Madalina Dana

espaces savantscirculationréseau espaces savantscirculationmobilitéDans le monde des cités antiques, la mobilité est une donnée essentielle. Il existait en effet des contacts permanents entre les différentes régions du monde grec, favorisant la circulation des personnes et des biens, mais aussi des pratiques et des savoirs. Les réseaux qui se déployaient entre les villes suggèrent la richesse de ces échanges. À ces relations complexes entre cités, on pourrait appliquer le concept de peer polity interaction (« relation égalitaire entre les cités »)1, qui invite à dépasser la logique des rapports centre-périphérie sous l’angle de la dépendance et à repenser cette relation entre des entités politiques équivalentes.

espaces savantsterritoirecentreLa vie culturelle n’avait pas la même intensité dans toutes les régions : chaque cité présentait une situation particulière par sa position géographique, son économie et son rayonnement politique. Certaines villes, par leur pouvoir d’attraction, sont devenues des centres. Au lieu de privilégier un « centre » unique, avec toutes les connotations que cette notion implique, il convient plutôt de considérer la pluralité des « centres » et leurs dynamiques spatiales, surtout après l’avènement des royaumes hellénistiques et l’essor de leurs capitales. Car des villes comme Alexandrie, Pergame, Antioche ou Séleucie sont des « centres », mais à la périphérie du monde grec traditionnel : elles reflètent la politique de large diffusion de la culture grecque voulue par les héritiers d’Alexandre. C’est bien ce polycentrisme du monde grec qui structure et organise la mobilité culturelle. Des centres différents se sont imposés à des époques successives et pas toujours pour les mêmes raisons2 : il convient de saisir ces différences pour comprendre les atouts de chacun, ce qui les a rendus attractifs à un moment donné (un contexte économique ou politique particulier, les écoles philosophiques, le patronage culturel des monarques, etc.).

espaces savantscirculationcolonie espaces savantsterritoirepériphérieEntre le(s) centre(s) et la périphérie, il y a de multiples zones de passage ou de médiation : il nous faut nous représenter un emboîtement de régions et d’échelles géographiques. Nous avons choisi d’analyser la région du Pont-Euxin, la mer Noire d’aujourd’hui, pour illustrer la complexité des relations qui se nouent entre un espace marginal et les différents centres par rapport auxquels il s’est situé, au fil du temps. La plupart des cités que nous évoquerons ont été fondées dans le cadre de la colonisation ionienne des vii e et vi e siècles avant J.-C. : cette colonisation connut un tel essor que le Pont-Euxin fut considéré comme un « lac milésien ». D’autres colonies, non moins importantes, comme Héraclée du Pont ou Callatis, furent fondées par les Doriens. Dans le grand mouvement de la colonisation archaïque, l’intérêt pour le Pont n’est guère surprenant : néanmoins, le destin de la région est particulier, si on le compare à d’autres colonies disséminées aux marges du monde grec. La mer Noire forme en effet un espace géographique presque clos sur lui-même : la Propontide est la seule voie de communication avec la Méditerranée. Comment, dans de telles conditions, les relations du Pont-Euxin avec le monde grec méditerranéen se sont-elles organisées ? La géographie a naturellement déterminé les relations économiques, politiques, religieuses et personnelles3.

Les Pontiques suivaient-ils l’« air du temps » en choisissant de se rendre vers tel ou tel centre, en vogue à une époque donnée ? Si ce ne sont pas les centres traditionnels qui les attiraient, quelles étaient les destinations de leurs voyages, et qu’est-ce qui les motivait ?

Athènes, école de la Grèce

acteurs de savoirstatutdiscipleDans son discours Sur l’échange, Isocrate fait l’éloge de sa propre personne comme de sa méthode éducative. Il présente ses disciples en ces termes :

De ceux qui viennent à Athènes, les uns veulent se faire remarquer, les autres désirent s’instruire […]. Il est bien évident que, si ces étrangers traversent les mers, font des dépenses et se donnent tant de peine, c’est qu’ils croient qu’eux-mêmes s’amélioreront et que les maîtres qui exercent ici sont bien plus intelligents que ceux de leur pays4.

acteurs de savoirstatutmaître espaces savantslieuécoleDans le Panégyrique déjà, Isocrate fait l’éloge d’Athènes, dont les élèves sont devenus les maîtres des autres Grecs. Isocrate se réfère aux étrangers qui viennent à Athènes en quête d’instruction, attirés sans doute par la réputation des écoles philosophiques et rhétoriques qui fleurissent dans la ville. Selon la formule pleine d’admiration de Denys d’Halicarnasse, Isocrate « acquit une notoriété extrême entre tous ses contemporains : l’élite de la jeunesse, à Athènes et dans la Grèce entière, se mit à son école […]. À l’image de la cité d’Athènes, Isocrate fit de son école une colonisatrice d’éloquence5 ».

