Jérôme Lamy

acteurs de savoirprofessionartisan typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialeshistoirehistoire des sciences acteurs de savoirstatutsavant construction des savoirstraditionreligionchristianismeprotestantisme Bernard Palissy, artisan potier protestant travaillant en Saintonge au xvi e siècle, a développé une œuvre polymorphe, inscrite dans la rupture épistémique de la fin de la Renaissance 2. Outre ses techniques concernant la fabrication des émaux, il laisse des ouvrages traitant aussi bien de l’art de reconstituer des grottes que de la chimie. Son profil savant est original à plus d’un titre : ignorant le latin (qui constitue alors la langue de la communauté savante), soucieux de travailler à distance des alchimistes, réformé fervent qui périra en 1590 en raison de son appartenance religieuse, il défie les catégories traditionnelles de l’histoire des sciences. C’est d’ailleurs en raison de cette singularité que son travail savant a été diversement apprécié. Les historiens des religions (et plus particulièrement du protestantisme) sont réticents à voir en lui un des premiers animateurs de la révolution scientifique. Frank Lestringant assure ainsi que ces œuvres ne sont « tout au plus que symptômes d’une plus haute science […] ». L’historien ajoute que « le savant de la Renaissance n’est que, de manière lointaine ou métaphorique, l’ancêtre ou le frère aîné du savant d’aujourd’hui ». La « science composite des commencements de l’âge moderne » (mêlant notamment « le néoplatonisme et Luther, l’Évangile et l’alchimie universelle, l’humanisme et la kabbale juive […] ») offrirait certes un « brassage intellectuel sans précédent », mais Palissy ne pourrait être qu’une « forte individualité » dans un « troupeau égarées »3.

typologie des savoirsdisciplinessciences formelles et expérimentalessciences de la Terre et de l’UniversgéologieLes historiens des sciences ont surtout tenté de restituer les recherches et les travaux du céramiste saintongeais dans le temps long des études sur la géologie, en pointant les limites de ses conceptions : c’est ainsi que sa reprise des idées de Jérôme Cardan 4 et Léonard de Vinci est fréquemment soulignée en même temps5 que sa difficulté à penser l’origine organique des fossiles6. Enfin, les historiens des savoirs populaires insistent sur l’« artisanal epistemology »7 de Palissy. Clifford D. Conner décrit sa « carrière » comme l’illustration d’une « vitalité scientifique de l’artisanat qui allait faire si forte impression sur Francis Bacon une génération plus tard8 ».

construction des savoirstraditionreligionchristianismeprotestantisme typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialessociologiesociologie des sciencesJe propose, dans cet article, de ressaisir les propositions savantes de Palissy à l’aune de sa pratique religieuse protestante. La thèse de Robert K. Merton est bien connue : en puisant dans les discours des membres de la Royal Society au xvii e siècle, le sociologue est parvenu à montrer comment le travail de justification et de légitimation de la pratique scientifique était corrélé aux principes éthiques du puritanisme. Il a notamment mis en évidence le fait que :

[T]he exaltation of the faculty of reason in the Puritan ethos – based partly on the conception of rationality as a curbing device of the passions – inevitably led to a sympathetic attitude toward those activities which demand the constant application of rigorous reasoning9.

Merton ajoute que :

in contrast to medieval rationalism, reason is deemed subservient and auxiliary to empiricism […]. It is on this point probably that Puritanism and the scientific temper are in most salient agreement, for the combination of rationalism and empiricism which is so pronounced in the Puritan ethic forms the essens of the spirit of moderne science10.

Ces propositions ont été développées et étoffées. Charles Webster, en particulier a mis en évidence, pour le xvii e siècle, l’importance de l’« eschatologie millénariste » et du « renouveau de l’apprentissage11 » dans le déploiement des pratiques savantes.

construction des savoirstraditionreligionchristianismeprotestantisme construction des savoirsvalidationexpérimentation acteurs de savoirqualités personnellesCependant, le xvi e siècle et les débuts du protestantisme ont moins suscité l’attention des historiens des sciences. Or, il apparaît, dans les textes de Palissy, que l’attitude protestante à l’égard des autorités et de la réduction des intermédiations dans la compréhension du message biblique constitue un point d’appui essentiel pour défendre le geste expérimental. Comment le protestantisme en construisant une nouvelle perspective sur le monde et sur la façon de déchiffrer la nature a-t-il participé à l’élaboration d’une pratique scientifique nouvelle, fondée sur l’expérience et la transparence des opérations de connaissance ? Quels liens Palissy noue-t-il entre sa foi et ses différentes expériences pour rendre raison des phénomènes naturels ? Pour appréhender ce moment singulier de l’histoire des sciences où une nouvelle façon de croire vient nourrir une nouvelle façon de connaître (avant que la science ne se sépare complètement du religieux), je propose d’examiner deux grands ensembles de questions qui animent les recherches de Palissy. Il s’agira tout d’abord de comprendre comment le céramiste saintongeais a imaginé son jardin de nature : l’ancrage religieux de l’ordonnancement végétal offre une perspective singulière sur la botanique de Palissy. Ensuite, ce sont les rapports entre l’alchimie et la chimie qui permettront de circonscrire la problématique du secret – celui de la nature, comme celui du découvreur. C’est bien dans un mouvement général de transformation des catégories de perception de l’univers matériel, social et politique qu’il convient de replacer Palissy afin de saisir la singularité d’un geste expérimental encore inchoatif à l’aube de la révolution scientifique.

