Christian Herrmann

« Et qu’alors cette bonne nouvelle se répandît rapidement, c’est mon « concitoyen de jadis », Johannes Gutenberg, qui s’en chargea, lui qui mit au point l’imprimerie ». Cette déclaration de Jürgen Klopp, nous pouvons la lire sur la couverture d’une édition révisée de la Bible de Luther, parue en 2017 1. Klopp a joué dans une équipe de football de Mayence, en fut aussi l’entraîneur, et compte parmi les meilleurs entraîneurs de football d’Allemagne. Par les termes qu’il emploie, on peut se rendre compte de l’importance qu’eut l’invention de l’imprimerie sans laquelle bien des évolutions ultérieures, tant culturelles que sociales, n’auraient pas été imaginables.

Un art qui dépasse les limites du manuscrit

espaces savantslieubibliothèque espaces savantslieulibrairie espaces savantsterritoirevilleDans sa lettre de 1524 aux magistrats des villes allemandes, Martin Luther demandait « qu’on n’épargnât ni peine ni dépense pour mettre en place, en particulier dans les grandes villes qui en étaient capables, de bonnes bibliothèques ou librairies [« maisons de livres »]. Car si l’on veut que perdurent l’Évangile et toute sorte de savoir, il faut que ce soit retenu et fixé dans les livres par écrit »2. Luther est considéré comme l’initiateur des bibliothèques municipales car, plus qu’aucun autre, il insista sur la nécessité de transmettre la foi par la parole et voulut rendre accessible la Bible au plus grand nombre, ainsi que tous les livres pouvant contribuer à son étude. Sans l’imprimerie et l’immense production de livres qu’elle a permis, jamais de tels fonds de bibliothèque n’auraient vu le jour, et les nombreux écrits qui témoignent de sa passion ne nous seraient jamais parvenus.

Pour Luther et ses contemporains, l’imprimerie répondait exactement à leurs besoins, car elle leur permit de diffuser facilement certains textes. L’accent était mis sur le contenu du livre, sur l’argumentation et, pour la Bible, sur l’effet du texte en tant que loi et Évangile. Ce que voulait la Réforme, c’était aussi définir des critères permettant de distinguer les livres au contenu vrai et digne d’être transmis, des livres au contenu douteux. Aux premières heures de l’imprimerie, la situation était différente. Le livre sorti des presses était, par son essence même, l’expression de la vénération de Dieu. Le contenu du livre autant que son apparence extérieure devaient être au service de Dieu.inscription des savoirslivreimprimé acteurs de savoirprofessionartisan construction des savoirstraditioninvention Ainsi l’imprimeur Peter Schöffer, dans le colophon du Psautier de Mayence (1457), déclara que son ouvrage avait été accompli pour glorifier Dieu (« ad eusebiam Dei »3. L’orgueil de l’artisan, mais aussi sa gratitude et son étonnement, allaient à cette merveilleuse invention (« adinventio artificiosa »), qui permettait de former des lettres et de les imprimer (« imprimendi ac caracterizandi ») sans calame et sans plume.

construction des savoirsvalidationfalsification construction des savoirstraditioninventionL’imprimerie était une réponse à des problèmes posés lors de la production des manuscrits et qui s’étaient multipliés au 15e siècle par une demande accrue de livres. Le futur pape Pie II lui-même (1405-1464), qui était à cette époque évêque de Sienne et conseiller impérial sous le nom d’Enea Silvio Piccolomini, fut l’un des premiers à s’exprimer sur la nouvelle invention. Le 12 mars 1455, depuis Wiener Neustadt, il écrivit au cardinal espagnol Juan de Carvajal (1399-1469) pour lui relater le déroulement de la diète d’Empire à laquelle il assistait. Il parlait aussi d’événements vus avant le début de cette diète, et raconte qu’en octobre 1454, à Francfort, il avait entendu parler d’un homme remarquable (« vir ille mirabilis ») : il s’agissait de Johannes Gutenberg. Des productions de cet homme, il n’avait pas vu de Bibles complètes, mais des cahiers contenant divers livres bibliques. Ces écrits étaient d’une netteté, d’une correction exceptionnelle, sans rajouts ni falsifications ; le cardinal aurait pu les lire sans effort ni lunettes4.