C’est pour entrer dans le cercle de ce personnage célèbre qu’un jeune homme originaire du royaume du Bosphore, très riche selon ses propres dires6, débarqua à Athènes : fils de Sôpaios, il était le favori du dynaste Satyros du Pont (le Bosphore cimmérien) et le beau-frère de l’héritier du trône, situation dont il se prévalut lorsqu’il fut convoqué à paraître devant le tribunal. Dans le procès qui l’opposait au banquier Pasiôn, c’est pour le défendre qu’Isocrate composa, vers 393-391, le plaidoyer Sur une affaire de banque (Or. 17), peut-être sur la demande insistante des amis du jeune homme. Ce dernier en nomme, en effet, deux : le premier, Philomélos, est un autre disciple bien connu d’Isocrate ; le second, Ménéxénos, apparaît dans un discours d’Isée (lui-même disciple d’Isocrate)7.

Dans son plaidoyer, le jeune homme originaire du Bosphore explique pourquoi il est venu à Athènes :

espaces savantscirculationvoyageAyant entendu parler de votre ville et du reste de la Grèce, j’ai voulu y faire un voyage. Mon père me remplit de blé deux navires, me donna de l’argent et me fit partir à la fois pour faire du commerce et pour voir du pays8.

Son cas, du reste, n’est pas isolé : plusieurs de ses compatriotes – des commerçants ou des exilés qu’il est précisément accusé de fréquenter – sont établis à Athènes, de même que nombre de négociants athéniens sont présents à Panticapée, la capitale du royaume du Bosphore. Des deux villes les plus importantes du royaume, Panticapée et Théodosie, partent chaque jour des navires chargés du blé si convoité par les Athéniens9. Ces derniers, comme il est maintes fois rappelé, bénéficiaient d’un traitement de faveur de la part des rois du Bosphore10. Ces exportations de céréales constituaient un enjeu important et pas seulement économique.

espaces savantscirculationcommerceLe commerce de blé a permis en effet d’instaurer une relation politique privilégiée : les rois du Bosphore bénéficient à Athènes du droit de cité, reçoivent des honneurs et des statues11, sans doute grâce au soutien de certains hommes politiques de premier plan, comme Démosthène. Étant donné la présence de Gylôn, l’aïeul maternel de l’orateur12, à Képoi dans le Bosphore, et les liens de parenté de la famille de Démosthène avec des Bosphorains haut placés, ce n’est sans doute pas un hasard si Démosthène, précisément, défend les intérêts des souverains du Bosphore à Athènes.

On comprend aisément l’intérêt d’Athènes à entretenir de très bonnes relations avec ces rois lointains : nombre d’écrivains athéniens ne cessent en effet d’évoquer la pénurie chronique de céréales dans la cité attique. Mais l’empressement des dynastes du Pont à accorder aux Athéniens des prix préférentiels pour l’achat de leur blé et l’exclusivité dans le port de Panticapée n’en est pas moins frappant. L’origine grecque de ces souverains faisait débat, de même que la nature de leur pouvoir : archontes pour les habitants des cités grecques de leur royaume, rois pour les indigènes placés sous leur autorité, tyrans dans les sources hostiles. Leur légitimité était renforcée par leurs relations avec une cité démocratique comme Athènes. Vers 242, un autre roi du Bosphore, à la demande de théores venus de Cos, reconnut les Asklêpieia comme des jeux panhelléniques et pentétériques, dans l’espoir de se faire accepter comme Grec ; il rappelait aussi que son père éprouvait la même bienveillance envers les Hellènes : il avait en effet écrit un poème pour célébrer la parenté de sa dynastie avec les Grecs13. Le commerce du blé et son contexte politique ont permis de constituer et d’articuler différents réseaux qui ont favorisé les relations culturelles. Depuis longtemps, il était d’usage de faire voyager les jeunes gens, parfois comme chargés d’affaires de leurs pères, lorsque ceux-ci étaient assez riches pour permettre à leurs fils d’étudier avec les maîtres les plus célèbres du moment. Il est évident que le jeune Bosphorain a profité de son séjour à Athènes pour suivre les cours d’Isocrate, tout comme un autre jeune homme, venu d’Apollonia, sur la côte ouest du Pont-Euxin.

Il s’agit d’Isokratès, l’homonyme, le disciple et même le successeur, semble-t-il, du célèbre orateur athénien14. Une notice tardive nous donne des informations essentielles, à son sujet :

Isokratès, fils du philosophe Amyclas, d’Apollonia du Pont ou d’Héraclée, selon Callistratos ; orateur, disciple et successeur du grand Isocrate ; il fut aussi l’auditeur du philosophe Platon. Cet Isokratès entra en compétition avec l’orateur et le poète tragique Théodecte et avec Théopompe de Chios de même qu’avec Naukratès d’Erythrée, dans le concours de discours funèbres du roi Mausole d’Halicarnasse. [On connaît] cinq discours : Amphictyonique, Discours d’encouragement, Contre le projet d’ériger un tombeau à Philippe, Sur l’émigration, Sur sa constitution 15.

