Philippe Artières, Jean-François Bert, Pascal Michon, Mathieu Potte-Bonneville, and Judith Revel

inscription des savoirslivrebibliographie espaces savantslieubibliothèqueRevenant sur la genèse de son premier et grand livre, Folie et déraison. Histoire de la folie à l’âge classique, Michel Foucault soulignait dans la préface combien le travail en bibliothèque sur les sources avait été essentiel dans son analyse et, paradoxalement, comment l’absence de références bibliographiques avait été dictée par l’objet même qu’il s’était proposé de traiter : « Au cours de ce travail, il m’est arrivé de me servir du matériau qui a pu être réuni par certains auteurs. Le moins possible toutefois, et dans les cas où je n’ai pas pu avoir accès au document lui-même […]. Et peut-être la partie, à mes yeux, la plus importante de ce travail est-elle la place que j’ai laissée au texte même des archives. Pour le reste, il a fallu se maintenir dans une sorte de relativité sans recours […] un langage sans appui était donc nécessaire2. »

Ce langage sans appui constitue, tout au long des années suivantes, jusqu’à l’ultime opus publié de son Histoire de la sexualité, l’une des marques de fabrique du philosophe. Notes manquantes, références partielles, citations tronquées sont non seulement présentes dans les ouvrages auxquels Foucault, par ailleurs, apportait le plus grand soin, mais elles sont même revendiquées, au même titre que l’expérience physique des voyages (Japon, Iran, Pologne, etc.), ou que certaines interventions militantes (le Groupe Information Prison), comme faisant partie de la posture du philosophe3.

construction des savoirspolitique des savoirsstratégie construction des savoirslanguestyleCes stratégies d’écriture ont jusqu’à présent fait l’objet de jugements plus que d’analyses internes et historiennes : les uns y voyant son extraordinaire capacité à élargir l’espace de la philosophie vers de nouveaux objets, tel Paul Veyne dans son fameux article de 1978 « Foucault révolutionne l’histoire4 » ; les autres la preuve du caractère approximatif de sa pensée, voire de son arbitraire5.

Michel Foucault chez lui.
Figure 1. Michel Foucault chez lui.

acteurs de savoirstatutauteurDans tous les cas, cette posture contribua à singulariser Foucault comme auteur – ce qu’il ne voulait pas être – et à accroître l’écart méthodologique avec les historiens, les philosophes et, plus globalement, l’ensemble des sciences sociales6.

acteurs de savoirqualités personnellescharisme acteurs de savoirstatutgénie construction des savoirstraditionoriginalitéLa construction biographique posthume de Michel Foucault a largement nourri, elle aussi, cette représentation d’un penseur « nomade » qui n’hésite pas à juxtaposer dans ses « diagnostics » des lieux multiples, de la folie et de la prison à l’histoire des sciences humaines ou à la littérature7 ; image doublée, si l’on suit les récits qu’en font Claude Mauriac, Gilles Deleuze ou Michel de Certeau, de celle d’« un esprit brillant (un peu trop), [qui] étincelle de formules incisives […], amuse […], éblouit8 », aux jugements lumineux, à la présence charismatique.

Michel Foucault, non sans malice, participa de ce portrait en « escrimeur » (Mauriac), acceptant de poser pour les photographes en situation d’écrivain, assis devant sa bibliothèque, rieur, semblant dégagé de toute contrainte, déclarant aussi ne pas être un simple écrivain, mais d’abord « un marchand d’instruments, un faiseur de recettes, un indicateur d’objectifs, un cartographe, un releveur de plans, un armurier9 ».

inscription des savoirsécriture Daniel Defert précise qu’il y avait dans la chaîne d’écriture de Foucault au moins trois moments distincts : « D’abord la version de ce qu’il ne fallait pas dire, qu’on pensait un peu spontanément. Ensuite, il y avait la reprise de tout ça à partir d’un travail de recherches, ce qui demandait facilement trois ans. Une fois ce travail de recherches fait, il y avait une réécriture10. »

pratiques savantespratique lettréelecture construction des savoirsépistémologiesignetraceLa publication en volumes de 360 items dispersés (articles, conférences, préfaces, entretiens), intitulés les Dits et écrits, et l’édition de son enseignement au Collège de France renseignent sur la manière dont Foucault articulait différentes scènes d’écriture, de la recension d’un livre, à l’article scientifique jusqu’au cours professé en public… Ces textes permettent d’ouvrir un nouveau terrain d’enquête sur les traces de Michel Foucault en bibliothèque qui informerait, de manière inédite, sur les procédures de lecture qui étaient les siennes. Autrement dit, il s’agit d’analyser ces gestes minimes, répétés quotidiennement, qui font le métier d’intellectuel dans la seconde moitié du xx e siècle.

espaces savantslieuatelierCette double approche du travail de Foucault ne contribue pas seulement, comme nous voudrions le montrer ici, à une histoire matérielle du travail intellectuel ; elle éclaire des concepts aussi centraux chez Foucault que ceux d’auteur, d’œuvre, d’archive et d’histoire. En un mot, elle nous place au cœur de l’atelier foucaldien…

Écrire des livres, rédiger des articles, professer un cours : l’auteur selon Foucault ?

Le livre / l’article

construction des savoirséducationchaire universitaire inscription des savoirsgenre éditorialarticleLa recherche de Foucault a été travaillée par des changements internes qui engagent tout aussi bien l’outillage conceptuel utilisé que la méthodologie revendiquée, les champs d’enquête investis que les emprunts déclarés à tel ou tel auteur, les influences en partie occultées ou les efforts de périodisation historique11. Il est sans doute moins courant de s’intéresser à la manière dont Foucault a distribué à l’intérieur de son propre travail les énoncés, les hypothèses, les analyses et les constructions théoriques dont il émaille son propre parcours : une distribution qui, dès les années 1960, s’effectue dans une très large mesure à travers les livres qu’il publie, mais qui ne s’y réduit pas. Il existe en effet, avant même que Foucault ne devienne professeur au Collège de France en 1970, un usage spécifique de ce que l’on pourrait nommer la production extra-livresque – comptes rendus, préfaces, articles journalistiques, entretiens, etc. Tous ces textes épars, réunis aujourd’hui dans leur presque totalité, rendent nécessaire l’identification chez Foucault de différents niveaux d’écriture qui permettent en particulier de cerner le statut du « hors-livre ».