Un Éden hétérotopique ?

typologie des savoirsobjets d’étudenature construction des savoirsvalidationexpérimentation pratiques savantespratique intellectuelleimagination construction des savoirstraditionreligion espaces savantslieujardin botaniqueLe jardin botanique constitue l’espace privilégié des expérimentations savantes du xvi e siècle 12. Né dans l’Italie des cités princières, cette recomposition clôturée de la nature apparaît comme un lieu où se nouent le désir d’agrément, les essais botaniques, la quête de performance agricole et la symbolique religieuse. Paula Findlen a bien montré que le jardin botanique renvoyait à la « restauration de l’Éden » comme « la reconstruction de l’Arche et la résolution de Babel »13 correspondaient à l’entreprise des musées des débuts de l’époque moderne. La dimension sotériologique14 de ces lieux de reconstruction de la nature et des éléments qui la constituent est centrale. Elle croise les attentes économiques. Ainsi, Pierre Belon, dans ses Remonstrances sur le default des labours paru en 1558 proposait ainsi un véritable programme agronomique pour le Royaume de France 15. Au fondement de son projet, le jardin italien constitue l’espace princeps d’une performance économique appuyée sur le choix raisonné des plantes et des arbres16. Dans l’Angleterre du début de l’époque moderne, le jardin est calqué sur le modèle de l’Éden afin de permettre une domestication de la nature17. Peter Harrison soutient que dans les représentations spécifiquement protestantes de la nature, le jardin renvoie aussi bien à l’ordonnancement du monde qu’à sa potentielle exploitation18.

construction des savoirspolitique des savoirssavoir de cour espaces savantslieujardinLa proposition de Bernard Palissy dans sa Recepte véritable s’inscrit donc dans une tradition déjà très ancrée du jardin-métaphore. Le céramiste saintongeais apporte, cependant, une série de précisions qui permettent de situer plus précisément le rapport qu’il établit entre sa foi réformée et son entreprise botanique. Palissy précise à son lecteur qu’il sait que les « ignorans » lui reprocheront de se hisser à la hauteur d’une « puissance » royale en présentant son jardin idéal. Surtout, il compare son jardin à un livre de médecine dont on peut tirer des enseignements différents selon ce que l’on cherche :

« Et puis il faut entendre que tout ainsi qu’un liure de médecine, il y a diuers remedes selon les maladies diuerses, et un chacun prend selon ce qui luy faut besoin, selon la diversité du mal : aussi en cas pareil, au dessein de mon iardin, aucuns pourront tirer selon leurs portées et commoditez des lieux où ils habiteront19. »

C’est donc une logique pratique de recherche individuelle et spécifique qui domine le jardin de Palissy ; il s’agit moins d’une totalité à saisir dans sa cohérence que d’un répertoire de solutions disponibles pour chacun.

acteurs de savoiracteur non humainêtre surnatureldivinité typologie des savoirsobjets d’étudenatureLa construction du céramiste est une utopie ; il ne l’a jamais construite et rapporte très exactement les circonstances qui ont suscité en lui ce rêve d’espace botanique. Palissy évoque ainsi les jours qui suivent « les esmotions et guerre ciuiles », alors qu’il se promène « le long de la prairie de cette ville de Xaintes, pres du fleuue Charante ». Se rappelant alors les « horribles dangers, desquels Dieu [l’]auoit garenti au temps des tumultes et horribles troubles passez », il entend encore « la voix de certaines vierges, qui estoyent assises sous certaines aubarees, et chantoyent le Pseaume centre quatriesme »20. Ce psaume mobilise de nombreux éléments de la nature. Dieu y « étend le ciel comme une tente. Il construit sa demeure au-dessus de l’eau, il fait des nuages son char, il s’avance sur les ailes du vent » (Psaume 104 : 2-4). Montagnes, vallées, tonnerre, animaux composent le paysage d’une Terre façonnée par Dieu. Mais cette nature est destinée aux usages de l’humanité. Ainsi, Dieu « fait pousser l’herbe pour le bétail et les plantes pour les besoins de l’homme afin que la terre produise de la nourriture » (Psaume 104 : 14). La munificence divine (qui permet aux animaux et aux hommes de manger [Psaume 104 : 28]) est une première étape pour que soit produit le vin, l’huile et le pain (Psaume 104 :15). L’effort des êtres humains réside précisément dans le travail de la matière naturelle créée par Dieu, dans l’exploitation des bienfaits de la terre et de ses produits. Ce psaume consonne avec l’ambition calviniste d’un « jugement, livre dans son pragmatisme et spontanément utilitariste21 ». Le jardin dont rêve Palissy s’inspire de cet appel à exploiter les ressources naturelles par le travail22. Mais ceci ne peut avoir lieu sans un recours aux savoirs spécialisés. Palissy insiste :