construction des savoirséducationévaluation pédagogiqueconcours typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialesphilosophieComme l’indique la Souda, son père, peut-être exilé d’Héraclée à Apollonia, était aussi un philosophe, ancien disciple de Platon ; c’est en tant qu’intellectuel lui-même et adepte d’une école philosophique prestigieuse qu’il envoie son fils faire ses études supérieures à l’étranger. On retrouve Isokratès en dehors d’Athènes – où il a fait ses études –, dans d’autres lieux visités par les intellectuels. Ceux-ci commencent, en effet, à fréquenter les riches monarques désireux d’obtenir un brevet d’hellénisme et de se prévaloir du titre de protecteurs de la culture, forcément grecque. Ainsi à Halicarnasse, Isokratès participe au concours organisé, en 353, par Artémisia à la mort de son mari (et frère) Mausole, le satrape de Carie. À la fin des années 340, Isokratès, déjà connu comme successeur (diadochos) d’Isocrate, poursuit ses voyages, et on le retrouve à la cour de Philippe Ii de Macédoine. Isocrate envisageait, apparemment, de l’imposer comme précepteur du jeune Alexandre. Le plus important témoignage en est une lettre adressée par Speusippe à Philippe, durant l’hiver 343-342 16 : le neveu et successeur de Platon recommandait chaleureusement Antipatros de Magnésie et critiquait vivement Isocrate et son disciple pontique, « le plus impudent des sophistes17 ».

acteurs de savoirmodes d’interactioncompétition acteurs de savoirstatutmaîtreCes témoignages sur les rivalités à la cour macédonienne au moment de la désignation du précepteur de l’héritier mettent en évidence la concurrence acerbe qui existait entre les maîtres des écoles athéniennes (et, d’une manière implicite, entre leurs disciples). Ils révèlent, aussi, les rapports entre Philippe et les intellectuels athéniens qui aspiraient, à divers titres, à s’imposer comme ses interlocuteurs privilégiés18.

Le rayonnement d’un nouveau centre : Alexandrie

Isokratès ne revint jamais dans sa patrie, autant que nous le sachions. Il est vrai que peu de Pontiques partis pour l’étranger, en quête d’une formation intellectuelle, ont choisi de retourner dans leur pays natal, dont la réputation n’était guère flatteuse. La région présentait peu d’attraits pour des intellectuels venus d’autres cités. Des sources littéraires, le plus souvent anecdotiques et riches en clichés, décrivent le Pont comme une région dont la grécité est douteuse à cause de son éloignement et aussi du fait de son voisinage et de son commerce avec les « barbares19 ».

Si la ville d’Héraclée du Pont conserve un attrait pour ses ressortissants qui y reviennent, probablement en raison de ses relations avec le reste du monde grec et de sa position géographique, il n’en va pas de même pour les cités situées à l’ouest et au nord de la mer Noire. On ne connaît guère d’hommes de lettres célèbres, dans cette région, mais quatre au moins, les plus connus, ne reviendront jamais dans leur cité d’origine après leurs études. Cela fut le cas, à l’époque classique, d’Isokratès d’Apollonia ; et, à l’époque hellénistique, de Bion de Borysthène, de Sphairos (originaire de Borysthène, lui aussi, ou du Bosphore) et d’Héraclide Lembos de Callatis.

Bion et Sphairos ont choisi de se rendre à Athènes : la ville n’a pas perdu son rayonnement culturel même si elle n’est plus le grand centre politique d’autrefois. À l’époque hellénistique, Athènes est plus florissante que jamais, et l’on voit se multiplier les écoles philosophiques qui attirent des disciples des régions les plus lointaines20. Mais, dans l’espace culturel de l’époque hellénistique, Athènes subit la concurrence des nouvelles capitales des héritiers d’Alexandre, au premier rang desquelles se trouve Alexandrie. Parmi les voyageurs attirés par cette dernière ville si prometteuse, on aurait pu rencontrer un certain Héraclide Lembos 21, originaire de Callatis.

Sans doute avait-il été séduit par le prestige de la bibliothèque et du musée, autour desquels gravitaient les intellectuels alexandrins22.

espaces savantslieubibliothèque espaces savantslieumuséeLe musée a joué un rôle déterminant dans la mobilité des intellectuels et des savants du monde hellénistique. Alexandrie était un pôle magnétique, qui attirait les livres comme les intellectuels, en provenance des régions les plus diverses23 :

Les nouveaux souverains veulent affirmer le primat de la langue et de la culture grecque, doter leur capitale d’une mémoire et de racines artificielles, compenser sa marginalité géographique par une centralité symbolique : toute la mémoire du monde dans une ville nouvelle24.

La capitale des Lagides veut être le nouveau centre de l’hellénisme alors qu’elle se situe à sa périphérie.

acteurs de savoirprofessionsecrétaire espaces savantsterritoirecapitale Héraclide s’approcha tout d’abord de la Cour : il fut l’ambassadeur et le négociateur de Ptolémée Vi lors du conflit qui l’opposa au roi de Syrie, Antiochos Iv Épiphane. Ensuite, il semble avoir choisi de se retirer dans l’intérieur du pays égyptien, à Oxyrhynchos – là même où l’on a découvert un papyrus d’époque romaine avec l’un de ses écrits. Lors de son séjour à la cour alexandrine, le géographe et grammairien Agatharchide de Cnide (ca200-120) fut son secrétaire et lecteur25 avant de s’affirmer, plus tard, lui aussi, comme un lettré compilateur, certainement sur les traces de son maître. Ces deux titres – secrétaire (hupographeus) et lecteur (anagnôstês) – nous introduisent dans les pratiques intellectuelles et bureaucratiques de l’époque26, dans le réseau complexe de coopération, mais aussi de concurrence, tissé entre les professionnels du savoir et du calame. On peut supposer qu’Héraclide fréquenta d’autres savants de son temps comme Sotiôn d’Alexandrie, son contemporain, dont il résuma les Successions.