Gilles Deleuze a, il y a longtemps, proposé une lecture de l’Éthique de Spinoza 12 qui tienne compte du différent mouvement des propositions et des scolies : « Il y a donc comme deux Éthiques coexistantes, l’une constituée par la ligne ou le flot continus des propositions, démonstrations et corollaires, l’autre, discontinue, constituée par la ligne brisée ou la chaîne volcanique des scolies13. » Sans doute pourrait-on discerner chez Foucault un phénomène analogue, dans la mesure où les grands livres et le « hors-livre » qui leur est contemporain entretiennent un rapport à la fois évident et contradictoire. Tout se passe en effet comme si les textes périphériques étaient à la fois le laboratoire des livres – là où les thèmes de recherche se dessinent, où les concepts se forgent et où les emprunts apparaissent de manière explicite – et, après leur publication, le lieu de leur critique radicale. On trouve ce rapport de genèse/déprise pour toutes les œuvres de Foucault, et le croisement de deux régimes d’écriture qui se conditionnent et se minent réciproquement empêche en réalité la fixation de quelque chose qui viendrait produire l’unité de la recherche conçue comme un « motif » ou comme un monogramme de la pensée foucaldienne. La contradiction qui peut exister entre les deux plans ne diminue en rien la cohérence du projet – mieux : elle la fait avancer dans un jeu de relance permanente tout à la fois des concepts et des thèmes de la recherche, parce que le discontinu est le gage de la mobilité de la pensée et de son exigence.

Ainsi un étrange rapport s’instaure-t-il, dans les années 1960, entre une description archéologique des discours – sur la folie, sur la clinique, dans la constitution des sciences de l’homme et de la nature – qui n’admet aucune extériorité (puisque le propre de l’organisation des savoirs à partir de l’âge classique est précisément l’inclusion de l’altérité : la raison comme inclusion de la déraison, la taxinomie comme prévision de l’exception, etc.), d’une part, et, de l’autre, cet étrange recours à un « dehors14 » emprunté à Maurice Blanchot qui hante au contraire les textes « périphériques » de la même époque ; comme s’il s’agissait de lancer contre son propre discours – inévitablement porteur d’ordre – une parole de désordre qui en mine l’assise et la complétude, c’est-à-dire la clôture. Que l’on se souvienne encore, dix ans plus tard, du même jeu qui s’instaure, autour de la publication de Surveiller et punir, entre la notion de discipline (au cœur du livre) et celle immédiatement postérieure de biopouvoirs, la seconde apparaissant à la fois comme le prolongement et le dépassement de la première.

Cours

pratiques savantespratique corporelleparole construction des savoirséducation pratiques savantespratique lettréepublicationLa publication progressive des cours au Collège de France permet de mesurer combien ceux-ci furent, pour Foucault, bien plus qu’un espace dévolu à la préparation des ouvrages à venir, ou qu’un lieu d’exposition pour une pensée déjà constituée. Cette lecture, qui subordonnerait classiquement l’enseignement oral à la chose imprimée, ne résiste pas à l’analyse, à mesure que les volumes des Cours débordent par leur ampleur la longueur d’étagère dévolue aux livres, et que l’on aperçoit mieux combien certains chantiers majeurs (telle l’enquête sur la gouvernementalité, sur le libéralisme, ou sur la parrhêsia grecque) ne trouvèrent jamais de traduction éditoriale, ce que la mort prématurée de l’auteur ne suffit pas à expliquer : c’est bien une autre scène de la pensée que ces cours circonscrivent, scène nouant avec l’œuvre publiée des relations complexes, et que Foucault paraît avoir intensément investie pour elle-même.

pratiques savantespratique discursiveL’importance et la fécondité de cette pratique du cours ne sont pas étrangères à la façon dont Foucault, dès son élection en 1970, en réfléchit les conditions sous le signe mêlé de la liberté et de l’inconfort. Si sa leçon inaugurale, L’Ordre du discours, part précisément de l’expérience de la leçon pour construire l’objet de ses recherches à venir, Foucault décèle dans la conférence qu’il prononce la trace des contraintes discursives qu’il s’appliquera à analyser ; cette expérience d’enseignement est de part en part ambiguë : à ses professeurs le Collège de France n’impose rien – sinon d’enseigner chaque année, de ne jamais faire deux fois le même cours, et d’autoriser quiconque à assister aux leçons. Liberté, régularité, publicité : quatorze ans durant, ces coordonnées institutionnelles vont circonscrire pour Foucault un véritable régime discursif. Paradoxe d’un tel régime : la règle la plus contraignante (la régularité) paraît y avoir fait l’objet de l’appropriation la plus heureuse, par la manière dont elle appelait une pratique d’écriture intense et permanente, une rédaction toujours plus minutieuse au fil des années, tout en délivrant Foucault d’avoir à décider ou non d’une éventuelle publication ; inversement, la règle instaurant entre le professeur et ses auditeurs une liberté entière et réciproque se révéla à l’usage la plus redoutable, par l’obstacle qu’elle mettait à tout travail en commun dès lors que la célébrité croissante de Foucault lui assurait une audience pléthorique. Ainsi forme-t-il régulièrement le vœu d’un séminaire restreint et parallèle au cours (ou comme il le dit ironiquement : « Off Broadway 15  »), et va jusqu’à suggérer que le déplacement final de sa recherche vers l’Antiquité tient peut-être à ce que l’on peut avoir à sa disposition les sept cents volumes de la collection Budé, cependant qu’une exploration des archives modernes et contemporaines supposerait un groupe de recherches institutionnellement impossible16. Ce regret du « séminaire fermé » eut toutefois sa contrepartie : parce qu’elle interdisait le partage entre exposé théorique solitaire et examen collectif des matériaux documentaires, la règle du Collège de France obligea Foucault à radicaliser la dimension exploratoire de sa recherche jusque dans sa parole tenue ex cathedra ; exacerbant la forme du cours magistral, elle portait à la subvertir, l’examen des archives venant occuper le lieu même du discours professoral, en une forme d’« insurrection des savoirs assujettis17 ».