acteurs de savoirprofessionagriculteurLa Philosophie naturelle est requise aux agriculteurs […] les actes ignorans que ie voy tous les jours commettre en l’art d’agriculture, m’ont causé plusieurs me tourmenter en mon esprit, et me cholerer en ma seule pensée, parce que ie voy qu’vn chacun tasche à s’agrandir, et cerche des moyens pour succer la substance de la terre, sans y trauailler, et cependant on laisse les pauures ignares pour le cultiuement de la terre, dont s’en ensuit que la terre et ce qu’elle produit est souvent adultérée, et est commise grande violence ès bestes bouines, que Dieu a créées pour le soulagement de l’homme23.

La science de l’agriculture est un moyen de faire fructifier les ressources de la nature ; elle participe de l’effort laborieux pour accomplir totalement le dessein de Dieu. Palissy signale ainsi que Dieu n’a pas créé les entités composant le monde pour qu’elles restent « oisiues24 » ; bien au contraire, elles sont toujours impliquées dans un cycle de renouvellement permanent (comme « les fumiers en terre25 » qui nourrissent la terre).

espaces savantslieujardin espaces savantslieubureauMais le souci d’une mise au travail par les moyens de la science, des bienfaits divins de l’environnement n’est pas le seul objectif du jardin modèle de Palissy. C’est une défense encore plus directe du savoir et de sa capacité émancipatrice qui est promue dans les différentes régions de son ouvrage. Ainsi, les différents cabinets qu’il imagine distribuer aux angles du jardin portent-ils, sur des frises dédiées, des sentences rappelant l’importance de la connaissance dans les activités humaines. Le quatrième cabinet est surmonté de la phrase « sans sapience, est impossible de plaire à Dieu26  ». Le cabinet vert situé à l’Est porte une mention du livre de l’Ecclésiastique : « Les enfants de Sapience, sont l’Église des Iustes » (Ecclésiastique 3 : 1) ; le troisième cabinet de verdure expose sur son tympan la phrase suivante : « Celuy est malheureux qui reiette Sapience » (Livre de la Sagesse 3 : 11).

Palissy construit un lien discursif entre le travail que les hommes doivent entreprendre pour accomplir l’œuvre naturel de Dieu et la mobilisation des savoirs. C’est dans la Bible qu’il trouve la justification de ce recours aux connaissances, de ce rappel constant à la sagesse savante. Si l’agronomie est le meilleur moyen de faire advenir les fruits de la terre, la botanique, cette science taxonomique des plantes existantes, sert à décrire la variété de la luxuriance naturelle. Évoquant son rêve de promenade au sein de son jardin, Palissy imagine contempler « les rameaux des vignes, des pots et des voyes (courges)27 ». C’est l’occasion pour lui de signaler la justesse du dessein divin : il remarque notamment que ces rameaux se :

venoyent lier et attacher, sans plus partir de là, à fin de soustenir les parties de leur debile nature (…) ; lors tout esmerueillé de la prouidence de Dieu, ie venois à contempler vne authorité, qui est en saint Matthieu, où le Seigneur que les oiseaux mesmes ne tomberont point sans son vouloir, et ayant passé plus outre, i’apperceu certaines branches et gittes d’aubelon (houblon) (…) [qui] s’estoyent liees et entortillees plusieurs ensembles et estant ainsi fortifiees et accompagnees l’vne de l’autre, elles se dilatoyent au long de certaines branches, pour se consolider encore toutes ensemble, et s’attacher auxdites branches : lorsque i’eu apperceu et contemplé vne telle chose, ie ne trouvay rien meilleur, que de s’employer en l’art d’agriculture, et de glorifier Dieu, et se recognoistre en ses merueilles28.

Dans la lignée d’une pensée calviniste posant l’utilité et le labeur comme principes cardinaux de l’action humaine, Palissy loue l’ingéniosité des formes naturelles, prêtes à servir les volontés des individus. Après avoir contemplé des châtaigniers, des noyers et des amandiers, le potier saintongeais avoue s’être pris de passion pour :

« Le viuant des vivans, qui fait telles choses pour l’vtilité de l’homme ; lors aussi cela me donnoit occasion de considerer nostre miserable ingratitude et mauuaisté peruerse, et de tant plus i’entrois en contemplation en ces choses, d’autant plus i’estois affectionné de suiure l’art d’agriculture (…) »29.

Dans ses travaux sur l’architecture et la fortification des villes, Palissy revient sur la morphologie adaptée des êtres vivants. Il soutient notamment que ‘« Dieu a donné plus d’industrie és choses foibles, que non pas aux fortes […] »’.