pratiques savantespratique lettréecompilation Héraclide fut très prolifique, mais peu original. Il a laissé une œuvre de compilation et de vulgarisation. On connaît au moins six traités, des résumés pour la plupart, qui lui ont valu, semble-t-il, son surnom de Lembos (qui signifie « petite embarcation », « chaland »)27. Cette activité d’abréviateur fut prédominante : c’était, d’ailleurs, l’une des pratiques les plus répandues dans les milieux savants alexandrins. L’importance de Lembos, toutefois, ne se réduit pas à ces quelques fragments et témoignages disparates (où il apparaît, en outre, comme un amateur d’anecdotes et de récits merveilleux) : il fut aussi un relais dans la tradition de l’histoire de la philosophie. Selon Bloch, Lembos (comme Agatharchide ou plus tard Nicolas de Damas), « combinaison d’un homme d’État, d’un historien et d’un savant amateur d’une valeur incertaine », est une figure caractéristique des cours hellénistiques28. Il est le type même de l’érudit alexandrin29, spécialisé dans les compilations et les abrégés philosophiques, cherchant à vulgariser le savoir.

Les lettrés du Pont ne fréquentèrent pas, apparemment, d’autres capitales hellénistiques comme Pergame ou Antioche. Il n’y a pas d’explication raisonnable à ce paradoxe : peut-être les sources font-elles simplement défaut ? On rencontre néanmoins un Pontique à la cour d’un diadoque en dehors d’Alexandrie : Antigone Ii Gonatas (320 / 319-240 / 239 av. J.-C.) appréciait la compagnie de Bion de Borysthène. Celui-ci, invité à Pella, la capitale du royaume de Macédoine, s’était vivement disputé avec les stoïciens Persée et Philonidès. Bion avait été invité parce qu’il était déjà, à Athènes, un philosophe bien établi ; Antigone ressentait, dit-on, une affection réelle pour ce cynique – il participa même à son enterrement. Cette amitié s’inscrivait dans la relation privilégiée que les souverains hellénistiques entretenaient avec Athènes et ses intellectuels.

L’émergence d’Héraclée du Pont : un centre à la périphérie

Partir vers les centres culturels importants était donc une pratique courante pour les intellectuels de la mer Noire qui ne parvenaient pas à s’épanouir dans leur cité d’origine. Cependant, après avoir acquis une formation prestigieuse dans l’une de ces villes, ils pouvaient revenir dans leur patrie et tenter d’y créer un centre de culture. Une cité semble avoir réussi à développer un tel milieu, grâce à ses relations étroites et constantes avec Athènes : Héraclée du Pont, sur la côte sud de la mer Noire30.

espaces savantscirculationcommerceLes relations culturelles entre les deux villes s’inscrivent dans le cadre d’échanges plus larges, notamment économiques. Les Héracléotes sont, en effet, très présents à Athènes, dans le milieu des marchands, comme l’attestent les discours de Démosthène ou d’Isocrate : le Contre Callippos (Or. 52) du Pseudo-Démosthène 31 illustre, à travers la figure de Lycôn, un négociant héracléote de blé, proxène d’Athènes, le prestige de la colonie. La cité d’Héraclée entretenait grâce à ses ressources naturelles (blé, poissons, bois, miel, noix) un commerce florissant avec l’Attique ainsi que des relations politiques : on sait, par exemple, qu’Héraclée avait payé tribut à la ligue athénienne pendant la guerre du Péloponnèse (425-424).

construction des savoirséducationcycle éducatif espaces savantslieuécoleAu moment où les écoles d’Isocrate et de Platon sont en plein essor, il était difficile d’échapper à l’attraction de la capitale culturelle du monde grec. Le contingent d’Héracléotes dans l’école de Platon 32 est impressionnant, à commencer par Cléarque 33, qui a aussi suivi pendant quatre ans – c’est-à-dire un cursus complet – les cours d’Isocrate. Avant qu’il devienne tyran dans sa cité et fonde une dynastie locale (364 / 363-353 / 352), son comportement et son attitude furent ceux d’un kalos kagathos, un « honnête homme », très doué, dit-on, pour la philosophie34. Il fut métamorphosé par l’exercice du pouvoir. Son modèle était le tyran Denys de Syracuse 35, et il nourrissait l’ambition de réunir, à sa cour, un milieu intellectuel d’anciens platoniciens comme lui.

acteurs de savoirstatutdiscipleÀ la même époque, on compte, parmi les disciples de l’Académie, Chion, qui avait d’ailleurs orchestré l’assassinat de Cléarque 36. Le père de Chion, Matris, aurait été l’un des amis de Socrate 37. On fréquentait les écoles philosophiques athéniennes de père en fils comme en témoignent Amyclas, un élève de Platon, et son fils, Isokratès d’Apollonia, qui vint étudier auprès de Platon et aussi d’Isocrate. Tous ces jeunes gens faisaient partie d’une riche aristocratie citadine qui avait les moyens de parfaire son éducation à l’étranger. Si ces Pontiques ambitieux ont choisi Athènes, c’est parce qu’ils retiraient pour eux-mêmes une part du prestige de la cité. Le célèbre Héraclide du Pont (Pontikos 38, surnommé ironiquement Pompikos, « Pompeux ») est représentatif de ces élites. Déçu de ne pas avoir été élu à la tête de l’école de son maître Platon, et après un séjour dans l’école d’Aristote, il retourna dans sa patrie, où il finit ses jours. On ignore s’il y fonda une école à son retour. Héraclide, dans son grand âge, fut peut-être le maître de Denys d’Héraclée 39, avant que celui-ci ne rejoigne Zénon à Athènes, puis l’école cyrénaïque. Un autre lettré héracléote important, le péripatéticien Chamailéôn, a pu aussi figurer parmi ses disciples40.

