, 1874, p. 99.

39.

Bruyère et Kuentz, 1926, p. 56-62, pl. VI, IX.

40.

Spiegelberg, 1921, no 41, 43, 225, 250, 255, 344, 401, 407, 408, 418, 980, 999, 1000, 1004, 1006, 1011, 1012, 1016, 1018, 1021c et e, 1023, 1029, 1052.

41.

Cerny, 1973, p. 202, no 20

42.

Kitchen, 1980, p. 23, l. 1-4.

43.

P. Anastasi V, 9, 2-10 : Gardiner, 1937, p. 60.

44.

Kuhlmann et Schenkel, 1983, p. 112, fig. 158a.

45.

Londres, British Museum EA 9994, 13a, 8-15,5 (= papyrus Lansing).

46.

Je remercie ici Laurent Coulon pour ses éclairantes remarques.

47.

Pour une synthèse des renseignements connus sur ce personnage, voir Bryan, 1990, p. 81-88.

48.

Mathieu, 1988, p. 63-82 ; 1998, p. 655-658 ; et 1999.

49.

Satzinger, 1976, § 1.4.2.3.

50.

Ragazzoli, 2008.

51.

P. Anastasi III, 2, 2-3 : Gardiner, 1937, p. 21.

52.

« Éloge du domaine agricole d’un scribe », P. Anastasi III, 8, 7-9, 4 : Gardiner, 1937.

53.

Assmann, 1995.

54.

Sur cette conception théologique, voir Hornung, 1992, p. 124-130.

55.

Helck, 1958, p. 1523-1525.