Prenant l’exemple du la « coquille du pourpre », il note qu’il possède « un nombre de pointes assez grosses qui estoyent à l’entour de ladite coquille » qui constituent, en somme, les « ballouars (boulevards) et defenses, pour la forteresse dudit pourpre ». La nature sert donc l’industrie humaine mais elle offre également des modèles pour les constructions ; Palissy avoue ainsi ne rien trouver de « meilleur, pour édifier [s]a Ville de forteresse, que de prendre exemple sur la forteresse dudit pourpre […]30 ».

espaces savantslieupalais typologie des savoirsobjets d’étudenature espaces savantslieujardinLe jardin de Palissy n’est pas seulement un espace de démonstration botanique de la puissance de Dieu et de l’implication laborieuse des êtres humains. Il est aussi un territoire politique en tension. En effet, Palissy imagine pouvoir édifier, à côté de cette nature recomposée, « vn Palais, ou amphitheatre de refuge pour recevoir les Chrestiens exilez en temps de persecution […]31 ». Toutefois, cette intrusion simultanée du religieux et du politique dans l’espace agricole n’est pas sans poser problème. Dans le jeu rhétorique qu’il engage entre « DEMANDE » et « RESPONCE », Palissy éprouve – littéralement – la possibilité de joindre les exigences d’un « jardin delectable » et la possibilité de rassembler les réformés pourchassés. Mobilisant l’Évangile de Saint-Matthieu (24 : 14), il soutient que l’universalité du discours biblique rend caduque la délimitation d’un refuge protestant32. Dans la réponse à sa propre question, Palissy fait remarquer que le message de Dieu a bien une visée universelle mais qu’il ne sera pas reçu pas tout le monde et que l’exil est perpétuel33.

Comme l’a bien montré Frank Lestringant, Palissy lie le « temporel, par l’exercice de sa vacation, dans les bornes de son art […)] et « le spirituel, par la prédication de la Parole […]34 ». C’est dans la conjugaison de ces deux pratiques que s’accomplit l’œuvre de Dieu. Ramenée sur terre, pliée aux formes d’une pratique quotidienne d’exploitation des bienfaits de la nature, cette parole divine n’est plus un surplomb intimidant. Elle s’insère dans l’ordinaire des activités agricoles et motive, in fine, la réussite économique.

Le jardin de Palissy opère donc une triple intégration : il est conçu à l’image du dessein divin (à savoir dans une nature disponible pour le travail), il suppose une connaissance agricole spécifique (capable de bien saisir les ressources naturelles à exploiter35), il est un territoire politique pour les réfugiés de la réforme. Frank Lestringant souligne que dans ce jardin :

construction des savoirslangage et savoirsgenremythe espaces savantslieujardin Palissy répète en miniature le jardin d’Éden et sa paix originelle. Il rétablit une pure transparence entre l’homme et le Créateur […]. Le Livre saint et le livre de la Nature, ces voies jumelles d’accès à la divinité, se confondent dans le mythe d’un jardin situé hors de l’Histoire et de ses désastres récents36.

La nature recomposée dans le jardin de Palissy tente une sorte de synthèse entre la puissance d’expression de Dieu, la saisie rationnelle des phénomènes naturels et la protection des protestants. Mais déjà, le potier a pointé, dans son propre texte, les limites de la jonction qu’il opère entre ces plans ontologiques. D’abord, il ne fait pas de Dieu l’unique acteur de la transformation de la nature et fait grand cas de l’action humaine. Ensuite, son œuvre jardinière n’est pas purement contemplative, elle vise à déployer les forces industrieuses. Enfin, il doit en passer par une sorte d’exégèse de la validité universelle du message de Dieu pour justifier la protection de ses coreligionnaires. En somme, des fractures apparaissent dans l’ordonnancement logique de son jardin. L’autonomie humaine dans l’appréhension de la nature est motivée par la nécessité du labeur. S’il s’agit bien du dessein divin, il n’en reste pas moins que l’utilité matérielle et économique de l’agriculture ne dépend que de la volonté des hommes.

Le lieu imaginé par Palissy amorce une dissociation entre les plans religieux, politiques et agricoles. Son texte maintient encore des points de jonctions entre ces ensembles, mais le potier saintongeais a déjà introduit des écarts et des possibilités d’autonomie. Chez Contant et chez de Serres, au début du xvii e siècle, les fractures entre les différents plans sont encore plus nettes : le Dieu de l’auteur du Jardin et Cabinet poétique prône l’utilité, mais il n’est plus au centre de la munificence de la nature ; quant à de Serres, il a rompu avec les impératifs politiques du refuge. En somme, le jardin de Palissy s’apparente à une hétérotopie foucaldienne37 : contre-monde dans lequel se réfractent et se retournent les plis de l’ordre social, l’espace botanique du céramiste charentais recompose, en un même mouvement, un idéal savant de connaissance pure, la quête d’une exploitation laborieuses des bienfaits de la nature ainsi que la perspective politique d’une paix religieuse.