La cité avait une vie culturelle dynamique dont on peut suivre l’évolution, à partir du v e siècle et jusqu’à l’époque romaine 41. C’est dans cette ville du Pont que l’on trouve le meilleur exemple d’une historiographie locale. Son représentant le plus fameux est Memnon, dont l’œuvre fut résumée par le patriarche Photius 42. La cité exportait même ses intellectuels, comme le péripatéticien Épicratès 43, professeur de philosophie au gymnase de Samos (iii e-ii e siècle av. J.-C.), ou Euxène d’Héraclée, qui s’établit à Égées de Cilicie et fut le maître d’Apollonios de Tyane (i er siècle apr. J.-C.)44. Bien que les relations avec Athènes aient été plus étroites à l’époque classique, elles semblent se poursuivre à l’époque hellénistique, comme le prouve la présence des éphèbes héracléotes dans les inscriptions athéniennes, à partir de 123-122, date de la première attestation d’étrangers parmi les éphèbes athéniens45.

acteurs de savoirstatutmaître acteurs de savoircatégorie socialeéliteLe retour de plusieurs lettrés à Héraclée suggère qu’il existait dans leur ville un milieu culturel susceptible de les intégrer ou, du moins, qu’ils en formèrent un. De retour au pays, ces Héracléotes, férus de culture grecque, ont vraisemblablement essayé de faire de leur cité une réplique d’Athènes. Ils ont cherché à appliquer les préceptes de leurs maîtres les plus réputés, comme Platon et Isocrate, pour assurer la formation, à Héraclée, d’une élite à la fois politique et intellectuelle ; ce fut le cas surtout de Cléarque qui avait les moyens matériels et la formation nécessaires à un tel projet. On remarque la valeur exemplaire de l’un des « exploits » les plus vantés de l’histoire athénienne : le tyrannicide, aussi nécessaire qu’impuni. Après l’assassinat de Cléarque, Chion se considéra, en effet, comme le libérateur d’Héraclée 46.

acteurs de savoirmodes d’interactioncompétitionLa rivalité des Héracléotes avec les grands centres de l’hellénisme, toutefois, ne s’arrête pas là : les sources attestent la fondation, à Héraclée, de la première bibliothèque publique du monde grec, à l’instigation du tyran Cléarque 47. Il ne s’agit que d’une mention brève faite par Memnon, et nous ne savons rien de l’étendue de cette institution, de sa composition ou de son fonctionnement. On peut raisonnablement supposer que la bibliothèque était placée sous le patronage du monarque, comme à Alexandrie ou à Pergame. La bibliothèque faisait de cette cité de la mer Noire un pôle de culture où se trouvaient réunis les textes essentiels de l’hellénisme.

Vers la fin de l’époque hellénistique, Pompée trouva à Sinope 48, non loin d’Héraclée, une magnifique bibliothèque, qui avait appartenu au roi du Pont, Mithridate Vi Eupator 49. Pompée la transporta à Rome. Grand amateur de livres et protecteur de la culture grecque, orateur disert et fort cultivé, Mithridate s’était entouré, à la Cour, d’un cercle de poètes, de philosophes, d’historiographes et d’intellectuels. Chargés des plus hautes fonctions, ceux-ci étaient au nombre des philoi (« amis ») du roi. Mithridate était parvenu ainsi à créer dans son royaume, en marge du monde grec, une colonie de l’éloquence et du savoir polymathique.

Tous ces indices font des villes comme Héraclée ou Sinope des centres de culture à la périphérie du monde grec. Ces cités devaient leur statut au patronage des tyrans et des monarques, à leur développement économique et sans doute aussi à l’action d’intellectuels formés dans les grands centres du monde grec, qui, de retour chez eux, s’attachaient à former de nouvelles élites. Les étudiants revenus dans leur pays apportaient avec eux le ton et les valeurs d’une époque et favorisaient la synchronisation culturelle de leurs cités avec le reste du monde grec. En tentant d’imiter les pratiques de ces centres où ils avaient reçu leur formation, d’appliquer des modèles admirés et de mettre en place des institutions comme les bibliothèques, ces intellectuels tenaient lieu de points de référence pour leurs concitoyens.

La voie de l’hellénisme : la Propontide

acteurs de savoirstatutexpertLa mobilité culturelle ne se limitait pas aux voyages d’études. Il nous faut évoquer la circulation d’autres types d’hommes de savoir : les spécialistes d’un art, vrais « professionnels de l’itinérance ». Les villes situées au sud du Pont avaient leurs propres spécialistes grâce à la proximité de la Méditerranée qui rendait plus faciles les voyages d’études pour tous les types de formation ; la Propontide, en revanche, était le lieu de passage obligé pour les habitants des régions Nord et de l’Ouest qui désiraient partir en quête d’instruction ou recruter les praticiens d’un art.