pratiques savantespratique discursivecoursSi donc les cours « ne reconduisent pas totalement l’ordre du discours », ce n’est pas que, par nature, « la pensée parlée ne se loge pas entièrement dans les formes de pouvoir-savoir qui sont à l’origine des discours ordonnés en textes écrits »18 ; cela tient plutôt à ce qu’ils circonscrivent l’espace d’un exercice, Foucault s’appliquant à en majorer la dimension transformatrice. De là découle un double mouvement dans l’élaboration de la pensée. Au sein de chaque cycle annuel de cours, d’abord, la problématique se déplace : en témoigne le décalage entre le titre de ces séries de séances, que Foucault devait transmettre à l’avance, et le contenu effectif des cours ; le « résumé du cours » rédigé au terme de l’année tâche alors, habilement, de justifier l’intitulé, cependant que Foucault, en séance, indique plus franchement, par exemple : « Si j’avais voulu donner au cours que j’ai entrepris cette année un titre plus exact, ce n’est certainement pas Sécurité, territoire, population que j’aurais choisi19. » Mais il semble aussi qu’au fil du temps l’usage même de la forme-cours se soit déplacé. Si les cycles des premières années témoignent, chacun à part soi, d’une économie et d’une unité proches de celles des livres – s’ouvrant, comme Surveiller et punir, sur telle archive particulièrement saisissante ou choquante20 –, une inflexion voit Foucault, à partir de 1975, enchaîner les déplacements conceptuels et historiques de manière beaucoup plus déliée, distendant les séances en sessions de deux heures, prolongeant une même question d’une saison l’autre, ou s’autorisant à donner à un excursus l’ampleur d’une année pleine : ni vraiment cours ni vraiment livre, L’Herméneutique du sujet se donne en 1982 comme un extraordinaire moment de pensée21, qui déploie sur douze séances ce qui sera réduit, dans Le Souci de soi, à un bref chapitre. Le renouvellement théorique, ici, est directement fonction de la liberté conquise, via les cours, vis-à-vis de l’obligation de publier et du calendrier de publication ; et de la liberté conquise, au sein même des cours, vis-à-vis de l’exigence d’avoir à justifier, systématiser et clore son propre propos.

Entretiens et dialogues

pratiques savantespratique intellectuellemémorisation pratiques savantespratique discursiveoralité pratiques savantespratique discursiveconversation inscription des savoirsgenre éditorialdialogueDans cet ensemble en transformation, où situer les multiples entretiens, dialogues et tables rondes que rassemblent les volumes des Dits et écrits ? Ceux-ci, en effet, sont un contrepoint constant à l’œuvre, exercice auquel Foucault se prête dès 1961, lors de la publication de l’Histoire de la folie 22, et auquel, épuisé, il consentira encore en 1984 quelques jours avant son ultime hospitalisation23. On ne peut bien entendu considérer comme homogène cette masse de propos dont les interlocuteurs et les circonstances varient sans cesse ; reste qu’une telle constance invite à réévaluer la pratique de l’entretien, non pas seulement comme une concession inévitable aux canons journalistiques ou comme une mise en scène complaisante de son personnage d’intellectuel, mais tout autant comme « le protocole d’un exercice », à l’image de ces exercices de mémoire antiques thématisés dans les dernières années, et où le sage est convié à se retourner vers ses actions pour se laisser transformer par cette remémoration même.

On pourrait trouver étrange ce goût de la prise de parole à la première personne chez un penseur acharné à contester que l’Auteur puisse faire loi sur ses livres, jusqu’à répondre à son éditeur, soucieux d’obtenir une nouvelle préface pour la republication de l’Histoire de la folie : « Supprimons donc l’ancienne, telle sera l’honnêteté24. » Les deux gestes, pourtant, sont profondément cohérents : là où, attachée au livre, la préface prétend lui assigner une fois pour toutes une identité contre les aléas de la réception, l’entretien constitue au contraire une forme de paratexte « libre », comme on le dirait d’un électron, nouant avec les publications qu’il glose un rapport labile et conjoncturel, offrant une grille d’interprétation variable selon les contextes, les adresses, les périodes. Supprimer une préface, multiplier les entretiens sont alors deux manières opposées pour Foucault d’ouvrir son archéologie sur la diversité des événements et des discours suceptibles de lui donner un nouveau sens – sans que ce sens apparaisse jamais comme définitif, de n’être pas inscrit dans l’œuvre mais rôdant sur ses bords.