Contre les secrets de l’alchimie ?

construction des savoirstraditionreligionchristianismeprotestantisme typologie des savoirssavoirs non canoniquesoccultismealchimieDans ses Discours admirables de la nature des eaux et fontaines, Palissy évoque les alchimistes et leur goût du secret. Ses prises de positions sont l’occasion, pour lui, de préciser son rapport à la connaissance, aux autorités ainsi qu’à l’expérimentation. En chacun de ces domaines, son positionnement est indexé sur sa pratique protestante. Palissy s’appuie explicitement sur la lecture réformée de la Bible pour justifier sa façon de comprendre et d’expliquer les phénomènes naturels. Se faisant, il induit un certain nombre de ruptures avec les œuvres occultes de la Renaissance et prend ses distances avec une certaine forme de secret. Le potier saintongeais précise que s’il met « la main à la plume », c’est après avoir beaucoup travaillé sur la question de l’alchimie, « non peu en peu de iours, ny en la lecture de diuers liures », mais en « anatomizant la matrice de la terre […]38 ». Ce que Palissy reproche aux alchimistes c’est de ne pas exploiter correctement l’œuvre de Dieu. Il assure ainsi :

matérialité des savoirsmatériaumétalEt cuides tu que ie sois si mal instruit , que ie ne sçache bien que l’or et l’argent et tous autres metaux sont vne oeuure diuine, et que c’est temerairement entrepris contre la gloire de Dieu, de vouloir vsurper sur ce qui est de son estat. Or tout ce qui est donné à l’homme de pouuoir faire enuers les metaux, c’est d’en tirer les excremens et les purifier et examiner, et en former telles especes de metaux ou monnoyes que bon luy semblera ; et est chose semblable aux cueillettes et cultiuement des semences39.

construction des savoirsvalidationexpérimentation acteurs de savoiracteur non humainêtre surnatureldivinité pratiques savantespratique intellectuelleobservation construction des savoirsépistémologieméthode Palissy est subtil dans son développement. Ce qu’il reproche aux alchimistes ce n’est pas d’expérimenter sur les métaux, c’est de mal expérimenter sur eux. Leurs méthodes sont moins en causes que la philosophie expérimentale dans laquelle ils s’inscrivent. Pour Palissy ce qu’il importe de faire dans l’observation et l’expérimentation de la nature, c’est de poursuivre et d’achever l’œuvre de Dieu ; non pas de chercher à la détourner ou à la subvertir. Pour bien signaler que l’expérimentation n’est pas en cause, le céramiste explique que :

c’est à l’homme seulement de trier le grain d’auec la paille, le son d’auec la farine, et de la farine en faire du pain, et de pressurer les grappes pour en tirer le vin : Mais c’est à Dieu de leur donner le croistre, la saueur et couleur : ie di qu’ainsi que l’homme ne peut rien en cest endroit, aussi ne peut-il enuers les metaux40.

Le domaine du connaissable admet donc une limite, celle d’une opacité qui n’appartient qu’à Dieu. Et Palissy précise bien qu’il existe des opérations qui ne mènent nulle part précisément parce qu’elles cherchent à violer l’intention divine : « qu’il ne te prenne jamais enuie de chercher generation, augmentation n’y congelation des metaux : par ce aussi que c’est une oeuure qui se fait par le commandement de Dieu, inuisiblement et par vne nature si tres-occulte qu’il ne fut iamais donné à homme de le connoistre41 ». Le secret divin est de toute façon interdit à l’homme ; il ne peut absolument pas le découvrir. Corrompre les produits de la nature pour retrouver ce plan obscur n’est pas un projet savant. Palissy semble cependant hésiter sur ce point. D’abord parce qu’il ne fixe pas un interdit formel. Face aux « gens de biens et grands personnages, qui cherchent tous les iours ces choses, et qui pour rien du monde ne se voudroyent attacher la monnoye : aussi qu’ils ont bien le moyen de s’en passer42 ». Palissy ne s’inquiète guère de ces acharnés de secret alchimique ; il trouve même des vertus souterraines à leur vaine quête :

typologie des savoirssavoirs non canoniquesoccultismealchimieIe confesse qu’il y a plusieurs Seigneurs, gens de bien et grands personnages, qui s’occupent de l’alchimie, et y despendent beaucoup. Laisse les faire : cela les garentist d’vn plus grand vice : et puis ils ont du reuenu pour approuuer ces choses. Quant aux medecins, en cherchant l’alchymie ils apprendront à connoistre les natures : et cela leur seruira en leur art : et en ce faisant ils connoistront l’impossibilité de la chose43.

typologie des savoirssavoirs non canoniquesoccultismealchimieIl n’y a donc aucun danger à vouloir poursuivre un projet alchimique. Le secret divin est tel, qu’aucune tentative ne peut le dévoiler. Finalement ce que Palissy reproche à ceux qui cherchent la transmutation des métaux c’est de négliger le connaissable déjà présent devant eux. La croissance des plantes, la diversité des matières, la variété des sensations, toutes œuvres de Dieu, sont à disposition pour être mieux comprises et mieux exploitées44. En menant leurs recherches obscures, les alchimistes oublient cette munificence de la nature, offerte à l’investigation savante :

Quant i’ai contemplé les diuerses oeuures et le bel ordre que Dieu a mis en la terre, ie me suis esmerueillé de l’outrecuidance des hommes ; car ie voy qu’il y a plusieurs coquilles de poissons lesquelles ont vn si beau polissement qu’il n’y a perle au monde si belle45.