Si de jeunes Pontiques aisés ont continué à visiter les centres les plus prestigieux50, leur cas reste pourtant exceptionnel. La plupart des jeunes gens qui désiraient s’instruire choisissaient des centres plus proches et moins coûteux : ainsi, Satyros, fils d’Héragorès d’Apollonia, reçoit son instruction à Périnthe (aux v e-iv e siècles), et Méidias d’Istros meurt à Cyzique, au cours de ses études (au tout début de notre ère)51. Cyzique semble avoir été un centre culturel assez important : les fils des familles aisées, voire des familles royales d’Asie Mineure, du Pont et de Thrace, venaient parfaire leur éducation dans cette ville universitaire (équivalente pour ces régions d’Athènes, de Pergame ou de Lampsaque)52. Elle était un important carrefour économique, ce qui facilitait la circulation de l’information et la formation des réseaux. Ces derniers jouaient un rôle essentiel dans le recrutement des spécialistes, tel le médecin Dioklès, fils d’Artémidôros, honoré par un décret à Istros, au ii e siècle avant J.-C. 53 :

pratiques savantespratique discursiveconférenceattendu que Dioklès, fils d’Artémidôros de Cyzique, médecin, a été mandé par le peuple et, après de nombreuses conférences [et explications], il eut du succès dans toutes les circonstances et à la requête des magistrats à cause de cela, a exercé chez nous la fonction de médecin public [pendant plusieurs années ?] […].
Figure 1. Décret pour le médecin Dioklès de Cyzique.
Décret pour le médecin Dioklès de
            Cyzique.

construction des savoirsvalidationréputation typologie des savoirsdisciplinessciences appliquéesmédecineOn peut supposer que Dioklès était un médecin connu, soit de réputation, soit à titre personnel, par des citoyens d’Istros qu’il avait soignés à Cyzique et qui étaient sans aucun doute satisfaits de ses soins. De ce fait, le peuple d’Istros envoya une ambassade dans la ville de la Propontide, pour solliciter ses services. Pourtant, Dioklès a dû faire la preuve de ses connaissances en donnant des conférences : la parole du médecin constituait, avec la recommandation de son maître ou de son école, le seul critère d’appréciation et de jugement pour son recrutement par une cité. Il passa l’épreuve avec succès, et les archontes lui proposèrent la fonction de dêmosios iatros, « médecin public54 ».

Dans le cas de Dioklès, le rapport entre son métier et la paideia est évident. Si le médecin est invité à donner des akroaseis (« conférences ») devant les éphèbes et les néoi (« les jeunes »), mais pas uniquement, c’est parce que le contenu de son discours a la même valeur culturelle que celui des rhéteurs, des poètes, des historiens, des grammairiens, des philosophes ou des musiciens55.

Les villes qui envoient leurs spécialistes à l’étranger bénéficient en retour d’un essor économique remarquable. Plus proches des centres consacrés, ces cités favorisent les déplacements et, entrant plus facilement en relation avec le monde méditerranéen que des cités plus éloignées, elles fournissent les professionnels nécessaires à ces contrées. La Propontide, à laquelle s’ajoute, à l’époque impériale, la province de Bithynie 56, permet, du fait même de sa position géographique, le passage des personnes, des biens et des idées entre le Pont et le monde grec. Cette zone privilégiée de médiation est la véritable voie d’entrée de l’hellénisme dans le Pont-Euxin.

Une dynamique des échanges

Figure 2. Carte des relations culturelles du Pont-Euxin.
Carte des relations culturelles du
            Pont-Euxin.

espaces savantscirculationvoyage espaces savantsterritoirepériphérieLe pouvoir d’attraction de certains centres, écoles ou maîtres en vogue à une époque donnée répond aux traditions locales de formation intellectuelle, comme le voyage d’études à Athènes pour les jeunes aristocrates d’Héraclée du Pont ou du royaume du Bosphore. Encore faut-il souligner l’existence de plusieurs zones dans le Pont-Euxin qui entretiennent des relations avec des centres différents, en fonction de leurs intérêts, de leur emplacement géographique et de leurs degrés d’éloignement et d’accessibilité. La périphérie serait-elle une notion relative qui se déclinerait elle-même en degrés ? Même à la périphérie, il y a des centres culturels locaux ou régionaux comme Héraclée du Pont ou Sinope qui ont pu devenir attractifs grâce à leurs milieux culturels et au patronage des monarques. Le fait que les cités de la Propontide aient été des centres de culture, pour les Grecs des côtes nord et ouest du Pont-Euxin et même pour la côte sud, s’explique par la proximité géographique de ces villes, qui offrent la possibilité de s’instruire ou de recruter les spécialistes d’un art, de développer une activité intellectuelle sans dépenses excessives, et cela sans avoir à entreprendre de voyage lointain. C’est donc leur accessibilité qui les rend attrayantes aux yeux des Pontiques.