Appendix A Bibliographie

Baines, 1983 : John Baines, « Literacy and Ancient Egyptian Society », Man, n.s. 18, p. 572-599.
Baines et Eyre, 1983 : J. Baines et Christopher J. Eyre, « Four Notes on Literacy », Göttinger Miszellen, 61, p. 65-96.
Brunner, 1957 : Hellmut Brunner, Altägyptische Erziehung, Wiesbaden.
Bryan, 1984 : Betsy M. Bryan, « Evidence for Female Literacy from Theban Tombs of the New Kingdom », Bulletin of the Egyptological Seminar, 6, p. 17-32.
Cruz-Uribe, 2001 : Eugène Cruz-Uribe, « Scripts », in Donald B. Redford (éd.), The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, vol. 3, Oxford, p. 192-198.
Desroches-Noblecourt, 1972 : Christiane Desroches-Noblecourt, « La quête des graffiti », in Textes et langages. Hommages à Jean-François Champollion, vol. 2, Le Caire, p. 151-183.
Fischer-Elfert, 2003 : Hans-Werner Fischer-Elfert, « Representations of the Past in New Kingdom Literature », in J. Tait (éd.), Never had the Like Occurred. Egypt’s View of its Past, Londres, p. 131-133.
Franke, 2001 : Detlef Franke, « Graffiti », in Donald B. Redford, The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, vol. 2, Oxford, p. 38-41.
Helck, 1952 : Wolfgang Helck, « Die Bedeutung der ägyptischen Besucherinschriften », ZDMG, p. 39-46.
Navratilova, à paraître : Hanna Navratilova, « Graffiti Spaces », in F. Coppens (éd.), Social and Religious Development of Egypt in the First Millenium BCE.
Peden, 2001 : Alexander J. Peden, Graffiti of Pharaonic Egypt, Leyde.
Piacentini, 2001 : Patrizia Piacentini, « Scribes », in Donald B. Redford (éd.), The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, vol. 3, Oxford, p. 187-192.
Piacentini, 2002 : P. Piacentini, Les Scribes dans la société égyptienne de l’Ancien Empire, Paris.
Ragazzoli, 2010 : Chloé Ragazzoli, « “Weak Hands and Soft Mouths”. Elements of a Scribal Identity in the New Kingdom », ZÄS, 137/2, p. 157-170.
Schlott, 1989 : Adelaïd Schlott, Schrift und Schreiber im alten Ägypten, Munich.
Wente, 1995 : Edward F. Wente, « The Scribes of Ancient Egypt», dans Jack M. Sasson (éd.), The Civilizations of the Ancient Near East, vol. 4, New York, p. 2211-2221.
Autres références
  1. Assmann, 1995 : J. Assmann, « Geheimnis, Gedächtnis und Gottesnähe : zum Struk-turwandel der Grabsemantik und der Diesseits-Jenseitsbeziehung im Neuen Reich », in J. Assmann (éd.), Thebanische Beamtennekropolen. Neue perspektiven archäologischer Forschung. Internationales Symposion, Heildelberg, 9-13.6.1993, SAGA, 12, p. 281-293.
  2. Assmann, 1995 : J. Assmann, Stein und Zeit. Mensch und Gesellschaft im alten Ägypten, Munich, 2e éd.
  3. Bruyère et Kuentz, 1926 : B. Bruyère et Ch. Kuentz, Tombes thébaines. La nécropole de Deir el-Médineh. La tombe de Nakht-min et la tombe d’Ari-néfer, MIFAO, 54.
  4. Bryan, 1990 : A. Bryan, « The Tombowner and his Family », in E. Dziobek, M. A. Raziq, p. 81-88.
  5. Caminos, 1954 : R. A. Caminos, Late-Egyptian Miscellanies, Oxford (traduction).
  6. Cerny, 1973 : J. Cerny, A Community of Workmen at Thebes in the Ramesside Period,BdE 50.
  7. Davies et Gardiner, 1915 : N. de G. Davies et A. H. Gardiner, The Tomb of Amenemhat (no 82), Londres.
  8. Davies et Gardiner, 1920 : N. de G. Davies et A. H. Gardiner, The Tomb of Antefoker, Londres.
  9. Donker van Heel, 1992 : K. Donker van Heel, « Use and Meaning of the Egyptian Term wah mw », in R. J. Demaree et A. Egberts (éd.), Village Voices, Leyde, p. 19-30.
  10. Dorman, 1988 : P. F. Dorman, The Monuments of Senenmut, Londres.
  11. Dziobek et Abdel Raziq, 1990 : E. Dziobek et M. Abdel Raziq, Das Grab des Sobekhotep. Theben Nr. 63, ÄA 71.
  12. Flinders Petrie, 1892 : W. Flinders Petrie, Medum, Londres.
  13. Gardiner, 1902-1903 : A. H. Gardiner, « Imhotep and the Scribe’s Libation », Zeitschrift der ägyptischen Sprache, 40.
  14. Gardiner, 1935 : A. H. Gardiner, Hieratic Papyri in the British Museum, 3e série, Chester Beatty Gift, Londres.
  15. Gardiner, 1937 : A. H. Gardiner, Late Egyptian Miscellanies (texte hiéroglyphique), Bruxelles.
  16. Gasse, 2000 : A. Gasse, « Le K2, un cas d’école ? », in R. J. Démarée et A. Egberts (éd.), Deir el-Medineh in the third Millenium AD, Leyde, p. 109-120.