pratiques savantespratique lettréecopie manuscrite pratiques savantespratique lettréecorrection construction des savoirslangage et savoirsstylelisibilité typologie des savoirsdisciplinesdivisions historiques des savoirshumanismeCe qui importait à l’humaniste Piccolomini, c’était la présentation agréable et fiable du texte latin. Par « correction », il entendait l’apparence des caractères, autant que la transmission du texte. À Francfort circulaient donc des échantillons de cahiers (sous la forme d’exemplaires) réalisés pour attirer les acheteurs. Ils témoignaient de l’existence de la nouvelle technique, qui permettait la reproduction d’exemplaires parfaitement identiques – tandis que lors de la reproduction par copie manuelle des manuscrits, malgré tout le soin qu’on y apportait, il y avait toujours de légères différences dans la forme des lettres ou la découpe des fins de lignes et de pages.

typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialessciences des religions espaces savantslieuuniversitéDepuis le 14e siècle, le cercle des personnes capables de lire et d’écrire s’était beaucoup élargi. Les manuscrits n’étaient plus seulement produits dans les couvents, mais aussi dans les universités récemment créées, dans les administrations des villes et des États et à l’usage du commerce extérieur, pour une bourgeoisie citadine en pleine éclosion. Au 15e siècle s’ajoutent des mouvements de réformes théologiques tels que le conciliarisme et la « devotio moderna », dont il fallait fixer par écrit les principes. La demande en livres alla sans cesse en augmentant, pour l’enseignement, la discussion théologique, l’édification populaire, la réglementation des coutumes, en particulier pour la gestion et l’administration des villes5. Un grand nombre de manuscrits purement utilitaires, tous écrits d’une manière semblable et sans recherche dans la composition, apparurent à côté des splendides manuscrits que continuaient à produire les couvents. Ces derniers perpétuaient l’idéal esthétique du livre, sans que cela n’influât sur la production écrite du quotidien. L’imprimerie permit dès lors de satisfaire à la fois l’idéal esthétique et la fonctionnalité quotidienne. Les limites imposées par les exigences du travail manuscrit furent supprimées par cette invention. Les premiers collaborateurs de Gutenberg à Mayence, Johann Fust et Peter Schöffer, se référaient encore, dans les colophons de leurs ouvrages imprimés, à l’ancien idéal du manuscrit. Dans une édition de Cicéron de 1466, ils parlaient de l’imprimerie comme d’un « art supérieurement beau (« ars perpulcra »), dont l’instrument n’était pas l’encre, la plume, le roseau, le stylet (« non atramento, plumali canna neque aerea »), outils habituels de la production des manuscrits, mais une toute nouvelle manière de faire » 6 .

inscription des savoirslivrepréface acteurs de savoirprofessionimprimeurL’imprimeur strasbourgeois Mentelin, dans la préface de son édition d’Augustin De arte praedicandi de 1466, insiste sur la possibilité apportée par l’imprimerie de multiplier une édition et de produire un grand nombre d’exemplaires en peu de temps7. La demande en livres pouvait ainsi être rapidement satisfaite.

Figure 1 - Bible de Gutenberg, première page du texte de
            l'exemplaire conservé à Stuttgart (coll. Württembergische
            Landesbibliothek Stuttgart)
Figure 1. Figure 1 - Bible de Gutenberg, première page du texte de l'exemplaire conservé à Stuttgart (coll. Württembergische Landesbibliothek Stuttgart)

La B 42 : une innovation technique

construction des savoirséconomie des savoirsinnovationLe colophon du Catholicon (1460 ; voir ill. ci-dessous), qu’a peut-être encore imprimé Gutenberg, résume ainsi l’innovation technique : « par la merveilleuse harmonie (« concordia »), en forme et en taille (« proportio, modulus ») des matrices (« patronae ») et des caractères (« formae »), le livre est proche de la perfection »8. Il évoque par là aussi bien l’innovation technique que l’effet esthétique de la typographie: toujours semblable à elle-même et reproductible à souhait.