Les logiques de la circulation culturelle font apparaître, à travers différentes configurations de l’espace, la nature dynamique des rapports entre le centre et la périphérie. Dans ce binôme, le centre est constitué par des cités qui, à un moment donné, connaissent un essor remarquable ; la périphérie correspond à des régions qui, tout en étant définies par rapport au(x) centre(s), contribuent, aussi, à le(s) construire comme tel(s). Si un centre devient un point de référence et d’attraction, c’est parce que la périphérie le construit et se définit par rapport à lui.

Notes
1.

Ma, 2003, p. 9-39 ; le concept est emprunté aux archéologues Colin Renfrew et John F. Cherry (éd.), Peer Polity Interaction and Sociopolitical Change, Cambridge, 1986.

2.

Comme le montre une étude récente, à l’époque hellénistique les centres politiques (Pella, Alexandrie, Antioche, Pergame, Rhodes, Rome) ne correspondent pas forcément aux centres culturels (Athènes, Alexandrie, Pergame, Rhodes, plus tard Rome). Ainsi, un centre intellectuel est le plus souvent aussi un centre politique, mais la réciproque n’est pas toujours vraie. Voir Engberg-Pedersen, 1993, p. 284-315.

3.

Voir, en général, Hatzopoulos, 1987, p. 118-129.

4.

Isocrate, Sur l échange (Or. 15), 224 et 226. Sauf mention contraire, toutes les traductions sont celles de la Collection des universités de France.

5.

Denys D’Halicarnasse, Opuscules rhétoriques, tome I, Les Orateurs antiques. Isocrate, 1, 5-6.

6.

Isocrate, Sur une affaire de banque (Or. 17), 1 et 56 : « Moi, qui habite dans le Pont et y ai une fortune suffisante pour rendre service aux autres. »

7.

Sur Philomélos, voir Isocrate, Sur l échange (Or. 15), 93 ; Lysias, Sur les biens d Aristophane (Or. 19), 15 ; Sur Ménéxénos, voir Isée, La Succession de Dikaiogénès (Or. 5).

8.

Isocrate, Sur une affaire de banque (Or. 17), 4 : kata théôrian (« pour étude »). Même expression employée dans le cas de Solon, qui voyage kata théôrian  : Hérodote, 1, 29 ; Aristote, République des Athéniens, 11, 1 ; Plutarque, Solon, 5, 25. Le héros scythe de Lucien affirme qu’il est venu à Athènes en raison de son désir ardent pour la culture grecque (« epithumiai paideias tês Hellênikês », Toxaris, 57).

9.

Les exportations de blé à destination de l’Attique sont attestées dès l’époque des guerres médiques, cf. Hérodote, 7, 147.

10.

Démosthène, Contre Leptine (Or. 20), 31 ; Isocrate, Sur une affaire de banque (Or. 17), 29 et 57. Pairisadès, le fils de Leucon, accordait lui aussi des privilèges, cf. Démosthène, Contre Phormion (Or. 34), 36. Voir aussi Contre Leptine (Or. 20) ; Contre Lacritos (Or. 35).

11.

Pour ces relations privilégiées, voir Braund, 2003, p. 197-208. Plusieurs décrets athéniens en faveur des souverains du royaume du Bosphore sont d’ailleurs conservés : 1) pour les fils de Leucon, Spartocos, Pairisadès et Apollonios, avec la mention des honneurs pour leur père : IG, II 2, 212 = Syll 3, 206 ; 2) pour Spartocos III, en 289, 288 : IG, II 2, 653 = Syll 3, 370 ; 3) des statues en bronze, dans l’agora, pour Pairisadès, Satyros et Gorgippos : Dinarque, Contre Démosthène (Or. 1), 43.

12.

Voir le mépris de son adversaire Eschine pour ce « barbare qui parle grec », cf. Contre Ctésiphon (Or. 3), 171.

13.

Curty, 1995, no 24 e, p. 48-52.

14.

Discussion générale sur Isokratès dans Firicel-Dana, 2001-2003, p. 46-51.

15.

Souda, s.v. Isokratès (I 653).

16.

Speusippe, F 156 Isnardi Parente (Épîtres socratiques, 30, 14 Orelli).

17.

Speusippe, F 156 Isnardi Parente.

18.

Markle, 1976, p. 80-99.

19.

Cf. Aristote, F 83 Rose = F 793 Gigon ; Athénée, I 6 D ; Ménandre, La Samienne, 178-186, 188-191, 192-193, 588-589 – Nikératos et Déméas, de retour du Pont, n’ont que des impressions désagréables à rapporter, notamment l’absence des « nobles spectacles » ; pourtant, l’existence des théâtres, ainsi que d’autres manifestations culturelles, y est pleinement attestée du point de vue épigraphique et archéologique ; voir aussi Athénée (VIII 349 D), au sujet de la visite de Stratonikos d’Athènes, cithariste et humoriste célèbre, à la cour du royaume de Bosphore.

20.

Habicht, 2000, p. 123-129 (les écoles philosophiques) ; Ostwald, 1992, p. 306-369.

21.

Sous Ptolémée VI Philométôr (181-145 av. J.-C.). Voir Schneider, 2000b ; Firicel, 2001-2002, p. 149-154.

22.

Canfora, 1993, p. 11-29.