Aussi les entretiens assurent-ils souvent vis-à-vis du « noyau dur » des analyses archéologiques un double rôle, d’accompagnement et de démarcation ; leur fonction est non seulement de proposer une relecture de l’œuvre en perpétuelle variation, mais d’établir vis-à-vis de son entour une relation et une différence. Cela vaut, d’une part, entre archéologie et actualité : on ne saurait dissocier la publication de Surveiller et punir et la série des entretiens sur la situation carcérale contemporaine accordés entre 1971 et 1976 25, ou la préparation des derniers tomes de l’Histoire de la sexualité et les entretiens consacrés à la culture gay de la même période26 ; pour autant, ils établissent également en quoi on ne peut confondre la situation des prisons aujourd’hui et celle du xix e siècle, et en quoi la culture gay contemporaine, si elle peut retrouver dans la question antique du souci de soi un certain sens du problème, ne saurait lui emprunter ses solutions. D’autre part, ce même jeu de liaison-déliaison est constitutif des entretiens que Foucault mène avec les représentants des différentes disciplines qu’il croise, qu’ils soient psychanalystes, historiens ou travailleurs sociaux27. La tension propre à ces entretiens, sur la ligne de crête entre intensité et agressivité, n’est pas circonstancielle ; elle tient à ce que Foucault y explicite, pour ses interlocuteurs mais tout autant pour lui-même, son intérêt et sa distance – à l’image des dialogues, fictifs ceux-là, qui ponctuent les livres et y font résonner ce même lien entre recherche de la vérité et situation d’une altérité.

inscription des savoirsgenre éditorialbiographie– Vous n’êtes pas sûr de ce que vous dites ? Vous allez de nouveau changer ? […)]
– Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même. C’est une morale d’état civil ; elle régit nos papiers. Qu’elle nous laisse libres quand il s’agit d’écrire28.

pratiques savantespratique manuelledécoupageSi l’on aborde à présent le travail foucaldien, non plus à partir des différents lieux de savoir, mais suivant les actes qu’opère le philosophe dans son travail de la pensée, on retrouve cette même stratégie, cette identique capacité à construire un espace de la pensée par des actes de sélection, de découpe et de restitution qui ne définissent pas une méthodologie qui serait extérieure à l’œuvre mais qui construisent par exemple l’objet archive comme un concept opérateur, c’est-à-dire en concevant le travail comme une éthique.

Lire, prendre en note, ficher : l’archive selon Foucault ?

Ses bibliothèques

espaces savantslieubibliothèqueEn faisant de Foucault un des grands habitués de la rue de Richelieu, les biographes ont sous-estimé la géographie complexe du chercheur ; l’enquête montre en effet que la Bibliothèque nationale ne fut pas l’unique ressource du philosophe et que l’alternative ne fut pas seulement, à partir des années 1980, la Bibliothèque dominicaine du Saulchoir, rue de la Glacière ; on sait en effet qu’il y eut les bibliothèques forcées, celle d’Uppsala ou de Varsovie. On connaît moins celle, décisive, de la formation : la bibliothèque en accès libre de la rue d’Ulm où, dès les années 1900, élèves et professeurs pouvaient naviguer à leur guise, passant d’un ouvrage d’histoire des sciences à un volume de poésie. Navigation dont Foucault se régala et où l’on peut sans crainte fixer l’origine de son goût pour les traversées discursives.

On ignore surtout l’intérêt que Foucault porta à certains ensembles de manuscrits et d’archives conservés dans d’autres bibliothèques parisiennes.

Ainsi, s’agissant de l’Histoire de la folie, de nombreux témoignages attestent que Foucault a mis un point final à son manuscrit à Uppsala, profitant de la bibliothèque Carolina Rediviva où, sur plus de 21 000 documents déposés par le docteur Erik Waller, plusieurs centaines abordent la question des insensés, des maladies de l’âme et des différents traitements pour les soigner. On sait bien que c’est la nature de ces collections, et l’impossibilité à partir d’elles d’entamer une comptabilité sur le long terme de l’enfermement des insensés dans les maisons de force – pourtant essentielle à ce moment-là dans ce type de recherche en histoire, d’où l’intensité de la critique historienne – qui a déterminé les choix de Foucault.

construction des savoirséducationcycle éducatifenseignement supérieurdoctoratMais l’analyse de l’un des dossiers préparatoires de l’Histoire de la folie 29 relatif à ses recherches en bibliothèque permet d’apporter un éclairage inédit sur les pratiques informatives de Foucault, sur ses différents « savoir-faire » ou « techniques intellectuelles » qui lui sont propres au cours de la rédaction de sa thèse de doctorat d’État.

matérialité des savoirssupportsupport de conservationdossier espaces savantslieubibliothèque espaces savantslieuarchives matérialité des savoirssupportsupport d’inscriptionficheSelon le témoignage de Daniel Defert, Foucault profitait alors de ses étés pour travailler quotidiennement aux Archives nationales et à la bibliothèque de l’Arsenal : le dossier conservé est composé de 34 fiches, écrites sur un demi-A4 ou un A4 plié en deux. Il nous donne une cartographie plus précise de l’activité de Foucault : on y trouve trace de ses consultations dans différentes bibliothèques, dont la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, la Bibliothèque nationale (collection Clairambault et Joly de Fleury), mais aussi la bibliothèque du duc de La Vallière, ou encore Sainte-Geneviève. Là, le philosophe s’est intéressé à ce qui concerne la mystique hospitalière au xvi e siècle, mais surtout, et contrairement à ce que ses détracteurs avaient relevé, aux archives de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris où il s’efforce de dépouiller les 45 registres d’admissions de Bicêtre ainsi que les registres des employés et des observations, comptant très précisément les entrées entre 1784 et 1839. Ce dossier informe également sur le peu de références contemporaines. Mise à part une longue citation tiré de Funck-Brentano 30, les ouvrages recensés par Foucault étaient tous, à l’instar des Mémoires d’Henri-Louis Lomenie de Brienne conservés à Saint-Lazare pendant dix-huit ans, des textes de première main.