Figure 2 - Colophon du Catholicon (coll. Württembergische
            Landesbibliothek Stuttgart)
Figure 2. Figure 2 - Colophon du Catholicon (coll. Württembergische Landesbibliothek Stuttgart)

acteurs de savoirprofessionimprimeur acteurs de savoirprofessionartisan acteurs de savoirstatutérudit Gutenberg n’était pas un érudit. Il appartenait, en sa qualité d’artisan reconnu, au patriciat de Mayence. Près d’un demi-siècle plus tard, Alde Manuce (1450-1515) conçut un nouveau genre de textes imprimés qui visaient, conformément au nouveau programme de publication humaniste, à rendre plus accessibles et plus faciles à lire les textes des Anciens. Gutenberg, quant à lui, n’avait aucun projet particulier pour les contenus des ouvrages. Son œuvre consistait à créer des infrastructures techniques et à les organiser en vue de produire des livres en un nombre jusqu’alors inconcevable. Quant au choix et à la présentation des livres à imprimer, l’orfèvre qu’il était restait dans les limites de la tradition.

matérialité des savoirsmatériaubois matérialité des savoirsmatériaupapier Gutenberg put s’appuyer sur des techniques préexistantes, telles que l’utilisation prépondérante du papier comme support du livre. Par ailleurs, on commençait au 15e siècle à répartir le travail lors de la confection des manuscrits, comme c’est le cas dans l’atelier de l’Alsacien Diebold Lauber. Le procédé xylographique imprimait déjà le texte et l’image à l’aide des bois gravés. L’invention de Gutenberg présentait plusieurs aspects complémentaires.

Il a commencé par pratiquer ce qu’on pourrait appeler une technique de « division en éléments ». Alors que pour l’impression xylographique, l’unité de base la plus petite était la page, avec l’invention de l’imprimerie c’était désormais la lettre isolée. De ce fait s’ouvrait une infinité de combinaisons possibles. Tout le soin de l’artisan se concentrait sur le caractère, l’instrument qui allait directement exercer l’impression de la lettre.

inscription des savoirslivrepolice de caractères matérialité des savoirsinstrumentinstrument d’inscriptionencre matérialité des savoirssupportsupport d’inscriptionfeuille inscription des savoirsécriturelettreEnsuite, Gutenberg inventa le moule manuel, un instrument pour fondre les caractères, qui allait permettre la fabrication variée et nombreuse de ces derniers. On frappait d’abord un poinçon (parfois appelé « patrice ») dans une petite plaque de cuivre, réalisant ainsi une matrice. Cette dernière déterminait la forme et le pourtour du caractère d’imprimerie en creux. On plaçait cette matrice dans le moule manuel que l’on remplissait d’un alliage de plomb ; on obtenait ainsi un caractère où apparaissait la lettre inversée, en relief, qui pouvait ensuite imprimer le signe sur le papier. Ces caractères étaient enfin assemblés et placés en ligne sur un composteur.

En troisième lieu, Gutenberg réussit à fabriquer une encre d’imprimerie noire, grâce à de la suie et du vernis. Celle-ci ne devait être ni trop liquide ni trop compacte et devait, en outre, sécher rapidement. Elle ne devait pas traverser le papier et de ce fait les feuilles pouvaient être imprimées recto et verso. Grâce à de petites piques qu’on plantait le long des côtés de la feuille de papier, le miroir de la page (la zone couverte par le texte) coïncidait au recto et au verso.

L’impression recto-verso ne devint possible que grâce à l’utilisation de la presse d’imprimerie, qui remplaça l’impression effectuée manuellement avec des frottons appliqués du côté arrière, comme chez les artisans xylographes. La feuille de papier était appliquée, à l’aide de la presse, sur le plateau portant les caractères, d’où résultait l’impression du texte.

inscription des savoirslivreprix construction des savoirséconomie des savoirsfinancement inscription des savoirslivreligneEnfin, Gutenberg pratiqua la répartition des tâches. Ainsi la Bible à quarante-deux lignes, à laquelle on a plus tard donné le nom de « B 42 », commença par n’en compter que quarante. On trouve en deux endroits des pages imprimées sur seulement quarante lignes : au vol. 1, f. 1 à 5 recto et f. 129 à 132 recto. Cela signifie que deux typographes au moins ont travaillé en même temps et ont préparé la mise sous presse de parties différentes de la Bible9. D’ailleurs, Gutenberg travaillait en association avec Johann Fust, qui contribua à la réalisation du projet en tant que financeur. Fust s’intéressait plus que Gutenberg à ce que pouvait rapporter l’entreprise. Ses calculs concernant le rapport investissement en travail et en argent / bénéfice éventuel de la vente, ont certainement pesé dans la décision d’imprimer précisément une Bible10.