Dans sa diatribe contre les alchimistes, Palissy associe donc une impossibilité ontologique de connaître les secrets profonds du divin à une critique du dédain pour l’exubérance de la nature. En cette double prise de position pointe une séparation d’entre le divin et le savant. Le premier se distingue par son impénétrable logique et le second n’a de sens que parce qu’il est un champ d’expérimentation et d’observation quasi-infini. L’alchimie cherche en fait à créer une matérialité autre, à supplanter la nature par une subversion des entités existantes. C’est en ce sens que Palissy rejette ces pratiques. Il assure d’ailleurs faire une claire distinction entre les « distillateurs et tireurs d’essences » qu’il « louë grandement » et dont il estime la « science grandement vtile et proufitable » et :

acteurs de savoiracteur non humainvégétalceux qui veulent vsurper (pour viure à leur aise) uv secret que Dieu a réserué à soy, aussy bien comme la puissance de faire vegeter et croistre toutes les plantes et toutes choses. Car c’est Dieu luy mesme qui a ietté la semence des metaux en terre. Et ils veulent entreprendre de faire vn oeuure qui se fait occultement dans la terre, de laquelle ils ne connoissent ny le moyen ny les matieres, ny par quelle vertu ny comment, ny en combien la chose peut paruenir à sa perfection […]46.

L’équipement cognitif et matériel manque aux alchimistes pour comprendre le mystère divin de la Création. L’engendrement des choses et la présence de la nature sont des domaines qui n’appartiennent pas aux hommes. Ceux qui cherchent à transmuter les métaux sont motivés par un gain malhonnête ; il n’est donc pas étonnant que Palissy condamne tout spécialement l’alchimie aurifère dont les produits n’apportent rien à l’homme47. Comme l’a noté Keith Cameron :

construction des savoirspolitique des savoirssecret Palissy nous fait pénétrer les secrets de la nature mais non pour de façon occulte. Pas besoin de cérémonie d’initiation pour suivre sa pensée ni pour comprendre l’implication de ses théories. Il nous expose la pleine puissance d’un homme intelligent face à la nature, face aux mystères de son Dieu48.

construction des savoirspolitique des savoirssecretSi le secret divin reste de l’ordre de l’inconnaissable pour les hommes, les secrets savants sont d’un autre ordre. Ils prennent place dans l’économie des rapports humains et font donc l’objet d’une attention toute particulière de la part de Palissy. Ainsi concernant « l’art de Terre », c’est-à-dire son activité de potier et de céramiste, il construit un raisonnement en forme de maïeutique. Faisant alterner « PRACTIQUE » et « THEORIQUE » Palissy commence par interroger la nécessité du secret de fabrication : « Cuides qu’vn homme de bon jugement vueille ainsi donner les secrets d’vn art, qui aura beaucoup cousté à celuy qui l’aura inuenté ? Quant moy ie ne suis deliberé de ce faire que ie ne sçache quel titre49. » Ce à quoi « THEORIQUE » répond que celui qui tient « [s]on secret caché » l’emmène « en la fosse », ce qui revient à s’enfermer dans une « fin […] maudite50.

En ce point précis de l’argumentation, Palissy fait intervenir la parabole des talents. Comme l’a montré Frank Lestringant, c’est un topoï de l’œuvre du potier : elle est présente dans la dédicace au Maréchal de Montmorency ouvrant la Recepte véritable, ainsi que dans l’adresse au sieur de Pons au début des Discours admirables 51. Il s’agit à chaque fois d’assurer la volonté de l’auteur de partager ses connaissances, « en premiers lieu plusieurs beaux secrets de nature, et de l’agriculture […] tendant à inciter tous les hommes de la terre, à les rendre amateurs de vertu et iuste labeur […]52 ». Lorsqu’il défend sa pratique de potier et de céramiste, Palissy réintroduit cette idée d’une collectivisation des savoirs et des techniques : « il est escrit qu’vn chacun selon qu’il a receu des dons de Dieu qu’il en distribue aux autres : par ainsi je puis conclure que si tu ne me monstres ce que tu sçais de l’art susdit, que tu abuses des dons de Dieu53. » Mais Palissy tempère cette idée d’une circulation sans limite des connaissances et des tours de main. Il distingue donc des pratiques qui lui semblent ne pas toutes relever du même régime de diffusion54 :

Il n’est pas de mon art, ny des secrets d’iceluy comme de plusieurs autre. Ie sçay qu’vn bon remede contre vne peste, ou autre maladie pernicieuse, ne doit etre celé. Les secrets de l’agriculture ne doivent estre celez. Les hazards et dangers des nauigations ne doiuvent estre celez. La parole de Dieu ne doit estre celée. Les sciences qui seruent communément à toute la république ne doyuent estre celées. Mais de mon art de terre et de plusieurs autres autres art il n’en est pas ainsi55.