  17. Grandet, 1998 : P. Grandet, Les Contes de l’Égypte ancienne, Paris.
  18. Hagen, 2006 : F. Hagen, « Literature, Transmission, and the Late Egyptian Miscellanies », in R. J. Dann (éd.), Current Research in Egyptology 2004, Oxford, p. 84-99.
  19. Hayes, 1942 : W. C. Hayes, Ostraka and Name Stones from the Tomb of Sen-Mut (n o  71) at Thebes, New York.
  20. Helck, 1958 : W. Helck, Urkunden des Ägyptischen Altertums IV, Berlin.
  21. Helck, 1969 : W. Helck, « Die Besuchinschriften », in H. Ricke, Das Sonnenheiligtum des Königs Userkaf, vol. 2, Wiesbaden.
  22. Hornung, 1992 : E. Hornung, « Zur Struktur des ägyptischen Jenseitsglauben », Zeit-schrift der ägyptischen Sprache, 119.
  23. Kahl, 2006 : J. Kahl, « Ein Zeugnis altägyptischer Schulausflüge », Göttinger Miszellen, 211, p. 25-30.
  24. Kahl, El-Khadragy et Verhoeven, 2007 : J. Kahl, M. El-Khadragy et U. Verhoeven, « The Asyut Project: Fourth Season of Fieldwork», SAK , 36, p. 106-135.
  25. Kahl, El-Khadragy et Verhoeven, 2008 : J. Kahl, M. El-Khadragy et U. Verhoeven, « The Asyut Project : Fifth Season of Fieldwork (2007) », Studien zur altägyptischen Kultur, 37, p. 199-218.
  26. Kitchen, 1980 : K. A. Kitchen, Ramesside Inscriptions, vol. III, Oxford.
  27. Kuhlmann et Schenkel, 1983 : K. Kuhlmann et W. Schenkel, Das Grab des Ibi, Obergutsverwalters der Gottesgemahlin des Amun (Thebanisches Grab Nr 36), vol. 1, AV, 15.
  28. Marciniak, 1974 : M. Marciniak, Les inscriptions du temple de Thoutmosis III, Varsovie.
  29. Mathieu, 1988 : B. Mathieu, « Études de métrique égyptienne I. Le distique heptamétrique dans les chants d’amour », Revue d’égyptologie, 39, p. 63-82.
  30. Mathieu, 1998 : B. Mathieu, « Introduction à la métrique égyptienne », in P. Grandet, B. Mathieu, Cours d’égyptien hiéroglyphique, Paris, p. 655-658.
  31. Mathieu, 1999 : B. Mathieu, Recherches sur la structure métrique égyptienne, mémoire d’habilitation à diriger des recherches, inédit, université de Montpellier-III.
  32. Mathieu, 2003 : B. Mathieu, « La littérature égyptienne sous les Ramsès d’après les ostraca littéraires de Deir el-Médineh », in G. Andreu (dir.), Deir el-Médineh et la Vallée des Rois, Paris, p. 117-137.
  33. Navratilova, 2007 : H. Navratilova, The Visitors’ Graffiti of Dynasties XVIII and XIX in Abusir and Saqqara, Prague.
  34. Negm, 1998 : M. Negm, « Tourist graffiti from the Ramesside Period », Discussion in Egyptology, 40, p. 115-123.
  35. Obsomer, 1995 : Cl. Obsomer, Sésostris I Étude chronologique et historique du règne, Bruxelles.
  36. Osing, 1992 : J. Osing, Das Grab des Nefersecheru in Zawyet Sultan, AV, 88.
  37. Piehl, 1888 : K. Piehl, Inscriptions hiéroglyphiques, vol. 1, Leipzig.
  38. Pierret, 1874 : P. Pierret, Recueil d’inscriptions inédites du musée égyptien du Louvre, I, Paris.
  39. Posener, 1950 : G. Posener, « Section finale d’une sagesse inconnue », Revue d’égyptologie, 7.
  40. Quirke, 1986 : S. Quirke, « The Hieratic Texts in the Tomb of Nakht the Gardener at Thebes (no 161 as copied by Robert Hay) », Journal of Egyptian Archeology, 72.
  41. Ragazzoli, 2008 : Chloé Ragazzoli, Éloges de la ville au Nouvel Empire, Histoire et littérature, Paris.
  42. Satzinger, 1976 : H. Satzinger, Neuägyptische Studien, Vienne.
  43. Schäfer, 1898 : H. Schäfer, « Eine altägyptische Schreibersitte », Zeitschrift der ägyptischen Sprache, 36, p. 147-148.
  44. Spiegelberg, 1921 : W. Spiegelberg, Aegyptische Graffiti aus der Thebanischen Nekropolis, Heidelberg, nos 41, 43, 225, 250, 255, 344, 401, 407, 408, 418, 980, 999, 1000, 1004, 1006, 1011, 1012, 1016, 1018, 1021c et e, 1023, 1029, 1052.
  45. Verhoeven, 2009 : U. Verhoeven, « Von der “Loyalistichen Lehre” zur Lehre des Kaïrsu », Zeitschrift der ägyptischen Sprache, 136, p. 87-98.
  46. Volokhine, 1998 : Y. Volokhine, « Les déplacements pieux en Égypte pharaonique : sites et pratiques cultuelles », in D. Frankfurter (dir.), Pilgrimage and Holy Space in Late Antiquity, p. 77-82.
  47. Wildung, 1975 : D. Wildung, Lexikon der Ägyptologie, I.
  48. Wildung, 1977 : D. Wildung, Imhotep und Amenhotep. Gottwerdung im alten Ägypten, MÄS, 36.
  49. Yoyotte, 1960 : J. Yoyotte, « Les pèlerinages dans l’Égypte ancienne », SourcOr, 3, p. 17-74.