Saisir une épistémè

pratiques savantespratique intellectuellemise en série Foucault a souvent dit avoir écrit Naissance de la clinique avec les chutes de son Histoire de la folie, laissant entendre qu’il avait laissé de côté une partie importante des recherches menées ; sans doute Foucault, fort de cette expérience, va-t-il par la suite systématiser cette pratique en opérant des campagnes en bibliothèque qui excéderont l’ambition d’un ouvrage, véritable archive du livre à venir.

C’est avec Les Mots et les Choses que cette pratique cumulative est la plus visible : il s’agit d’élaborer la possibilité d’une autre histoire, critique celle-là, des sciences humaines, dans laquelle sont prises en compte les coupures et les discontinuités radicales à partir d’une reconstitution des débats qui organisent les différents champs du savoir. La méthode mise en place par Foucault doit permettre d’identifier les concepts par les connexions qui régissent leur emploi. L’analyse « archéologique » cherche d’abord à « reconstituer le système général de pensée dont le réseau, en sa positivité, rend possible un jeu d’opinions simultanées et apparemment contradictoires31 ». Foucault veut reconstituer le système de pensée et ce qui l’a rendu possible à partir des divisions, des croisements et des contradictions qui l’ont dessiné.

Fiche préparatoire à l’.
Figure 2. Fiche préparatoire à l’Histoire de la folie.

construction des savoirstraditionencyclopédismePour éviter toute approximation, et déterminer soit les changements, soit au contraire les coexistences ou les persistances et les modes d’enchaînement des savoirs, Foucault entreprend de tout lire :

Il ne doit pas y avoir de choix privilégié. Il faut pouvoir tout lire, connaître toutes les institutions et toutes les pratiques. […] Ce qui fait qu’on traitera dans la même foulée Don Quichotte, Descartes et un décret sur la création des maisons d’internement par Pomponne de Bellièvre 32.

matérialité des savoirssupportsupport d'inscriptionficheC’est en jouant sur l’importance acquise des auteurs et de leurs concepts qu’il s’agit de comprendre quels sont leurs effets réels sur le savoir, quels intérêts ils servent et quelles fonctions précises ils remplissent. À cette fin, Foucault procède grâce à un jeu complexe de fiches rédigées en bibliothèque qu’il articule les unes avec les autres ; à partir de ce jeu de cartes, il compose une série de figures (voir ci-dessous).

C’est en vertu de cela qu’il démontre que Marx, au contraire de Ricardo, n’a introduit aucune rupture majeure. Pis encore, qu’il s’est « logé sans difficulté, comme une figure pleine, tranquille, confortable […] à l’intérieur d’une disposition épistémologique qui l’a accueilli avec faveur et qu’il n’avait en retour ni le propos de troubler, ni surtout le pouvoir d’altérer, ne fut-ce que d’un pouce33 ».

Les « fiches » des Mots et les Choses

matérialité des savoirssupportsupport de conservationdossierCes fiches sont partagées dans cinq dossiers, titrés par Foucault qui, pour une large mesure, reprennent les grandes thématiques de l’ouvrage : « Analyse des richesses » (176 fiches) ; « Grammaire » (230 fiches) ; « Homme » (18 fiches) ; « Langage » (151 fiches) et « Histoire naturelle » (281 fiches). Nous ne pouvons confirmer que l’ordre des fiches à l’intérieur des dossiers est celui initialement donné par Foucault.

matérialité des savoirssupportsupport d'inscriptionficheCes fiches sont de trois types : fiches de prises de notes qui ont une disposition identique, fiches bibliographiques où le philosophe barre les titres des ouvrages vus, et fiches thématiques, plus rares, qui lui permettent de réunir sous un mot commun diverses lectures.

pratiques savantespratique lettréecitation inscription des savoirslivremargeLes fiches de prises de notes sont rédigées selon un même modèle : en haut à gauche est inscrit le nom de l’auteur, le titre du livre, le tome, et parfois le numéro d’inventaire ; en haut à droite la fiche est titrée par Foucault. Dans le corps de la fiche, le philosophe recopie une citation sur les deux tiers droit de la page, laissant une marge importante à gauche. À chaque fin de citation sont indiquées entre parenthèses les pages de l’ouvrage.

Au début du dossier « Analyse des richesses », plusieurs fiches portent sur Adam Smith. Les titres forgés par Foucault distribuent les arguments donnés par Smith : « valeur et prix », « le prix réel est détourné par le travail », « prix réel », « salaires, ventes et profits », « prix naturel et prix de marché », « épargne et accumulation du capital », « quantité maxima de papier monnaie », « le papier monnaie et le capital »…

matérialité des savoirssupportsupport de conservationdossierD’autres spécificités peuvent être soulignées : sur certains dossiers, Foucault utilise des intercalaires faits à partir d’une des versions du manuscrit de l’ouvrage. Intercalaires qui portent des titres précis comme dans le dossier « Histoire naturelle » : Cuvier, Analogies, les langues du monde, signatures, marques, Aemulatio, sympathie, Darwin, Lamarck, Buffon….

De nombreux « mots-concepts » sont soulignés directement dans le corps de la fiche, parfois ce sont les titres des ouvrages. Pour la série Adam Smith, les mots mis en valeur par le soulignement sont par exemple « valeur échangeable » ; « cher et bon marché » ; « prix naturel, prix du marché ».

Les archives : lieu d’intensité / le dossier du Désordre des familles (1978-1982)

espaces savantslieuarchivesDans l’atelier foucaldien, les archives entendues selon les termes de l’article 1er de la loi du 3 janvier 1979 34 occupent une place à part, à la fois périphérique et centrale.

Si les archives n’ont pas constitué le matériau principal de ses recherches, comme on l’a vu précédemment, Foucault s’est intéressé à la constitution de cette énorme masse documentaire, à l’histoire de ce « langage stagnant ». Dès 1964, dans le compte rendu qu’il fait du Mallarmé de Jean-Pierre Richard, Foucault montre comment le xix e siècle inventa la conservation documentaire absolue : ce siècle « a créé avec les “archives” et les “bibliothèques” un fond de langage stagnant, une masse de langage immobile composé par un entassement de brouillons, de fragments et de griffonnages qui est une addition ni à Opus, ni à la biographie de l’auteur, mais un troisième objet, irréductible35 ».