construction des savoirstraditionreligionchristianismeprotestantismeC’est le cas notamment du travail sur le verre ou des « boutons d’esmails » dont les inventeurs sont dépossédés des fruits de leur labeur par « la conuoitise du gain, ou l’indigence des personnes56 ». Les « esmailleurs de Limoges », qui n’ont pas « tenu leur inuention secrete57 » voient ainsi leur « art » devenir « si vil qu’il leur est difficile de gaigner leur vie au prix qu’ils donnent leur œuuvres58 ». Les connaissances relatives au bien commun et les savoirs qui servent l’intérêt général59 ne peuvent être tenus secrets. De la même façon, la parole divine n’a de sens que dans une totale transparence. Ce sont les préceptes protestants d’un accomplissement religieux sans intermédiaire60, qui orientent le rapport au monde des réformés. Mais dans le même temps, l’utilitarisme protestant ne peut avoir de sens si ceux qui ont créé et travaillé ne récoltent pas le fruit de ce labeur. Le secret de ces œuvres commerciales est donc légitime, en ce qu’il rend justice à ceux qui disposaient des compétences et du savoir nécessaire à la production de nouveaux objets ou de procédés inédits. Louis Audiat, dans sa biographie de Palissy, voyait, dans cette célébration du secret commercial, une préfiguration des « brevets d’invention » servant « à protéger l’inventeur contre les contrefaçons, et à lui assurer pendant quelques années au moins le fruit de ses labeur, le bénéfice de sa découverte […]61 ».

Toutefois, Palissy indique les limites de cette rétention d’informations concernant les connaissances pratiques monneyables : la vente de produits ou de remèdes donnés par Dieu dans la nature est une corruption très grave des principes de la sapience partagée. Les apothicaires suscitent l’ire de Palissy. Reprenant les critiques du médecin protestant Sébastien Colin (qui écrit sous le « pseudonyme anagrammatique de Lisset Benancio » une sévère dénonciation des malversations d’apothicaires62), le potier saintongeais remarque que « les Apoticaires vendent la vertu des plantes et drogues que Dieu nous baille gratis, sans cultiver, ce qu’ils ne doiuent faire, et […] c’est grandement offencé enuers Dieu63 ». Il y a donc une grande différence entre celui qui travaille à prolonger l’œuvre divine en observant la nature et en produisant des objets nouveaux et celui qui se contente de prélever dans l’environnement des fruits de la Création déjà mûrs. Si la luxuriance des plantes, des animaux et des minéraux recèlent d’infinies possibilités pour une exploitation optimale de leurs potentialités, il revient à l’homme et à sa détermination laborieuse de restituer, par l’observation et l’expérience, ces forces à l’état latent. Palissy insiste :

Regarde les herbes qui sont les plus froides […] croissent en lieux les plus chauds et se y nourrissent. Les chaudes et seiches en l’eau, comme les cressons ; puis il y en croist des froides et seiches comme les capillaires : parquoy tu ne sçaurois iuger qui est la cause, sinon que Dieu a donné ses vertu si occultement que l’homme ne les peut comprendre. Et pour sçauoir quelle vertu elles ont il les faut experimenter par experience64.

Le secret ici est une incitation à la découverte et à la pratique ; il est un aiguillon pour mieux appréhender les phénomènes naturels.

 

typologie des savoirsdisciplinessciences formelles et expérimentalessciences de la vie et de l’environnementsciences de la vie par type d’organismesbotanique construction des savoirsvalidationexpérimentationLe geste expérimental de Palissy introduit un certain nombre de rupture dans la façon de concevoir le rapport savant au monde. D’une part, même s’ils s’articulent dans l’espace clos d’une hétérotopie édénique, la science botanique, le refuge religieux et l’entreprise économique ne relèvent pas du même projet. Ce qui les unit c’est le labeur humain, capable de prolonger et d’exaucer le dessein de Dieu. Palissy introduit donc des écarts entre les plans religieux, savants et économiques. Se faisant, il imagine la possibilité d’un savoir plus autonome, qui ne confond pas avec les autres activités humaines. D’autre part, la place du secret est réduite dans la science promue par Palissy. Les savoirs sont ouverts à l’intérêt général ; ils doivent, dans la mesure du possible, ne pas être cantonnés à quelques initiés. Loin de l’hermétisme des alchimistes, c’est une connaissance partagée que le potier tient à valoriser. Les seuls secrets qui lui paraissent légitimes sont ceux qui protègent la création commerciale. De fait, ces derniers ne relèvent pas d’un intérêt politique ou scientifique supérieur. On mesure donc, à la lecture des œuvres de Palissy, les transformations cruciales qu’il défend dans le rapport aux savoirs. Son geste expérimental, fondé sur un déchiffrement raisonné du monde naturel, défend une lecture sans intermédiaire du dessein divin. La pratique protestante en autonomisant le sujet savant met à distance la révérence aux autorités. Si celle de Dieu est encore inatteignable, la sécularisation ainsi ébauchée ne cessera d’être poursuivie tout au long de la révolution scientifique. L’assurance d’un monde naturel que l’on peut tout à la fois explorer et expliquer, la séparation des sphères politique, économique et savante, la disqualification partielle du secret organisent les fondements philosophiques d’une modernité savante qui se prolongera par le rejet complet de l’ordre religieux et l’autonomie plus forte encore à l’endroit de toutes les formes de pouvoir. Palissy a participé de ce vaste mouvement d’émancipation par et pour les pratiques savantes ; il l’a fait en se fondant sur les préceptes protestants, qui ont introduit de nouvelles exigences dans la saisie rationnelle du monde.