Entre 1452 et 1454 (au moins) furent imprimés dans l’atelier de Gutenberg à Mayence les cahiers de la B 42. Ni le nom de l’imprimeur, ni le lieu, ni la date de parution n’étaient indiqués. La date probable fut donnée par une petite note figurant dans la chronique de la ville de Cologne de 1499, écrite en bas-allemand. En 1450, une Bible latine aurait été imprimée « en cette grosse écriture… dont on imprime les missels »11. Cette note contient plusieurs indications importantes. Gutenberg imprima une Bible en latin. Il s’agissait de la traduction qu’en fit, à partir de 382, sur ordre du pape Damase Ier, Sophronius Hieronymus (saint Jérôme, 347-420), dont le nom « Vulgate » (édition faite pour être utilisée par le peuple) laisse imaginer qu’elle était assez répandue et bien connue. Or l’original de cette Vulgate fut sans cesse copié, ce qui entraîna bien des écarts par rapport au texte initial. Une comparaison des lectures faites de la Bible de Gutenberg avec celles des plus anciens manuscrits parvenus jusqu’à nous de la Vulgate a montré que la B 42 est la plus fidèle au texte pratiqué traditionnellement à la Sorbonne12. L’imprimerie et la possibilité, grâce à elle, de la diffusion d’exemplaires aux textes identiques marqua la fin de la prolifération de variantes, voire de falsifications du texte originel. La B 42 apporta une mise aux normes du texte de la Vulgate, fidèle à la tradition parisienne. Pratiquement toutes les éditions ultérieures, jusqu’aux révisions des Églises dans les années 1590 à 1592, se référèrent au texte latin de la Bible de Gutenberg 13.

Ce dernier a eu de bonnes raisons d’imprimer une Bible: il se basait sur le canon établi pour les livres nécessaires au travail théologique et scientifique. La Bible, censée être la parole de Dieu transmise à nous par révélation, exerçait une fonction normative et donc essentielle. Gutenberg et Fust savaient qu’une Bible faite sur le modèle latin se vendrait bien.

Au départ, la Bible, moins que par la suite avec Luther, n’était pas perçue dans son texte même comme le fondement absolu de la foi individuelle. C’était l’usage liturgique de la Bible qui lui donnait de l’importance. Elle était un livre liturgique parmi d’autres, utilisée durant les cultes rendus à la gloire de Dieu. Cela eut une influence sur l’apparence qu’elle devait avoir.

La désignation, dans la chronique de Cologne, de l’écriture utilisée par Gutenberg par le mot « grob » (« grosse, grossière » dans le sens de « grande, forte ou puissante ») correspond au rôle liturgique de la Bible. Les caractères « textura » de Gutenberg ressemblent aux caractères gothiques utilisés en général pour la copie des missels. Leur verticalité est accentuée, alors que les arrondis sont brisés. Cela correspond à l’architecture des églises gothiques avec leurs perspectives tendues vers l’au-delà. Les éléments horizontaux sont étirés (c, f, g et t) pour qu’ils rejoignent les caractères qui les suivent. Les ligatures et abréviations s’inspirent des méthodes utilisées par les copistes pour gagner de l’espace, mais chez Gutenberg elles servaient à rendre plus réguliers les espaces entre les mots ou aux fins de lignes. En même temps, il en résultait un effet de grillage14 par l’entrecroisement des verticales et des horizontales ou par celui de transitions brisées. Gutenberg utilisa en tout 280 caractères différents.

Figure 3 - Reliure de la B 42 de Stuttgart (coll.
            Württembergische Landesbibliothek Stuttgart)
Figure 3. Figure 3 - Reliure de la B 42 de Stuttgart (coll. Württembergische Landesbibliothek Stuttgart)

inscription des savoirslivrepolice de caractères inscription des savoirslivremarge construction des savoirslangage et savoirsstylelisibilitéLa lisibilité de l’écriture importait moins à Gutenberg que la mise en page, le caractère quasi liturgique du texte. Le « s » rond et le signe de séparation pouvaient dépasser vers les marges, parce qu’ils étaient moins hauts que les autres caractères et auraient autrement créé des blancs peu agréables à la vue. Les proportions de la disposition des pages, par contre, devaient correspondre à l’idéal du nombre d’or, dans le rapport des marges à la page.inscription des savoirsvisualisationimagecouleur Quelques pages portent des titres imprimés en rouge (vol. 1, f. 1 recto, 4 recto, 5 recto, 129 recto et verso). Mais comme cela nécessitait un processus d’impression particulier, on cessa rapidement de le faire et on laissa des espaces blancs qui, ensuite, devaient être remplis par des artisans spécialisés dans le décor des livres. Ce fut le cas surtout pour des lettrines de début des livres de la Bible (5 à 6 lignes de hauteur) et de début des chapitres (2 lignes de hauteur).