Fiche manuscrite préparatoire à .
Figure 3. Fiche manuscrite préparatoire à Les Mots et les Choses.

Dans son projet d’une micro-physique du pouvoir, mais également dans ce qu’il désigne à partir du milieu des années 1970 comme la gouvernementalité, la production et la conservation de traces à la fois administratives et personnelles, individuelles et collectives, sont en effet interrogées comme « un pouvoir d’écriture », entendu que dans sa nouvelle analytique du pouvoir celui-ci n’interdit, ne contraint, ne limite pas seulement, il produit également.

construction des savoirstraditionhistoriographieC’est cette double qualité de l’archive qui en fait, à ses yeux, un lieu philosophique qui doit être éprouvé physiquement par le philosophe – « nous avons été subjugués par le parricide aux yeux roux », écrit-il en introduction à la publication de l’une de ces archives, faisant de cette affirmation non une posture mais une véritable méthode (sur ce point, Jean-Pierre Peter et Arlette Farge rappellent combien cette confrontation aux hommes des archives était pour Foucault une nécessité – il arrivait à chaque séminaire restreint avec une liasse de documents à éprouver).

typologie des savoirsdisciplinessciences humaines et socialeshistoireCet intérêt pour cet « en deçà de l’histoire », pour ces soulèvements dont les archives porteraient la trace, Foucault l’expérimente à plusieurs reprises et dans une radicalité toujours plus grande. L’événement se tiendrait tapi dans ces plis des épistémès mis en lumière par l’archéologie ; l’enjeu d’un tel travail en archive n’est donc pas sensible, mais bien philosophique et politique, à l’instar de l’importance de son engagement au sein du Groupe Information Prison au début des années 1970, dans l’élaboration de Surveiller et punir. Il s’agit de tracer, comme il le rappelait à Claude Bonnefoy,

typologie des savoirsdisciplinessciences appliquéesmédecinechirurgie typologie des savoirsdisciplinessciences appliquéesmédecine matérialité des savoirsmatériaupapierpeut-être sur la blancheur du papier ces mêmes signes agressifs que mon père traçait jadis sur le corps des autres lorsqu’il opérait. J’ai transformé le bistouri en porte-plume. […] Mettant à jour les organes, de faire apparaître enfin ce foyer de lésion, ce foyer de mal, ce quelque chose qui a caractérisé leur vie, leur pensée et qui, dans sa négativité, a organisé finalement tout ce qu’ils ont été36.

pratiques savantespratique manuellecollageCette confrontation physique de l’opération a lieu en particulier avec la rencontre du mémoire autobiographique de Pierre Rivière, jeune parricide des années 1830, conservé aux Archives départementales du Calvados, mais surtout lors du travail autour des archives de la Bastille et des lettres de cachet avec l’historienne Arlette Farge 37. Négligée par les commentateurs du philosophe, la genèse de cette recherche qui deviendra Le Désordre des familles de la collection Archives des Éditions Julliard/Gallimard est particulièrement éclairante sur la fonction de ces travaux dans la fabrique foucaldienne. Non seulement Foucault y expérimente pour la première fois un véritable travail commun avec une historienne, au point de ne pas indiquer dans le volume final l’auteur de chacun des chapitres, mais il construit aussi à partir de la lecture et de la copie manuscrite, page à page, des archives elles-mêmes un édifice en forme de collage.

matérialité des savoirssupportsupport de conservationherbier pratiques savantespratique lettréeextraitTout se passe comme si le travail intellectuel consistait dans la sélection, la copie et la juxtaposition de ces innombrables fragments de vie. Cette opération à quatre mains viserait à l’établissement d’un « herbier d’existences38 ». Son efficacité résulterait de sa beauté que Foucault et Farge situent non pas uniquement dans la valeur littéraire ou esthétique des textes, mais d’abord dans l’intensité de la rencontre avec le pouvoir dont les mots tracés témoigneraient.

Chacune des lettres de cachet écrite par une mère, un fils, un époux est lue non pour le thème qu’elle aborde ni même pour son style, mais pour sa force d’évocation, sa capacité à donner à entendre ce que Foucault appelait, dès la première préface à l’Histoire de la folie, « le marmonnement du monde ».

Le travail de Foucault et de Farge consiste à repérer ces points infimes dans l’imposante masse des archives pour se faire eux-mêmes, à leur tour, archivistes de ces événements qui, aux yeux des deux auteurs, constituent le véritable sédiment de notre modernité39.

Autrement dit, ce travail sur les archives ne serait pas anecdotique ou même périphérique, mais bien, avec le travail de diagnostic sur l’actualité, l’autre forge de l’atelier.

*

inscription des savoirsgenre éditorialarticle inscription des savoirslivreLivres, articles, cours : le passage d’une écritoire à l’autre semble donc motivé pour Foucault par les contraintes et les latitudes propres à chacune de ces formes discursives, mais aussi par le jeu de décalages entre celles-ci, par les ruptures et les tuilages que leur usage alterné autorise – telle la décision de suspendre le programme de publication annoncé, en 1976, par La Volonté de savoir, pour entrer dans un processus de transformation conceptuelle et historique, que le temps long du cours, de son côté, accueille et autorise.

Le rapport physique aux livres et la consultation des archives vont dans ce même sens d’un atelier perpétuellement ouvert, un incessant travail au quotidien que les archives de travail permettent de décrire.