Notes
1.

Une première version de ce texte a été présentée lors du colloque Spectres de l’érudition (Université de Lausanne, 21-23 mars 2018). Je remercie Jean-François Bert et Christian Jacob pour leurs remarques et leurs commentaires. Une version différente de ce texte est parue dans la Revue d’histoire du protestantisme : Lamy, 2018a.

2.

Parmi les travaux qui ont contribué à restituer Palissy dans les problématiques savantes du xvi e siècle, on consultera avec profit : Kirsop, 1961 ; Thompson, 1954.

3.

Lestringant, 2009, p. 771.

4.

Bruniet, 1950, p. 73. Pour une perspective plus large encore, voir : Halleux, 1982, p. 114, 116, 117, 119 et 128.

5.

Voir par exemple : Gohau, 1990, p. 42-43.

6.

Rudwick, 1976, p. 42.

7.

Andrews, 2014-2015. Voir également : Smith, 2004, p. 100-106.

8.

Conner, 201, p. 292-293.

9.

Merton, 1936, p. 7-8.

10.

Merton, 1936, p. 8.

11.

Webster, 1976, p. 1. Pour une focalisation sur le puritanisme, voir : Webster, 1986.

12.

Sur les expériences médiévales du jardin voir : Huchard, Bourgain, 2002.

13.

Findlen, 1994, p. 92.

14.

Findlen, 1994, p. 92.

15.

Belon, 1558.

16.

Je me permets de renvoyer à Lamy, 2018b.

17.

Thomas, 1983, p. 19.

18.

Harrison, 2001, p. 238.

19.

Palissy, 1844a, p. 12.

20.

Palissy, 1844a, p. 13.

21.

Troeltsch, 1991, p. 106.

22.

La thèse de l’utilitarisme protestant permettant une compatibilité entre l’ascétisme de la Réforme et les valeurs du capitalisme a été défendue par Max Weber. Weber, 2002.

23.

Palissy, 1844a, p. 17.

24.

Palissy, 1844a, p. 35.

25.

Palissy, 1844a, p. 35.

26.

Palissy, 1844a, p. 62.

27.

Palissy, 1844a, p. 83.

28.

Palissy, 1844a, p. 84.

29.

Palissy, 1844a, p. 85.

30.

Palissy, 1844b, p. 117.

31.

Palissy, 1844a, p. 14.

32.

Palissy, 1844a, p. 14.

33.

Palissy, 1844a, p. 14-15.

34.

Lestringant, 1992a, p. 120. Simone De Reyff soutient, au contraire, que Palissy dans son projet de « réorientation des mœurs et des valeurs, en ce temps de crise » ne confond pas son jardin terrestre, capable de réguler les oppositions religieuses, avec l’Éden. De Reyff, 2009, p. 183-184.

35.

Rivet, 1992, p. 167-180.

36.

Lestringant, 1992b, p. 13.

37.

Foucault, 1984.

38.

Palissy, 1844c, p. 189.

39.

Palissy, 1844c, p. 192.

40.

Palissy, 1844c, p. 192.

41.

Palissy, 1844c, p. 200.

42.

Palissy, 1844c, p. 200.

43.

Palissy, 1844c, p. 201-202.

44.

Palissy, 1844c, p. 202.

45.

Palissy, 1844c, p. 203.

46.

Palissy, 1844c, p. 209.

47.

Palissy, 1844c, p. 230. Voir Céard, 1993, p. 157.

48.

Cameron, 1992, p. 141.

49.

Cameron, 1992, p. 141.

Palissy, 1844c, p. 306.

50.

Palissy, 1844c, p. 306.

51.

Lestringant, 1992a, p. 121-122. Voir également sur la parabole des talents : De Reyff, 2009, p. 179.

52.

Palissy, 1844a, p. 3.

53.

Palissy, 1844c, p. 306.

54.

Voir sur ce point : Long, 2001, p. 242-243.

55.

Palissy, 1844c, p. 306-307.

56.

Palissy, 1844c, p. 306-307.

57.

Palissy, 1844c, p. 307-308.

58.

Palissy, 1844c, p. 308.

59.

Cameron, 1992, p. 136. Je me permets également de renvoyer à : Lamy 2015 et Lamy 2017.

60.

Baubérot, 2010, p. 9.

61.

Audiat, 1868, p. 101. La mention est faite par Rivet, 1992, p. 173.

62.

Longeon, 1975, p. 436.

63.

Palissy, 1844c, p. 396.

64.

Palissy, 1844c, p. 420.

Appendix A Bibliographie

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