La B 42 fut imprimée en deux volumes de 324 et 317 feuillets. Alors que la production tournait déjà depuis un certain temps, Gutenberg décida d’augmenter le tirage et fit recomposer les pages déjà imprimées en respectant les 42 lignes et en évitant l’impression en rouge. En tout, on pense qu’il y eut 150 à 200 exemplaires dont une petite partie (environ 30 exemplaires) fut imprimée sur parchemin. Il reste actuellement 49 exemplaires de par le monde, fragmentaires pour certains15.

L’exemplaire de Stuttgart de la B 42 fut acheté en 1978 chez Christie’s à New York pour deux millions de dollars16. Le prix d’achat, l’origine et la reliure très particulière permettent de voir que cet exemplaire compte parmi les tout premiers sortis des presses ; c’est pourquoi il est considéré comme un trésor du patrimoine culturel.

Figure 4 - Chronique de la ville de Cologne : notes sur la
            Bible de Gutenberg (coll. Württembergische Landesbibliothek
            Stuttgart)
Figure 4. Figure 4 - Chronique de la ville de Cologne : notes sur la Bible de Gutenberg (coll. Württembergische Landesbibliothek Stuttgart)

L’exemplaire de la Württembergische Landesbibliothek de Stuttgart fait partie du groupe principal de l’édition. En effet, il comprend quelques feuillets de 40 ou 41 lignes (vol. 1, f. 5 verso), ainsi que quelques titres imprimés en rouge. C’est un exemplaire unique, car une faute s’y est glissée lors de l’impression. Un paragraphe de la Lettre aux Colossiens (vol. 2, f. 272 verso) a été oublié et en son lieu et place fut imprimé par erreur un paragraphe de la Lettre à Titus ou à Philémon qu’on retrouve par la suite (vol. 2, f. 279 verso). Une feuille (vol. 2, f. 111) s’était perdue par ailleurs et fut remplacée par un feuillet manuscrit. Le premier propriétaire n’y investit guère en enluminures : on y trouve des motifs ressemblant à ceux de jeux de cartes de Mayence. On peignit plus de soixante lettrines dans les espaces laissés libres, certaines ornées de fleurs et de feuillages d’acanthe, surtout au début de la Genèse17. Le lien avec le Bade-Wurtemberg se voit dans la mention faite de l’église Sainte-Croix d’Offenbourg. Celle-ci est mentionnée dans une note d’appartenance, sur la première page du texte, ainsi que dans des inscriptions dans des lettrines faites par des choristes de l’église dans les années 1594-1613 (voir ill. ci-dessous).

Figure 5 - Inscription faite par un choriste dans une
            initiale de la B 42 de Stuttgart (coll. Württembergische
            Landesbibliothek Stuttgart)
Figure 5. Figure 5 - Inscription faite par un choriste dans une initiale de la B 42 de Stuttgart (coll. Württembergische Landesbibliothek Stuttgart)

inscription des savoirslivreex-librisLes propriétaires suivants, identifiables par leurs ex-libris et par leurs monogrammes, furent le baron anglais Sir John Thorold (1734-1815) et son fils John Hayford Thorold (1773-1831) de Syston Park, dans le Lincolnshire. Ces derniers firent exécuter la reliure en maroquin bleu sombre, au décor à chaud finement détaillé, avec doublures en maroquin et en soie.inscription des savoirslivrereliure Avec un goût historicisant, on s’inspira, pour la composition du décor de la reliure, d’éléments de style Renaissance : filets d’encadrements multiples avec, dans le champ central, des losanges et des motifs en pointillé évoquant l’art baroque. Cet exemplaire fut vendu en 1898 au théologien américain Eugene Augustus Hoffman (1829-1902), qui en fit don l’année suivante au General Theological Seminary de New York. Ce dernier proposa le précieux livre aux enchères en 1978.

Par l’acquisition d’un exemplaire de celle de Gutenberg, la WLB a pu compléter sa collection de Bibles. L’histoire de l’impression de la Bible devient ainsi accessible et tangible depuis ses débuts jusqu’à notre époque, dans sa continuité et pratiquement sans aucune lacune. La B 42 à elle seule, mais davantage encore dans le contexte de la collection de Bibles, confère aux collections historiques de la WLB leur haute valeur patrimoniale et culturelle.