Sans doute faudrait-il tenir compte aussi, dans cette économie complexe des régimes d’écriture, de ce qui semble en réalité apparaître chez Foucault comme la tentative d’imposer à son propre travail « l’état inachevé du “livre à venir” », c’est-à-dire la revendication jamais démentie d’une ouverture de l’œuvre (mieux : de l’impossibilité d’une fermeture de l’œuvre, de sa béance constituante) : au-delà de la volonté d’empêcher la fixation de la recherche ou son embaumement en une position de savoir – qui, faut-il le préciser, est immédiatement associée par Foucault à l’exercice d’un pouvoir –, c’est bien entendu l’idée d’œuvre elle-même qu’il faut détruire, dans la mesure où pour qu’il y ait œuvre, il faut que rien ne soit plus « à venir ».

inscription des savoirslivre construction des savoirspolitique des savoirsgestionprojet acteurs de savoirstatutauteurDe la critique de la notion d’auteur40 (qui impose un autre type de clôture et entraîne la formation du couple auteur/œuvre) aux dispositions testamentaires de Foucault (« pas d’œuvres posthumes »), c’est donc le même souci qui sous-tend la position de Foucault : empêcher la formation d’un corpus, c’est-à-dire d’une somme unitaire, d’une configuration homogène. Que la valeur de l’interdiction des œuvres posthumes ait été avant tout performative, c’est ce que nous montre à l’évidence l’entreprise – au demeurant nécessaire et scientifiquement essentielle – de publication des Cours du Collège de France ; il n’en reste pas moins que le projet de maintenir le « livre à venir » dans l’inachèvement impose, par-delà l’impossibilité matérielle qu’un nouveau livre de Foucault soit un jour publié41, une éthique qui en respecte l’exigence.

Notes
1.

Cette contribution résulte d’un programme ANR-Corpus intitulé « La Bibliothèque foucaldienne » (équipe « Anthropologie de l’écriture », IIAC, UMR8177, EHESS, Paris et Triangle, ENS, Lyon).

2.

Histoire de la folie, p. ix-x.

3.

« Je ne pense pas que l’intellectuel puisse, à partir de ses seules recherches livresques, académiques et érudites, poser les vraies questions concernant la société dans laquelle il vit » (« Entretien avec Michel Foucault », Dits et écrits, IV, p. 84).

4.

Veyne, 1996, p. 383-429.

5.

Voir en particulier les critiques de Swain et Gauchet, 1980, mais aussi Léonard, 1980, p. 29-39.

6.

Foucault, 1980.

7.

Cf. Macey, 1994 ; Éribon, 1989.

8.

De Certeau, 1987.

9.

Foucault, 1975, « Sur la sellette », Dits et écrits, II, p. 725.

10.

« “Je crois au temps…”, Daniel Defert, légataire des manuscrits de Michel Foucault », Propos recueillis par Guillaume Bellon, recto/verso, no 1.

11.

Voir Revel, 2005. ; Potte-Bonneville, 2004.

12.

Deleuze, 1968 : le dernier appendice du livre est consacré à « l’étude formelle du plan de l’Éthique et [au] rôle des scolies dans la réalisation de ce plan : les deux Éthiques » (p. 313-322). Deleuze y note : « Bref, les scolies sont en général positifs, ostensifs et agressifs. En vertu de leur indépendance à l’égard des propositions qu’ils doublent, on dirait que l’Éthique a simultanément été écrite deux fois, sur deux tons, sur un double registre. En effet, il y a une manière discontinue, dont les scolies sautent des uns aux autres, se font écho, se retrouvent dans la préface de tel livre ou dans la conclusion de tel autre, formant une ligne brisée qui traverse toute l’œuvre en profondeur, mais qui n’affleure qu’en tel ou tel point (les points de brisure) » (p. 317, c’est nous qui soulignons).

13.

Ibid., p. 318.

14.

Voir, par exemple, « La pensée du dehors », Critique, no 229, juin 1966, p. 523-546, repris dans Dits et écrits, I, texte no 38, pp. 518-539, et plus généralement tous les textes consacrés à la littérature dans les années 1960, y compris le Raymond Roussel (1963) – seul livre qui fasse exception à la « loi des livres » et fonctionne, comme les textes périphériques, contre les autres ouvrages publiés.

15.

Cf. Le Gouvernement de soi et des autres, p. 4

16.

Cf. Le Courage de la vérité, p. 30.

17.

Cf. Sécurité, territoire, population, p. 9.

18.

Cf. Le Blanc et Terrel, 2003, p. 9.

19.

Cf. Sécurité, territoire, population, p. 111. Voir aussi la situation du Cours par M. Sennelart dans l’édition Hautes Études.

20.

Cf. notamment les incipit des cours de 1973-1974(Le Pouvoir psychiatrique) et 1974-1975(Les Anormaux).

21.

Comme le souligne l’éditeur du Cours, Frédéric Gros, dans sa situation.

22.

« La folie n’existe que dans une société », Dits et écrits, I, p. 167 sq.

23.

« Le retour de la morale », Dits et écrits, p. 696 sq.

24.

Histoire de la folie.

25.

Par exemple : « Je perçois l’intolérable », p. 203 sq. ; « Un problème m’intéresse depuis longtemps, c’est celui du système pénal », p. 205 sq. ; « table ronde », p. 316 ; « À propos de la prison d’Attica », p. 525 sq.

26.

Par exemple : « De l’amitié comme mode de vie », Dits et écrits, IV, p. 163 sq. ; « Le triomphe social du plaisir sexuel », p. 308 sq. ; « Choix sexuel, acte sexuel », p. 320 sq.

27.

Avec les psychanalystes : « Le jeu de Michel Foucault », Dits et écrits, III, p. 298 sq. ; avec les historiens : « table ronde du 20 mai 1978 », Dits et écrits, IV, p. 20.

28.

L’Archéologie du savoir, p. 28.