23.

Cf. Jacob, 1996a, p. 50 et 54. Voir aussi Jacob et Polignac, 1992.

24.

Jacob, 1996a, p. 49.

25.

Photius, Bibliothèque, cod. 213, 171 a.

26.

Sur ces pratiques, voir le livre de Dorandi, 2000.

27.

Selon Démétrios de Magnésie, chez Diogène Läerce, 5, 94.

28.

Bloch, 1940, p. 38-39.

29.

Sur l’érudition et l’encyclopédisme alexandrins, voir Jacob, 1996a, p. 47-83, et 1996b, p. 47-49.

30.

Voir Burstein, 1976.

31.

Callippos était proxène héracléote et ami d’Isocrate, cf. Sur l échange (Or. 15), 93-94.

32.

Desideri, 1991, p. 14, évoque une « colonie intellectuelle » héracléote à Athènes.

33.

Robiano, 1994, p. 415.

34.

Photius, Bibliothèque, cod. 224, 222 b : « Ce n’était pas, dit-il [Memnon], un homme étranger à la culture philosophique ; il s’était même trouvé parmi les auditeurs de Platon et avait été pendant quatre ans l’élève du rhéteur Isocrate » ; Isocrate, Lettre VII, 12-13.

35.

Cf. Diodore, 15, 81.

36.

Souda, s.v. Kléarchos.

37.

On lui attribuait un corpus de lettres, certainement apocryphes, cf. Düring, 1979 ; Chion, Lettre V.

38.

Gottschalk, 1980.

39.

Diogène Laërce, 7, 166.

40.

Schneider, 2000a, p. 563-568.

41.

Timagénès De Milet, Sur Héraclée du Pont et sur ses hommes illustres (en trois livres), FGrHistCont, 1116 T 1.

42.

Memnon, FGrHist, 434 (chez Photius, Bibliothèque, cod. 224).

43.

Puech, 2000, p. 105-106.

44.

Philostrate, Vie d Apollonios, 1, 7 (et Souda, s.v. Euthydèmos) ; Euxène d’Héraclée enseigna à Apollonios la philosophie pythagoricienne, alors même que l’Héracléote était un épicurien dévoyé.

45.

En 119-118, cf. IG, II 2, 1008.

46.

Cf. Chion, Lettre XVII.

47.

Photius, Bibliothèque, cod. 224, 222 b : « Il se constitua une bibliothèque avant tous ceux que le pouvoir a rendus célèbres. »

48.

Sinope devait sa célébrité dans le monde grec à son « édition politique » de l’œuvre d’Homère. Il est intéressant que, à l’exception de l’édition de Pisistrate à Athènes, la majorité de ces éditions « selon les villes » se place à la périphérie du monde grec. Parmi les cités qui se vantaient d’être la patrie d’Homère, on trouve Cromna, une petite bourgade au sud de Pont-Euxin, cf. Robert, 1970, p. 262-265 : une inscription gravée sur un hermès : Homêros Kromneus.

49.

Pline, Histoire naturelle, 25, 2, 7 ; 23, 77, 149.

50.

Deux éphèbes à Athènes, Kratès d’Odessos : IG, II 2, 1006 et 1031, en 123-122 avant J.-C. ; un anonyme de Kerkinitis : IG, II 2, 1008, col. IV, 114, en 119-118 avant J.-C.

51.

Satyros, in IGB V, 5155 ; Méidias, in ISM I, 267.

52.

Un écrivain de Cyzique, Teukros (ca. 100-50 ?), avait écrit un ouvrage en trois livres sur l’éducation des éphèbes dans sa cité : Souda, s.v. Teukros  ; Hasluck, 1910, p. 177 et 258-259 (ainsi, Antiochos Ix a parfait son éducation à Cyzique, son frère Grypos à Athènes).

53.

ISM I, 26 = Samama, 2003, no 98 ; Massar, 2001, p. 183 ; Roesch, 1984, p. 282-283 et 289.

54.

Sur la sélection des médecins publics et l’évaluation des compétences, voir Platon, Gorgias, 454-455 et 456 b-c ; Xénophon, Mémorables, 4, 2, 5. Jori, 1995, p. 411-413.

55.

Guarducci, 1927-1929, p. 629-630 ; pour les historiens, Chaniotis, 1988, p. 365-372.

56.

Pour les relations privilégiées de la Bithynie avec le Pont-Euxin, voir Robert, 1980, p. 80-85 ; Fernoux, 2004, p. 267-273.

Appendix A Bibliographie

Sources
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  3. FGrHistCont : Felix Jacoby, Die Fragmente der griechischen Historiker. Continued, Leyde-Boston-Cologne, 1998-.
  4. IG : Inscriptiones graecae, Berlin, 1903-.
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  7. Syll 3 : Wilhelm Dittenberger et al., Sylloge inscriptionum graecarum, 4 vol., Leipzig, 1915-19243.
Autres références
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  3. Buraselis, 1993 : Kostas Buraselis, « Ambivalent Roles of Centre and Periphery. Remarks on the Relation of the Cities of Greece with the Ptolemies until the End of Philometor’s Age », in P. Bilde et al. (éd.), Centre and Periphery in the Hellenistic World, Aarhus, p. 251-270.
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