Notes
1.

Die Bibel. Nach Martin Luthers Übersetzung: Lutherbibel revidiert 2017. [Edition] « Jürgen Klopp », Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2016 (cote WLB Stuttgart : B deutsch 2016 30)

2.

Luther, Martin, An die Burgermeyster und Radherrn allerley stedte ynn Deutschen landen (Aux bourgmestres et magistrats des villes allemandes), (1524), WA 15,49,12-15

3.

Psautier. Mayence : Joh. Fust et Peter Schöffer, 14.8.1457 (GW M36179), f. 143 verso. De même : Thomas (de Aquino), Summa theologiae, pars 2,2. Mayence : Peter Schöffer, 6.3.1467 (GW M46483), f. 252 verso.

4.

« De viro illo mirabili apud Frankfordiam viso nihil falsi ad me scriptum est. Non vidi biblias integras, sed quinterniones aliquot diversorum librorum, mundissime ac correctissime litterae, nulla in parte mendaces, quos tua dignatio sine labore et adsque berillo legeret ». Voir Meuthen, Erich, « Ein neues frühes Quellenzeugnis (zu Oktober 1454?) für den ältesten Bibeldruck. Enea Silvio Piccolomini am 12. März 1455 aus Wiener Neustadt an Kardinal Juan de Carvajal », in Gutenberg-Jahrbuch, 57 (1982), p. 108-118, ici p. 110

5.

Cf. Lülfing, Hans, Johannes Gutenberg und das Buchwesen des 14. und 15. Jahrhunderts, München-Pullach, 1969, p. 17-24

6.

Cicéron, Marcus Tullius, De officiis et paradoxa. Mayence : Joh. Fust et Peter Schöffer, 4.2.1466 (GW 6922), f. 87 verso et 88 recto. Voir aussi Nemirowski, Evgenij L., Gutenberg und der älteste Buchdruck in Selbstzeugnissen. Chrestomathie und Bibliographie 1454-1550, Baden-Baden, 2003, p. 27 (n° 32).

7.

Augustinus, Aurelius, De arte praedicandi. Strasbourg : Joh. Mentelin, env. 1466 (GW 2871) : « brevi in tempore, eundem libellum ad magnam numerositatem multiplicaret ».

8.

Johannes (Ianuensis), Catholicon. Mayence, env. 1460 (GW 3182) f. 372 recto (cote WLB Stuttgart : Inc.fol. 2254). Voir aussi Franciscus (de Retza), Comestiorum vitiorum. Nuremberg : Johann Sensenschmidt et Heinrich Kefer, 1470 (GW 10270) f. 281 verso : « patronarum formarum concordia et proporcione ».

9.

Cf. Corsten, Severin, « Die Drucklegung der zweiundvierzigzeiligen Bibel. Technische und chronologische Probleme », in Schmidt, Wieland (éd.), Johannes Gutenbergs zweiunsvierzigzeilige Bibel. Faks.-Ausg. nach dem Exemplar der Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz Berlin. Kommentarband, Munich, 1979, p. 33-67, ici p. 36

10.

Voir Lülfing, op. cit., p. 86 et suiv.

11.

Die Cronica van der hilliger stat van Coellen. Cologne : Johann Koelhoff d. j., 23.8.1499 (GW 6688) (cote WLB Stuttgart : Inc.fol. 4989a), f. CCCXII recto.

12.

Cf. Weber, Robert, « Der Text der Gutenbergbibel und seine Stellung in der Gechichte der Vulgata », in Schmidt, op. cit., p. 11-31, ici p. 25.

13.

Cf. Weber, op. cit., p. 27-30

14.

Voir Corsten, op. cit., p. 42 et suiv.

15.

Pour une vue d’ensemble des exemplaires restants, voir le catalogue général des incunables : Gesamtkatalog der Wiegendrucke (GW 4201) : http://www.gesamtkatalogderwiegendrucke.de/docs/GW04201.htm.

16.

Hubay, Ilona, « Die bekannten Exemplare der zweiundvierzigzeiligen Bibel und ihre Besitzer ». in Schmidt, op. cit., p. 127-183, ici p. 137. Cote à la WLB Stuttgart : Bb lat.1454 01.

17.

Au sujet de l’exemplaire de Stuttgart : « The Gutenberg Bible, property of the General Theological Seminary, New York City, which will be sold on Friday, April 7, 1978 », New York, Christie, Manson & Woods, 1978.