29.

Voir le site internet : http://portail-michel-foucault.org.

30.

Funck- Brentano, 1903.

31.

Les Mots et les Choses, p. 89-90.

32.

Bellour, 1971, p. 17.

33.

Cf. Les Mots et les Choses, p. 274.

34.

À savoir : « l’ensemble des documents, quels que soient leur date, leur forme et leur support matériel, produits ou reçus par toute personne physique ou morale, et par tout service ou organisme public ou privé, dans l’exercice de leur activité ».

35.

Voir la préface des Œuvres complètes de Nietzche, mais aussi le chapitre sur l’examen dans Surveiller et punir.

36.

Le tapuscrit de cet entretien est consultable au sein des archives Foucault déposées par le centre Michel-Foucault à l’IMEC, à l’abbaye d’Ardennes ; un enregistrement de sa lecture sous le titre « L’enchantement de l’écriture » par Éric Ruff et Marc Lamandé, est disponible aux Éditions Gallimard.

37.

Voir sur le parcours d’Arlette Farge l’entretien avec l’historienne dans la revue Genèses.

38.

Ce que Foucault avait tenté une première fois de faire dans « La vie des hommes infâmes », Dits et écrits, III.

39.

Voir sur ce point la préface « La vie des hommes infâmes » (1977), publiée dans les Cahiers du chemin, reprise dans les Dits et écrits, et republiée par nos soins dans Archives de l’infamie, collectif Maurice Florence, Paris, 2009.

40.

M. Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? », Bulletin de la Société française de Philosophie, 63e année, no 3, juillet-septembre 1969, p. 73-104 (conférence faite le 22 février 1969) ; repris in Dits et Écrits, I, texte no 69, p. 789-821. Foucault y revient encore sur Nietzsche : « Quand on entreprend de publier par exemple les œuvres de Nietzsche, où faut-il s’arrêter ? » (p. 794).

41.

De ce point de vue, la non-publication du quatrième volume de l’Histoire de la sexualité, Les Aveux de la chair, sur décision commune de la famille Foucault, de l’éditeur (Gallimard), du centre Foucault et de l’exécuteur testamentaire, n’est pas indifférente : le livre manquant, c’est précisément – et pour toujours – le « livre à venir ».

Appendix A Bibliographie

Œuvres de Michel Foucault
  1. Histoire de la folie : Michel Foucault, Histoire de la folie, Paris, 1961 et 1972.
  2. Les Mots et les Choses : M. Foucault, Les Mots et les Choses, Paris, 1966.
  3. L’Archéologie du savoir : M. Foucault, L’Archéologie du savoir, Paris, 1969.
  4. Surveiller et punir : M. Foucault, Surveiller et punir, Paris, 1975.
  5. Dits et écrits I, II, III, IV : M. Foucault, Dits et écrits, 1954-1988. I, 1954-1969 ; II, 1970-1975 ; III, 1976-1979 ; IV, 1980-1988, Daniel Defert et François Ewald (dir.), avec la collab. de Jacques Lagrange, Paris, 1994.
  6. Sécurité, territoire, population : M. Foucault, Sécurité, territoire, population : cours au Collège de France 1977-1978, Michel Senellart (éd.), François Ewald et Alessandro Fontana (dir.), Paris, 2004.
  7. Le Gouvernement de soi et des autres : M. Foucault, Le Gouvernement de soi et des autres : cours au Collège de France 1982-1983, Frédéric Gros (éd.), François Ewald et Alessandro Fontana (dir.), Paris, 2008.
  8. Le Courage de la vérité : M. Foucault, Le Courage de la vérité : cours au Collège de France 1983-1984, Frédéric Gros (éd.), François Ewald et Alessandro Fontana (dir.), Paris, 2009.
  9. Foucault, 1980 : M. Foucault, in M. Perrot (éd.), L’Impossible prison. Recherches sur le système pénitentiaire au xix e  siècle, Paris (également reproduit dans Dits et écrits, IV, Paris).
Autres références
  1. Bellour, 1971 : Raymond Bellour, « Entretien avec Michel Foucault », Le Livre des autres, Paris.
  2. Funck-Brentano, 1903 : Frantz Funck-Brentano, Les Lettres de cachet à Paris : étude, suivie d’une liste des prisonniers de la Bastille (1659-1789), Paris.
  3. Collectif Maurice Florence, 2003 : Collectif Maurice Florence, Archives de l’infâmie, Paris.
  4. De Certeau, 1987 : Michel De Certeau, Histoire et psychanalyse entre science et fiction, Paris.
  5. Deleuze, 1968 : Gilles Deleuze, Spinoza et le problème de l’expression, Paris.
  6. Éribon, 1989 : Didier Éribon, Michel Foucault. 1926-1984, Paris.
  7. Le Blanc et Terrel, 2003 : G. Le Blanc et J. Terrel (dir.), Foucault au Collège de France – un itinéraire, Bordeaux.
  8. Léonard, 1980 : J. Léonard, « L’historien et le philosophe », in M. Perrot (éd.), L’Impossible prison. Recherche sur le système pénitentiaire au xix e  siècle, Paris.
  9. Macey, 1994 : David Macey, Michel Foucault, trad. P.-E. Dauzat, Paris.
  10. Potte-Bonneville, 2004 : Mathieu Potte-Bonneville, Michel Foucault, l’inquiétude de l’histoire, Paris.
  11. Revel, 2005 : Judith Revel, Michel Foucault. Expériences de la pensée, Paris.
  12. Swain et Gauchet, 1980 : Gladys Swain et Marcel Gauchet, La Pratique de l’esprit humain : l’institution asilaire et la révolution démocratique, Paris.
  13. Veyne, 1996 : Paul Veyne, « Foucault révolutionne l’histoire » [1978], Comment on écrit l’histoire, Paris.